mercredi 29 novembre 2023

MMDCXLVII : Les statues du Louvre : Série les personnages (16e volet) : Froissart par Henri Lemaire

  

Voici le 16e épisode de la série relative aux statues qui décorent la cour du Louvre. Il concerne la statue de Jean Froissart que l'on peut voir dans la partie de l'aile Turgot qui est tournée vers la Pyramide du Louvre 


 La statue de Froissart est la 8e en partant de la gauche :

Jean Froissart est né vers 1337 à Valenciennes (Nord) et il est mort à Chimay (Belgique) vers 1410. Ses chroniques sont un précieux témoignage concernant le XIVe siècle (de 1326 à 1400). Il a écrit aussi d'autres œuvres comme par exemple le roman Meliador (rédigé vers 1380).

La statue est une œuvre du sculpteur Henri Lemaire né -tout comme Froissart- à Valenciennes le 8 janvier 1798. Il est mort à Paris le 2 août 1880. On lui devait le Henri IV sculpté en 1838 pour l'Hôtel de Ville de Paris et qui se trouve aujourd'hui au musée Carnavalet. Il a aussi sculpté le fronton de l'église de la Madeleine. Au Louvre, on lui doit aussi la statue de Pierre Corneille (voir article du 26 mars 2023).



dimanche 26 novembre 2023

MMDCXLVI : Une merveille à ne pas manquer : le panier de fraises de Chardin

 

Depuis quelques semaines, au Louvre, on peut vivre un moment de grâce. En effet, dans le cadre de la campagne pour réunir la somme nécessaire à l'achat du tableau de Jean-Siméon Chardin, le tableau dispose pour lui tout seul d'une salle d'exposition. Même la Joconde n'a pas droit à cela !

A chaque fois que je suis passé dans cette salle qui est au 2e étage côté Richelieu, je n'ai pas eu à eu subir la foule bruyante que l'on côtoie autour de l’œuvre mondialement connue de Léonard de Vinci. On peut vraiment profiter de cette superbe œuvre.

Chaque détail du tableau est absolument superbe, y compris le verre qui contient une touche bleutée comme dans toutes les œuvres de Chardin.


Pour en savoir plus je renvoie vers la page du Louve "Tous Mécènes" sur laquelle on peut trouver les explications relatives à la somme que le musée doit réunir ( 24 380 000 €) pour que cette oeuvre  entre dans les collections nationales.

jeudi 23 novembre 2023

MMDCXLV: Les passages de Paris Centre : le passage des Ménétriers, sur la piste d'une rue, d'une corporation, d'une chapelle et d'un bâtiment de l'Exposition universelle de 1900...

 

Voici un nouvel épisode de la série consacrée aux passages de Paris Centre : il concerne le passage des Ménétriers que l'on trouve dans le quartier de l'Horloge à l'Ouest de la rue Beaubourg, au Nord de la rue Rambuteau (donc côté 3e arrondissement).

L'entrée du passage par la rue Beaubourg

Ce passage porte ce nom depuis que dans le sillage de la création du Centre Pompidou, cette partie de Paris a été reconstruite à la fin des années 1970. Le nom a été choisi en 1979 et le passage a été ouvert à la circulation publique par un arrêté du 27 mars 1981. Il ne fait que 55m de long.

Le passage des Ménétriers vue en direction de l'Ouest depuis la rue Beaubourg
Le passage des Ménétriers en direction de l'Est

 Le nom de ce passage peut laisser perplexe car les "ménétriers" sont une profession qui n'évoque pas forcément grand chose à tout le monde. Cette enquête m'a conduit sur les traces d'une corporation et une église qui ont joué un rôle important dans ce quartier.

En effet, ce choix de nom pour ce passage en 1979 a permis de rappeler le nom d'un rue qui avait disparu depuis près de 130 ans : la rue des Ménétriers. Celle-ci était située entre la rue Beaubourg et la rue Saint-Martin.  On la voit sur ce plan cadastral Vasserot du début du XIXe siècle :

On voit qu'à l'Est on trouvait deux voies qui existent toujours l'impasse Bertaud et la rue Geoffroy l'Angevin.

Je l'ai représenté sur ce plan Picquet de 1810. On se rend compte qu'elle était située dans l'axe compris entre l'église Saint-Eustache et l'Hôtel de Rohan-Soubise, les Archives nationales, où a été percée en 1840 la rue Rambuteau :

La rue des Ménétriers portait ce nom car depuis le Moyen Âge, elle était le quartier des Jongleurs et chanteurs de rue, les ménéstrels qui à Paris portaient le nom de Ménétriers.

Cet article m'a permis de découvrir que tout près de là, on trouvait un peu plus au Nord, dans la rue Saint-Martin une chapelle appelée Saint-Julien-des-Ménétriers. On la voit par exemple sur le plan Turgot des années 1730 :

Voici un agrandissement pour mieux voir cette chapelle :

On peut aussi voir cette chapelle sur le plan de Bâle du milieu du XVIe siècle. On se rend compte en portant l'attention sur la rue Saint-Martin que la chapelle était située à peu près à mi chemin entre l'église Saint-Nicolas-des Champs au Nord et l'église Saint-Merri (appelée sur le plan saint Marri) au sud :

On lit sur ce plan qu'on y trouvait aussi un hôpital :

Cet hôpital et sa chapelle dataient du XIVe siècle. En effet, cela est lié à la création de la Corporation des Ménétriers qui a été étudiée par Pierre Pocard dans un article publiée dans la revue de l'école des Chartes. On y apprend que la corporation avait été fondée en 1321. Or, en septembre 1328, deux des membres de la corporation apercevant un paralytique tout près de la rue des Jongleurs (ou Ménétriers) décidèrent de fonder un hôpital devant le lieu où ils avaient vu ce malheureux. Cet hospice était doté d'une chapelle. C'est l'église que l'on voit sur le plan de Bâle et le plan Turgot. La première messe y fut célébrée le 24 septembre 1335.

Cette fondation dévôte devint le siège de la corporation des Ménétriers (une profession qui initialement n'était pas en odeur de sainteté dans l'Eglise). Avec le soutien de la monarchie elle étendit son influence sur toute la France et était chargée de faire régner la censure qui limitait la capacité à se moquer du pouvoir royal et de l'Eglise. Cela lui permit de s'enrichir car la Corporation touchait une partie des amendes que devaient verser les chanteurs de rue qui ne respectaient pas les règles édictées.

La corporation resta très puissante jusqu'au au XVIIe siècle. Son monopole fut remis en cause par la création de l'Académie de Musique par Jean-Baptiste Lully avec le soutien de  Louis XIV. Elle finit par complètement disparaître un siècle plus tard en 1773 par un arrêté du conseil royal qui supprimait la Corporation en faisant aussi disparaître la fonction de "Roy des Ménétriers", une curieuse appellation.

Quant à l'église de l'Hôpital, elle avait été prise en charge depuis le milieu du XVIIe siècle par les Pères de l'Eglise de la Doctrine Chrétienne ce qui conduisit à de nombreux contentieux avec la Corporation. L'église semble avoir délaissée dans les années 1770. Voici une gravure qui montre sa façade, rue Saint-Martin en 1779 :

 Les membres du clergé de l'église voisine Saint-Merri, privés en 1781 du droit d'ensevelir leurs paroissiens dans le Cimetière des Innocents, prétendirent en faire un lieu de sépultures. Ils défoncèrent les portes ce qui conduisit à un nouveau conflit entre les différentes congrégations qui prétendaient avoir le contrôle de l'église.

Pour finir en décembre 1789, l'église fut offerte la Nation par des commissaires qui se présentaient comme les continuateurs de la Corporation des Ménétriers qu s'adressèrent ainsi à l'Assemblée Constituante :

Ce discours est extrait d'un ouvrage paru en 1878 écrit par Antoine Vidal à propos de La chapelle Saint-Julien-des-Ménétriers et les ménestrels à Paris :


 On y trouve une très belle gravure qui montre un autre aperçu de l'aspect de la façade :

Ce qui est assez curieux c'est que pour l'Exposition universelle de 1900, en bord de Seine, tout près de la Tour Eiffel dans la partie consacrée au Vieux Paris, on trouvait une église modèle dont la façade était la copie de Saint-Julien-des-Ménétriers :

Cette reconstitution de "l'église Saint-Julien-des-Ménétriers" eut un grand succès. Des cartes postales furent imprimées pour en garder le souvenir :

Et même des maquettes en carton permettant de reconstituer cette église :

Voici le résultat que cela donnait :

Une maquette donc d'un bâtiment de l'exposition universelle de 1900, au pied de la Tour Eiffel, représentant une chapelle disparue en 1790 et qui avait été construite dans l'actuel 3e arrondissement dans la première moitié du XIVe siècle par la Corporation des Ménétriers, la profession chargée de chanter aux différents coins de rue de Paris,

dimanche 19 novembre 2023

MMDCXLIV : Au 35 boulevard des Capucines, le lieu où a eu lieu une exposition qui a fait entrer l'impressionnisme dans l'Histoire de l'Art il y aura bientôt 150 ans

 

Boulevard des Capucines, à la hauteur du 35, on trouve un immeuble qui a joué un rôle capital dans l'histoire de l'Art. Nadar y avait installé en 1860 son atelier photographique. Un lieu où de nombreuses personnes sont venues à l'époque se faire tirer le portait. Cela est signalé par une plaque qui n'est pas très visible :

Ce qui me conduit à ressentir une émotion particulière c'est que -comme cela est signalé sur la plaque- , à cet endroit, a eu lieu en 1874 l'exposition d'artistes qui est à l'origine de l'impressionnisme (nom pris suite à une remarque acerbe d'un critique évoquant un des tableaux  présentées, celui de Claude Monet "Impression, Soleil levant").

On célèbrera le 15 avril prochain dans moins de six mois, le 150e anniversaire de l'ouverture de cette exposition qui a duré un mois du 15 avril 1874 au 15 mai 1874. Cela m'a donné envie d'en savoir plus et j'ai consulté le catalogue de l'exposition que l'on peut trouver sur Gallica :

En le lisant, on peut découvrir plusieurs informations que je trouve intéressantes :

1°) Le nombre total d'artistes qui étaient présents étaient de 30 pour un total de 161 œuvres.  Cela fait donc en moyenne d'un peu plus de 3 œuvres par artiste. En regardant de près, on se rend compte que seulement deux artistes présentaient 10 œuvres : Edgard Degas (les n° 54 à 63) et Auguste-Louis-Marie Ottin (les lots n°119 à 128). Celui-ci était un sculpteur et présentait donc des statues. L'une d'elle (n°122) était la réduction d'un nymphe chasseresse, une sculpture qui orne la fontaine Médicis au jardin du Luxembourg.

2°) On peut se demander comme les œuvres étaient rangées. Cela est indiqué sur le catalogue : une fois les ouvrages rangés "par grandeur", "le sort a décidé de leur placement" :


 3°) J'ai aussi été très intéressé par les horaires indiqués aussi sur le catalogue : l'exposition était ouverte tous les jours de 10h du matin à 18h, puis de 20h à 22h.

En  journée et tous les soirs de 20h à 22h, n'est-ce pas formidable ?

4°) Je me suis demandé quel était l'âge moyen des artistes. J'ai eu une première difficulté car l'un des peintres est difficile a identifier : Léopold Robert. Il présentait deux œuvres :

Or un peintre porte bien ce nom Louis-Léopold Robert mais il est né en 1794 et mort en... 1835. Grâce à un site on apprend qu'en fait le peintre présent à l'exposition de 1874 s'appelait Léon Paul Joseph Robert. On y indique une naissance à Bagneux (Hauts-de-Seine) né en avril 1849. J'ai vérifié dans l'état civil de cette ville. Il semble qu'en fait ce peintre était né le 7 juin 1849 :

 Ce Léopold Robert (qui s'appelait donc en fait Léon Paul) était le plus jeune exposant puisqu'il n'avait pas 25 ans en avril 1874 et il a eu par la suite une carrière assez courte puisqu'il est mort en 1888 à Alger. à l'age de 39 ans.

Le 2e artiste le plus jeune après lui était Joseph De Nittis (Giuseppe De Nititis) qui était né en 1846. Il présentait pour sa part quatre œuvres :

 De Nittis était un des rares exposants d'origine étrangère (il était italien) avec les peintres Auguste de Molins (qui était suisse) et Alfred Sisley (qui bien que né à Paris avait la nationalité britannique).

Un autre des 30 artistes était né après 1844 (et donc avait moins de 30 ans au moment de l'exposition) : Antoine-Ferdinand Attendu né à Paris le 25 avril 1845. Il s'agissait d'un artiste spécialiste des natures mortes:

Ayant la date de naissance  de l'ensemble des artistes de l'exposition, j'ai donc pu calculer leur âge moyen. Cette exposition présentée par certains par la suite comme révolutionnaire n'étaient pas le fait d'artistes majoritairement jeunes. L'année moyenne de naissance 1832, ce qui signifie que les artistes avaient en moyenne 42 ans et donc ils avaient déjà une carrière assez longue derrière eux (mais bien sûr je n'oserai affirmer que l'on est "vieux" à 42 ans !)..

L'artiste le plus âgé était Adolphe Félix Cals né à Paris le 17 octobre 1810 (et qui avait donc 63 ans au moment de l'ouverture de l'exposition). Il présentait 5 œuvres :

 Un de ces tableaux est exposé au musée Eugène Boudin de Honfleur avec pour titre "Le vieux pêcheur".

Le 2e artiste le plus âgé était Auguste-Louis-Marie Ottin né le 11 novembre 1811 et dont il a été question plus haut : il s'agit du sculpteur qui a proposé 10 statues. Il avait donc lui aussi plus de 60 ans en avril 1874.

Six artistes avaient plus de 50 ans dont Eugène Boudin (né en 1919) qui présentait 

5°) Un de mes peintres préférés -pour ces paysages de Paris- Stanislas Lépine présentait trois œuvres : 

Parmi ceux-ci le n°83 représente la rue Cortot. Il s'agit peut-être de celui-ci qui porte le même titre vendu chez Christie's le 15 décembre 2022 :

5°) La seule femme artiste présentée était Berthe Morisot. Celle-ci, né le 14 janvier 1842 avait alors 32 ans. Celle-ci était encore célibataire (puisqu'elle a épousé Edgar Manet le 22 décembre 1874). C'est pourquoi elle est désignée sous le nom de "Mademoiselle Morisot". Elle présentait neuf peintures (les lots 104 à 112) :

L'un deux m'a particulièrement intéressé le n°108 : "portrait de Mademoiselle M.T."  Ayant quelques lumières sur la famille maternelle de Berthe Morisot, je peux affirmer qu'il s'agit de Madeleine Thomas qui était sa cousine (la mère de Berthe Morisot avait pour nom Cornélie Thomas). Voici ce tableau qui aujourd'hui est à New York dans une collection privée :

Parmi les oeuvres présentées, on trouvait celles de Camille Pissarro qui présentait cinq oeuvres :

Le lot n°137, "Gelée blanche" est aujourd'hui au Musée d'Orsay :

Quant à Paul Cézanne, il présentait trois oeuvres :

Parmi ces peintures, en voici deux qui sont au musée d'Orsay :

- le n°42 "La maison du Pendu à Auvers-sur-Oise" :

- le n°43 : "Une moderne Olympia". 

Il est précisé sur la catalogue que ce tableau appartenait... au docteur Gachet d'Auvers-sur-Oise. Un personnage rendu célèbre quelques années plus tard en 1890 grâce à Van Gogh. En 1874, le médecin venait de s'installer à Auvers depuis moins de deux ans.

Enfin Claude Monet présentait neuf peintures :


 Celle qui est devenue la plus célèbre porte le n°98. "Impression, soleil levant". Il s'agit du tableau que l'on peut admirer au musée Marmottan :


Je conclus avec ce qui conclut le catalogue de l'exposition :



P.S. J'attends bien sûr avec hâte l'exposition qui se tiendra au musée d'Orsay au printemps 2024 à propos de cette exposition de 1874. Je ne manquerai pas de consacrer un nouvel article à ce sujet.