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dimanche 23 août 2026

MMCMXXXI : Les huit statues qui ornent harmonieusement la façade de la cour d'honneur du Palais royal

 

Au Palais Royal, on peut admirer la façade de la cour d'honneur depuis les jardins, ou, en se rapprochant depuis cet espace où sont installées depuis les années 1980, les colonnes de Buren. Mon attention a été attirée par les huit statues qui ornent cette façade sur les deux avant-corps. Je ne m'étais jamais intéressé à elles et j'ai été surpris de découvrir qu'elle correspondaient à deux différentes périodes d'aménagement et aussi à deux artistes différents.

La partie gauche (à l'Est) est la plus ancienne. Elle comporte quatre statues qui ont été sculptées par Augustin Pajou (1730-1809) entre 1767 et 1769 pour orner la façade qui venait d'être reconfigurée par l'archictecte Pierre Content d'Ivry en 1764.


 Ces quatre statues d'Augustin Pajou représentent, de gauche à droite :

1. Mars (ou les talents militaires) :

2 : La Prudence :


 3 : La générosité (ou l'abondance) : 


 4 : Apollon (ou les Arts) :


 La façade de droite, à l'ouest, est plus récente. Sur un projet de Victor Louis de 1786, l'espace a été doublé en symétrie. Ces travaux n'ont été achevés qu'en 1830. C'est à cette époque qu'Antoine François Gérard a sculpté quatre statues en symétrie à celles de Pajou :


 Ces quatre sculptures, dont trois sont des figures ailées, par Antoine François Gérard (1760-1843) représentent de gauche à droite :

5 : La science :


 - Le commerce :

 

- l'agriculture :


 - La navigation :


 Les statues de Pajou et de Gérard font 2,40m de haut et sont un très bel exemple de la statuaire des XVIIIe et XIXe siècle. 

vendredi 7 août 2026

MMCMXXVII : Les façades de Paris Centre : au 12, rue du Quatre-Septembre : un façade de 1865 remaniée juste avant la faillite d'une banque.

  

Au 12, rue du Quatre-Septembre (Paris 2e), on peut voir un très bel immeuble qui date du 2nd empire. Il m'a intéressé car le portail est décoré par deux caryatides sculptées par Aimé Millet que j'ai évoqué propos de l'immeuble du 14, quai de la Mégisserie (Paris 1er) (voir article du 26 mai 2026). 

Le portail du 12, rue du Quatre-Septembre est d'une grande élégance :

L'ensemble de la façade ne manque pas d'harmonie avec ses cinq étages (si on considère que l'on trouve au 2e niveau un entre-sol) et ses quatre colonnes centrales qui décorent les 2e et 3e étages : 


 Cet immeuble occupe un espace particulier dans la rue du Quatre-Septembre : il est légèrement en biais par rapport à son axe en marquant le début de la rue Ménars qui est orientée un peu plus vers le Nord :

 

L'immeuble date de 1865. Il date donc de l'époque où la rue du Quatre-Septembre (qui s'appelait, jusqu'en 1870, la rue du Dix-Décembre) a été percée entre 1864 et son achèvement en 1868 (voir mon article du 10 décembre 2020). Il a  été dessiné par l'architecte André Cheviron,  né à Paris, le 17 septembre 1823, et mort dans le 8e arrondissement de Paris, le 11 octobre  1892. Merci à @Stefdesvoges d'avoir retrouvé son acte de décès (jusqu'ici sa date de décès n'était pas précisée dans les notices biographiques qu'on peut trouver sur Internet) :


Un détail à propos de cet immeuble a attiré mon attention : les trois lettres situées dans le médaillon tenue par les deux caryatides :

Une recherche rapide m'a permis de comprendre qu'il s'agissait de la Banque Nationale du Crédit. Cependant, un établissement bancaire fondé le 25 juin 1913 (en reprenant le réseau du Comptoir d'escompte de Mulhouse). Cette nouvelle banque a joué un rôle important pendant la Première Guerre mondiale. On trouve son nom sur de nombreuses affiches des emprunts destinés à financer l'effort nationale (comme celle-ci pour le 4e emprunt de 1918) :

La banque avait initialement son siège social 20, rue Le Pelletier (Paris 9e) et il a été transféré au 16, boulevard des Italiens en novembre 1917. Le 12, rue du  Quatre- Septembre semble donc avoir été un prolongement, dans le 2e arrondissement, de ce siège social situé dans le 9e arrondissement quelques centaines de mètres plus au nord. Il s'agit du même pâté de maisons.

A la fin des années 1920, la BNC est devenue la 4e banque française mais, dirigée à partir d'un financier aux méthodes peu scrupuleuses, André Vincent (19 juillet 1872 - 26 décembre 1949). Celui-ci a conduit la banque à sombrer en septembre 1931 dans le contexte de la crise économique financière provoquée par l'onde de choc du Krach de Wall en octobre 1929. En 1932, la banque a pris un nouveau nom : la BNCI (Banque Nationale du Commerce et de l'Industrie). André Vincent a été condamné, le 11 juillet 1934, pour escroquerie, à 3 ans de prison et 3000 francs d'amende.

Quoi qu'il en soit, le monogramme BNC ne peut pas dater de 1865. Il est certainement apparu entre 1917 et 1931.  Restait à savoir ce qu'on y trouvait avant. 

Par chance, il existe une vue prise en 1916, par Charles Lansiaux qui représente justement ce portail du 12, rue du Quatre-Septembre :

Une comparaison permet de voir comment le bas relief situé au-dessus du portail a été modifié :

On voit qu'entre les deux figures féminines, il y avait un globe et, au ,on voit écrit la société qui avait son siège à cette adresse :

Il s'agit de la société d'Assurance Le Monde et on voit précisé"Assurance sur la vie et contre l'incendie".

Le globe servait de logo à cette société comme le montre cette enseigne :

et comme on le voit aussi sur cette affiche plus ancienne :

On y lut dans la partie supérieure l'adresse qui correspond bien au 12, rue du Quatre Septembre :

Le logo est à observer attentivement car on y voit deux femmes ailées  : 

Il est intéressant de voir qu'on peut y voir un lien avec les deux figures sculptées par Aimé Millet pour le portail du 12, rue du Quatre Septembre :

Cette vue de Charles Marville qui date de vers 1877 (voir le site vergue.com) montre l'immeuble une dizaine d'années après sa construction : on y voit les deux figures ailées et le globe :

Reste un mystère. A l'imposte, entre la porte et le bas-relief de l'arcade, on trouve aujourd'hui un superbe travail en ferronnerie avec les lettres D et V enlacées :

On trouvait initialement, sur les vues de 1877 et de 1916 un vide :


 J'ai initialement pensé au financier, un peu mégalomane, qui a provoqué la ruine de la BCN en 1931 mais il s'appelait André Vincent. Cela peut expliquer le V mais par le M. Cela aurait pu correspondre au nom de famille de son épouse mais elle s'appelait de son nom de jeune fille Planques et donc cela n'est pas non plus l'explication.

Peut-être quelqu'un pourra-t-il éclairer ce mystère ? Il ou elle peut laisser une explication en commentaire.

samedi 6 juin 2026

MMCMIX : Paris Centre dans les anciennes assiettes (3e épisode) : quand on pouvait traverser à pied sous un arche de l'Hôtel de Ville

 

Voici un nouvel article de la série consacrée aux assiettes qui représentent Paris*, et en particulier Paris Centre. Il s'agit d'une production qui date de 1806 et qui a été faite par la manufacture de Montereau. Sur celle-ci on peut voir l'Hôtel de Ville de Paris.



Cette vue est très intéressante car elle montre l'Hôtel de ville tel qu'il a été achevé au début du XVIIe siècle et avant sa reconstruction sous Louis-Philippe, puis à nouveau, après l'incendie de la Commune, sous la IIIe République.

On observe tout à droite la "maison aux piliers" :

C'est dans une maison aux piliers qu'habitait Etienne Marcel au milieu du XIVe siècle quand il a décidé d'installer le siège de la municipalité parisienne sur la place de Grève (l'actuelle place de l'Hôtel de Ville). Il n'est pas sûr pas certain que ces maisons datent du XIVe siècle mais en tout cas, il est intéressant de voir que l'on trouvait encore une maison avec des piliers au début du XIXe siècle.

L'autre détail intéressant est l'arche situé juste à côté : 

On voir qu'il y avait un passage ouvert. 

On peut voir ce même passage sur cette vue qui date certainement de la même époque :

On voit des personnages s'engager dans ce passage :


 Une carte de l'époque permet de comprendre qu'il s'agit d'un moyen de se rendre vers la partie Est de l'Hôtel de Ville en passant sous cette arche. Ici un plan Charles Piquet de 1812 :

En traversant ce passage, on arrivait rue du Martrois. Tout cet espace a été intégré à l'Hôtel de Ville quand il a été considérablement agrandi dans les années 1830.

Il est intéressant d'observer que, malgré les différentes reconstruction, la façade de l'Hôtel de ville garde la trace de cet ancien passage avec cette porte située à droite du pavillon central :


 * article précédents :

- la colonnade du Louvre (28 juin 2023) 

-  la fontaine du Châtelet (10 mars 2025)

mardi 26 mai 2026

MMCMVI : Les façades de Paris Centre : 14, quai de la Mégisserie : deux cariatides, neuf muses, des lions et un bas-relief qui représente une des plus grandes peintres du XIXe siècle

 

Cet article concerne le 14, quai de la Mégisserie (Paris 1er), un immeuble situé sur le quai entre le Louvre et la place du Châtelet. Cet immeuble a d'abord retenu mon attention car le porche d'entrée est orné par deux superbes cariatides :


Ces cariatides sont d'une sculpteur Aimé Millet. J'ai déjà évoqué ce sculpteur car on lui doit la statue de Louvois dans la cour du Louvre (voir article du 29 janvier 2026). Elles datent de 1864 et elles avaient été commandées par l'architecte Henri Blondel (né à Reims le 20 janvier 1821 et mort dans le 16e arrondissement de Paris le 14 septembre 1897). 

Les cariatides d'Aimé Millet sont vraiment très belles.

Elles dévoilent chacune un sein :

Leur visage est impassible et d'une grande sérénité :

En faisant des recherches sur cette façade, j'ai été surpris d'apprendre que le bas-relief situé au 1er étage dans l'axe du portail d'entrée représenterait une des plus grandes peintres françaises : Berthe Morisot :

Cela m'a paru surprenant, mais après enquête (j'ai consulté un ouvrage écrit par Henri Dumesnil, Aimé Millet, souvenirs intimes,écrit en 1894 à la mort du sculpteur) et j'ai appris qu'effectivement Aimé Millet avait été régulièrement invité au salon que tenait Cornélie Morisot (1819-1876), la mère de Berthe Morisot et surtout que cet artiste avait accepté de prendre parmi ses élèves Berthe Morisot (née en 1841,  elle avait 23 ans en 1864). La jeune femme n'était pas encore connue (sa carrière de peintre ne commence vraiment que dans les années 1870)  mais il est donc plausible que ce soit bien elle qui apparaisse dans ce médaillon :

Cependant, en regardant de près la photo que j'avais prise pour illustrer cet article, je me suis rendu compte qu'un nom apparaissait dans la partie supérieure du médaillon :

On peut ainsi lire "Poymnie". Il s'agit d'une des neuf muses (auxquelles j'ai déjà consacré deux articles, un à propos de la chambre des Muses de l'Hôtel Lambert et un autre à propos du 61/63, rue Réaumur). En retournant sur place, je me suis rendu compte que les médaillons situés au 1er étage représentaient l'ensemble des neuf muses : cinq sur la façade qui donne sur le 14, quai de la Mégisserie et quatre autre dans la partie en retour dans la rue Bertin-Poirée :


 et voici les neuf médaillons correspondant :

Voici en détail chacune de ces muses. En partant de la gauche, sur la façade du 14, quai de la Mégisserie on peut d'abord voir Erato, la muse de la poésie lyrique :

puis Polymnie, la muse de la rhétorique et de l'éloquence (avec les traits semble-t-il donc de Berthe Morisot) :


 puis Calliopé, la muse de la poésie :


 puis Clio, la muse de l'histoire :


 puis Thalie, la muse de la comédie :

dans la partie de la façade donnant rue Bertin-Poirée, on peut voir toujours de gauche à droite :

- Terpsichore, la muse de la muse de la danse : 

 

- puis Euterpe, la muse de la musique : 

- puis Uranie, la muse de l'astronomie :


 et enfin Melpomène, la déesse du chant et de la tragédie :


 Il est intéressant de noter que dans la partie droite de la façade donnant rue Bertin-Poirée, on trouve encore deux figures féminines dans des médaillons mais elles ne représentent pas de personnage particulier. Aucun nom n'est écrit au-dessus :

Il s'agit certainement d'une volonté d'équilibrer le décor de la façade.

On peut noter un dernier détail intéressant. La façade quai de la Mégisserie et rue Bertin-Poirée est rythmée par des pilastres qui vont du 2e au 3e étage avec des chapiteaux ioniques  :

et dans l'axe on peut voir des lions :

Ce décor apparaît sur toute la longueur du pâté de maisons, ce qui donne une grande harmonie à l'ensemble :

Cependant, les deux cariatides et les muses ne décorent que la partie droite de cet ensemble.

On peut pour finir se demander pourquoi Aimé Millet a représenté les neuf muses sur la façade de cet immeuble. Il est intéressant de rappeler que, quelques années plus tard, en 1868, c'est lui qui a conçu la monumentale statue d'Apollon élevant une lyre au-dessus de l'Opéra Garnier. Apollon, le dieu des arts auquel les neuf muses étaient associées.