samedi 30 septembre 2023

MMDCXXVIII : Sur la piste des cousins du "Grand Assistant" de Max Ernst

  

Dans un article paru le 11 juin 2023, j'ai évoqué la sculpture "Le grand assistant de Max Ernst" que l'on peut voir rue Rambuteau au niveau du Centre Pompidou.

Le hasard m'a conduit cet été à découvrir deux autres version de cette statue que l'on peut voir dans deux endroits très éloignés mais qui ont joué un rôle important dans la vie de Max Ernst. L'une d'elle se trouve à Amboise (Indre-et-Loire) :

Une fontaine a été décorée et offerte à la ville par Max Ernst pour remercier Michel Debré qui avait accordé la nationalité française l'époque où il était Premier Ministre (1958-1962). A l'époque du don, en 1968, Michel Debré était maire d'Ambroise (fonction qu'il a occupé de 1966 à 1989).

On reconnait la statue qui se trouve rue Rambuteau :

Ce qui est amusant c'est que sur cette fontaine la statue ne s'appelle pas le "Grand assistant" mais le "Grand génie".


J'ai eu le plaisir de découvrir une autre version de cette statue en juillet à Brühl en Rhénanie-du-Nord-Westphalie au Sud de Cologne. En effet, dans cette ville où est né Max Ernst on trouve un musée dédié à cet artiste. Dans la salle principale on peut voir cette sculpture :

On reconnaît à nouveau dans la partie supérieure le même personnage :

Or, ce qui est intéressant c'est que cette sculpture a pour titre "Le génie de la Bastille" :

Cette sculpture est inspirée par la colonne de Liberté de la place de la Bastille. Quand on regarde l'ensemble du piédestal, il est inspiré de la colonne de Juillet :

On se rend compte en juxtaposant une vue de la colonne de Juillet et du "Génie de la Bastille" exposé à Brühl des ressemblances :

En suivant ce parallèle, on peut penser que le "Grand assistant" de la rue Rambuteau est inspiré du "Génie de la Bastille" d'Auguste Dumont (voir mon article du 28 novembre 2022).

mardi 26 septembre 2023

MMDCXXVII : Les statues de l'Hôtel de Ville : Série sur les Villes de France (15e volet) : la ville de Montpellier par Hubert Lavigne

  

Je continue la série sur les statues des Villes de France sur les façades de l'Hôtel de Ville de Paris. Les 14 villes situées côté rue de Lobau, je reprends sur la façade principale avec celles situées dans la partie droite :

La 1ère statue tout à droite représenter Montpellier :

La statue tient dans la main droite un écu avec les armoiries de la ville : 

La statue n'est pas en très bon état. Elle est en partie recouverte par de la mousse :

Cette statue est une oeuvre d'Hubert Lavigne (né à Cons-la-Grandville [Meurthe-et-Mosele] le 11 juillet 1818 et mort le 15 janvier 1882 à Paris. Cette statue qui date de 1881 est donc une des dernières oeuvres de cet artiste. On lui doit aussi la statue de la fontaine de la rue Charlemagne qui est une création beaucoup plus ancienne qui date de 1840.


vendredi 22 septembre 2023

MMDCXXVI : Les statues du Jardin des Tuileries : Une statue très triste, "Caïn venant de tuer Abel" d'Henri Vidal

  

Voici une des statues les plus tristes de Paris Centre. On peut la voir dans le jardin des Tuileries :

Le cartel indique que c'est une oeuvre d'Henri Vidal qui date de 1896. Elle fait 1,95m de haut. Elle représente Caïn venant de tuer son frère Abel.

 La statue est signée par l'artiste sur le côté droit :


Henri Vidal est né à Charenton-le-Pont le 3 mai 1864 et il est mort au Cannet le 11 janvier 1918.

Il s'agit ici d'une scène extraite de la Bible. Caïn et Abel étaient les deux fils d'Adam et Eve. Caïn offrit à Dieu les fruits de sa culture du sol. Abel lui fit don des produits de son élevage. Dieu préféra ce dernier présent ce qui rendit Caïn jaloux et le conduisit à tuer son frère. Le premier meurtre de l'histoire de l'Humanité... et un témoignage du côté peu sympathique de la nature humaine.

La statue représente Caïn accablé par son acte. Le texte biblique insiste sur le fait que Dieu maudit Caïn et lui fit porter. Voici l'extrait de la Bible (Genèse, 4, 10-15 dans la traduction de Louis Segond) qui explique le fardeau porté par Caïn.

Et Dieu dit : "Qu`as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi.
Maintenant, tu seras maudit de la terre qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère
.
Quand tu cultiveras le sol, il ne te donnera plus sa richesse. Tu seras errant et vagabond sur la terre."
Caïn dit à l`éternel : "Mon châtiment est trop grand pour être supporté.
Voici, tu me chasses aujourd’hui de cette terre ; je serai caché loin de ta face, je serai errant et vagabond sur la terre, et quiconque me trouvera me tuera
".
L`éternel lui dit : "Si quelqu’un tuait Caïn, Caïn serait vengé sept fois. Et l`éternel mit un signe sur Caïn pour que quiconque le trouverait ne le tuât point."

On peut donc supposé que ce Caïn accablé est celui qui non seulement a tué son frère mais qui de plus a reçu cette terrible malédiction divine.


Les cheveux sont sculptés dans une pièce de marbre à part et posés sur la tête à la manière d'une perruque.

Cette statue a été exposée dans le Grand Palais pendant l'Exposition Universelle de 1900. Elle a appartenu aux héritiers d'Henri Vidal qui en ont fait don à l’État en 1980. Il a été installé sur ce socle le 19 février 1982. (Source : Le Musée d'Orsay.). 

Reste à savoir pourquoi Henri Vidal a choisi ce thème si triste et aussi pourquoi il a été décidé de l'installer à cet endroit ? 

Remarque : Il ne faut pas confondre Henri Vidal, le sculpeur de cet statue, avec Henri Vidal acteur français né à Clermont-Ferrand le 26 novembre 1919 et mort le 10 décembre 1959. Il avait épousé Michèle Morgan le 6 février 1950 avec qui il habitait le 1er étage de l'Hôtel Lambert (Paris 4e).

lundi 18 septembre 2023

MMDCXXV : Une oeuvre de jeunesse de Rubens à admirer dans une chapelle de l'église Saint-Eustache

  

Dans une chapelle de l'église Saint-Eustache, mon attention a été attirée par un tableau que je n'avais jamais remarqué car il m'a rappelé un tableau du Caravage que j'apprécie énormément à la galerie de Brera de Milan qui représente Jésus et les pèlerins d'Emmaüs :

Or, après avoir lu le panneau d'information relatif à ce tableau, je me suis rendu compte que ce tableau représentait aussi Jésus et les pèlerins d'Emmaüs par un autre maître de la peinture européenne, Rubens et que seulement cinq années séparent les deux tableaux puisque celui du Caravage est daté de 1606 et celui de Rubens de 1611.

En préparant cet article, j'ai découvert une vidéo très complète de 10mn qui explique tout ce que vous voulez savoir sur ce tableau qui a été restauré en 2019 et 2020. LIEN

On apprend que c'est une œuvre de jeunesse de Rubens qui était encore sous une très forte influence du Caravage comme en témoigne les pieds sales qu'hélas on ne peut pas voir car ils sont cachés par le tabernacle.

Autre détail intéressant que l'on peut apprendre dans la vidéo, la vielle femme située à la gauche de Jésus a été ajoutée et ne figurait pas dans la composition initiale :


jeudi 14 septembre 2023

MMDCXXIV : Les statues du Louvre : Série les personnages (14e volet) : Jules Mazarin par Pierre Hébert

  

Voici le 14e épisode de la série relative aux statues qui décorent la cour du Louvre. Il concerne la statue de Jules que l'on peut voir dans la partie de l'aile Turgot qui est tournée vers la Pyramide du Louvre :

La statue de Mazarin est la 6e en partant de la gauche :

On peut aussi la voir de derrière depuis les fenêtres du musée :


 Jules Mazarin est né à Pescina en Italie le 14 juillet 1602 (sous le nom de Giulio Raimondo Mazzarino ou Mazzarini). Après avoir rencontré le cardinal de Richelieu en 1630, il passe au service de la France. Il est naturalisé français en 1639. Il est devenu lui-même cardinal en 1641. C'est pourquoi il est représenté dans un habit ecclésiastique (alors même qu'il n'a jamais été ordonné prêtre) :

A la mort de Richelieu en décembre 1642, il est désigné par le roi Louis XIII comme principal ministre. Après la disparition du roi Louis XIII en mai 1643, la régente Anne d'Autriche le maintient dans ses fonctions. Mazarin est ainsi devenu le principal ministre de Louis XIV dont il était le parrain. Assez rapidement impopulaire, Mazarin a provoqué plusieurs révolte contre lui. "La Fronde" a conduit Mazarin a un exil forcé en 1651 et en 1652. Cependant, Louis XIV étant proclamé majeur, Mazarin est resté son principal ministre.C'est à ce titre que le cardinal a négocié avec l'Espagne le Traité des Pyrénées en 1659 par lequel la France fit la conquête du Roussillon. Cest ce chef d'oeuvre diplomatique que Mazarin tient dans la main gauche de la statue :

Mazarin est resté le ministre tout puissant du début du règne de Louis XIV jusqu'à sa mort à Vincennes le 9 mars 1661. Il avait accumulé une énorme fortune et une partie de sa collection est devenue la propriété du roi Soleil (on peut voir une partie des objets rares dans la galerie d'Apollon du Louvre).

La statue est une oeuvre du sculpteur Pierre Hébert né à Villabé (Essonne) le 31 octobre 1804 et mort le 16 septembre 1869 dans le 11e arrondissement de Paris. Pierre Hébert a aussi sculpté pour les façades du Louvre la statue de Saint-Simon et celle du maréchal Ney (sur la rue de Rivoli).

Il a épousé Jeanne Planson qui était la mère de Jeanne Bertaux dont il est ainsi devenu le beau-père. Jeanne Bertaux a sculpté la statue de Chardin sur l'Hôtel de Ville (voir article du 17 septembre 2008). Le fils de Pierre Hébert et de Jeanne Planson, Pierre-Eugène Hébert a sculpté la statue de Régnard pour l'Hôtel de Ville (voir article du 27 août 2008).

samedi 9 septembre 2023

MMDCXXIII : Les passages de Paris Centre : "Le Passage des Lingères"

 Voici un nouvel épisode de la série sur les "passages" de Paris Centre : il concerne un passage assez curieux situé entre la rue Bergère (le long de la Canopée) et la rue des Halles au niveau de la place Marguerite de Navarre :

Le passage des Lingères vue depuis la rue Berger

Le passage des Lingères depuis la place Marguerite de Navarre

Je pensais ne rien trouver de très enthousiasmant à expliquer à propos de ce passage de (seulement 43m de long et 10m de large) qui traverse des immeubles construits à la fin des années 1970 et au début des années 1980 dans un goût assez contestable pour le cœur de Paris.

Cependant ce qui m'a interpelé c'est la mention que l'on trouve sur les plaques de cette rue et qui évoque un "privilège accordé aux marchandes de linge par Saint-Louis" :


 Le passage des "Lingères" est une dénomination très récente : il est apparu dans la nomenclature de Paris par un arrêté municipal du 21 avril 1985, très longtemps après la mort de Louis IX (roi de 1226 à 1270).

En regardant un plan Turgot des années 1730, on peut observer qu'il existait dans ce quartier une assez longue rue appelée la rue de la Lingerie :

Cela m'a conduit à consulter le dictionnaire administratif et historique des rues de Paris de 1844 et de retrouver de quel privilège il s'agissait :

Ce privilège évoqué par la plaque évoque donc un privilège accordé par Louis IX permettant aux marchandes de linge d'étaler leurs produits le long de la partie Ouest du cimetière des Innocents. Comme cela est expliqué ce lieu de vente du linge a existé jusqu'au milieu du XVI siècle puisqu'Henri II (roi de 1547 à 1559) a décidé de le supprimer pour y construite des maisons.

Quand on regarde le plan dit "de Bâle" qui représente Paris au milieu du XVIe siècle, on se rend compte que le côté impair de la rue était construit mais pas encore le côté pair, le long du cimetière des Innocents :

L'ensemble du quartier a été détruit dans les années 1970 et je pensais donc pouvoir simplement conclure que le "passage des lingères" était construit à l'emplacement de la rue de Lingerie que j'ai située ici sur une vie des Halles en 1974 :

mais cela aurait été inexact...

En effet, la rue de la lingerie a été élargie et reconstruite plusieurs fois. Voici son aspect sur un plan des années 1860 après la constuction des Halles de Baltard :

et voici une vue prise par Charles Marville entre 1865 et 1868 :

Charles Marville : la rue de la Lingerie

 Sur cette photographie on voit en arrière plan la rue de la Ferronerie (voir l'agrandissement ci-dessous). 

Cela m'a permis de m'achever de me convaincre que la rue de Lingerie était située quelques centaines de mètres plus à l'Est que le passage des Lingères. En effet, celui-ci n'est pas situé à la hauteur de la rue de Ferronnerie mais le long de l'actuel rue des Halles dans le prolongement de la rue des Bourdonnais.J'ai représenté l'emplacement où se trouvait l'actuel passage sur le plan Turgot des années 1730 par une étoile :

 Une rue avait été percée par la suite à cet endroit. On la voit par exemple sur un plan cadastral du début du XIXe siècle. Elle avait pour nom la rue Lenoir :

Et on peut se reporter à nouveau au Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris de 1844 pour savoir plus à son sujet :

On y apprend plusieurs informations intéressantes : cette rue Lenoir (plus précisément Lenoir -Saint-Honoré car il y avait une autre rue Lenoir ailleurs dans Paris) avait été percée en 1787. Elle était située en partie à l'emplacement d'un autre "petit passage" : le passage de l’Échaudé. Elle rendait hommage à Jean-Charles-Pierre Lenoir (1732-1807) ce qui m'a amusé car j'ai été un lecteur assidu des enquêtes menées par Nicolas Lefloch sous la plume du regretté Jean-François Parot et le lieutenant-général de police joue un rôle important dans le récit de nombreux volumes de cette saga. (Il existe aujourd'hui une rue Richard Lenoir mais il n'a aucun rapport avec le lieutenant-général).

Voici donc sur la vue aérienne de 1974 l'emplacement du "passage des Lingères". On voit qu'il est plus situé à l'emplacement de rue Lenoir que la rue de la Lingerie :

Pour faire simple, on peut donc dire que le passage des Lingères évoque un privilège du roi Louis IX qui avait permis à des marchandes de linge de vendre leur produit tout près de là le long du cimetière des Innocents ce qui a été possible du XIIIe au XVIe siècle.

Il est intéressant de noter qu'il subsiste une toute petite partie de la rue de la Lingerie  située entre la rue des Halles et la rue des Innocents :

 

Cela permet aussi de se rendre compte du fait le "passage des Lingères" n'est pas du tout à l'endroit où se trouvait la partie de la rue de la Lingerie qui a disparu.