mercredi 10 mai 2023

MMDLXXV : Les rues de Paris Centre : la rue de Cléry, une rue qui tient son nom d'un mystérieux hôtel

 

La rue de Cléry est une longue rue (600m de long) qui relie la rue Montmartre au boulevard Bonne Nouvelle jusqu'à la porte Saint-Denis. 

Voici plusieurs vues de la rue en la remontant en partant de la rue Montmartre et en dirigeant vers la porte Saint-Denis avec tout d'abord la partie entre le rue Montmartre et la rue Réaumur : 


Puis le tronçon entre la rue Réaumur et la rue des Petits Carreaux où la rue atteint un 1er point haut :

Puis après la rue redescend légèrement après le croisement avec le rue des Petits carraux [vue aussi au niveau du 50 (sur la droite)]:

puis au niveau du 72 rue de Cléry (après l'ange avvec la rue Saint-Philippe :

On est alors arrivé dans la partie la plus en hauteur de la rue. Elle redescend ensuite légèrement en direction de la Porte Saint-Denis :

On voit ci-dessous la rue dans la direction opposée -depuis la porte Saint-Denis- en regardant vers le Sud-Ouest : 

Cette rue est très droite et relativement ancienne. On s'en rend compte en observant un plan Turgot des années 1730 :

C'est pourquoi on peut voir à un angle de rue une plaque Herault du XVIIIe siècle :

Le dictionnaire historique et administratif des rues de Paris de 1844 permet d'apprendre que la rue de Cléry date de la première moitié du XVIIe siècl, plus précisément des années 1633/1634 : 

La rue a été tracée sur le tracé des fossés de l'enceinte de Charles V entre la porte Montmartre et la porte Saint-Denis :

Elle porte le nom d'un hôtel de Cléry "dont les dépendances aboutissaient" à cet endroit mais je n'ai hélas trouvé aucune trace de cet hôtel particulier.

Cette rue a un tracé vraiment très droit que l'on peut observer depuis l'angle avec la rue Montmartre au printemps quand le soleil se lève pile dans l'axe de la rue de Cléry :


J'ai déjà publié plusieurs articles qui évoquent cette rue :

- la statue de Sainte Catherine à l'angle de la rue de Cléry et du 1 rue Poissonnière (article du 18 septembre 2019).

- la maison du XVIIIe siècle Belon-Vatard, à l'angle du 31 rue de Cléry et du 2 rue Poissonnière (article du 8 août 2022)

- le 54 rue de Cléry et le fournisseur de barbe à raser de l'empereur Napoléon III (article du 24 février 2022)

- la rue des Degrès qui relie la rue de Cléry à la rue de Beauregard (article du 23 octobre 2019)



dimanche 7 mai 2023

MMDLXXIV : Les très belles cours et le superbe escalier de l'Hôtel Villerroy-Bourbon entre le 9 rue des Déchargeurs et le 34 rue des Bourdonnais.

 

En préparant l'article paru sur la nef du bureau de la Corporation des épiciers, (voir article du 4 novembre 2022), j'ai fait une très belle découverte en me glissant dans l'immeuble mitoyen situé juste à côté au 9. Le porche est superbe mais je ne m'attendais pas à y découvrir un petit paradis...

Rien ne le laisse présager quand on regarde le plan Turgot des années 1730 :

Or en passant par la porte du 9 rue des Déchargeurs voici ce que l'on peut découvrir : une impressionnante succession de cours avec une première toute simple :

 Voici où on se trouve sur le plan cadastre du début du XIXe siècle :

En avançant, on arrive à un passage où il est possible de tourner à gauche ou de continuer tout droit. En allant à gauche, on découvre cette très belle cour :

Voici cette 2e cour représentée par un "2" sur le plan cadastre du début du XIXe siècle :


 Si on revient sur ses pas et que l'on repart tout droit au précédent embranchement, on arrive dans une 3e cour où on aperçoit une 4e cour au fond et un passage sur la droite (derrière l'arbuste qui apparaît au 1er plan) :

 Cette cour est représentée par un "3" sur le plan cadastre du début du XIXe siècle :

En continuant tout droit on arrive on longe un escalier superbe :

Cet escalier est représenté par le "4e sur le plan cadastre du début du XIXe siècle :

En continuant on arrive dans une 4e cour :

Je l'ai représentée par un "5" sur le plan cadastre du début du XIXe siècle :

en rebroussant chemin et en repassant par la cour représentée par un "3" on peut aller vers une autre cour qui n'existait pas au début du XIXe siècle :

Cette cour a été aménagée avec le percement de la rue des Halles à la fin des années 1860 mais elle a aussi un très bel aspect :

C'est un superbe puits de lumière  :

L'ensemble de ses constructions (notamment la cour 3 et le superbe escalier d'honneur) font partie de l'hôtel de Villeroy Bourbon. L'Hôtel a été construit pour Nicolas V de Neufville de Villeroy (14 octobre 1598-26 novembre 1685).

Ce personnage a joué un rôle très important : il a été nommé gouverneur du roi Louis XIV en 1646 ce qui signifie qu'il a été en charge de sa formation du jeune roi (né en 1638). Celui-ci quand il séjournait au Palais Royal venait prendre ses leçons dans l'Hôtel de Villeroy. Il semble donc que le futur roi Soleil a souvent parcouru ces cours. Ce rôle éminent a permis au duc de Villeroy d'être couvert d'honneur par le roi Soleil. Le 31 décembre 1661, il a été fait chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit.  

A l'époque du plan Turgot (dans les années 1730), l'Hôtel de Villeroy était devenu l'Hôtel des Postes (rôle qu'il a joué de 1671 à 1737)

En faisant le tour du pâté de maisons, on peut voir, au 34 rue rue des Bourdonnais, la façade de cet hôtel particulier qui a peu changer depuis mais qui n'a rien de particulièrement exubérant :

Dans les années 1970, cet hôtel a échappé à la destruction. Il était envisagé de le remplacer par un parking pour automobiles de plusieurs étages.

Le Saviez-vous ? Certains affirment que Coco Chanel a fréquenté l'Hôtel de Villeroy après la Première Guerre mondiale. C'est là qu'elle aurait trouvé l'idée du célèbre "N°5". En effet, dans le superbe escalier évoqué dans cet article, on peut voir un motif en forme de "5".

jeudi 4 mai 2023

MMDLXXIII : Deux portraits de Marc-Pierre de Voyer de Paulmy, comte d'Argenson, lieutenant général de police à deux reprises

 

Fin mars 2023, à l'Hôtel Drouot, deux portraits d'un personnage qui a joué un rôle important ont été mis en vente par la maison Daguerre. Ce personnage avait pour nom Marc-Pierre de Voyer de Paulmy, comte d'Argenson, Il était né à Paris le 16 août 1696 et il y mort le 26 août 1764.

Avant de faire une brillante carrière de ministre pendant le règne de Louis XV, le comte d'Argenson a exercé à deux reprises la fonction de lieutenant général de Police, une première fois de janvier à juin 1720 puis à nouveau de 1722 à 1724 pendant la régence. Il était le fils de Marc-René de Voyer de Paulmy (1652-1721) qui avait aussi exercé la charge de Lieutenant de police de 1697 à 1718 avant de devenir garde des Sceaux.

Il était le frère cadet de Marc-René de Voyer de Paulmy, marquis d'Argenson (1694-1757), lui aussi ministre de Louis XV et homme de lettres. C'est ce D'Argenson qui a sa statue sur l'Hôtel de Ville de Paris (voir article du 12 mai 2014). 

J'ai eu l'envie de faire cet article car j'ai trouvé les deux portraits remarquables. J'ai une petite préférence pour le portrait par Hyacinthe Rigaud qui a été peint vers 1730 donc quand le comte d'Argenson avait environ 35 ans :

Le portrait par Marc-Antoine Nattier peint environ vers 1750 montre un comte d'Argenson qui semble un peu plus sévère :





lundi 1 mai 2023

MMDLXXII : Se baigner dans la Seine... une tradition parisienne qui a conduit à plusieurs textes réglementaires du Moyen Âge au XIXe siècle

 

Il a été annoncé que très bientôt il sera possible de se baigner dans la Seine. Or, j'ai découvert dans le tome 9 de l'ouvrage "Paris qui disparait" écrit en 1937 par Georges Lenotre et publié aux éditions Grasset un chapitre très intéressant intitulé "Bains froids" (pages 24 à 30).

On y découvre que les Parisiennes et les Parisiens avaient l'habitude de se baigner dans le plus simple appareil entre Pâques (mois d'Avril) et la Saint Martin (novembre).

Une ordonnance du Châtelet de 1400 évoque les problèmes de sécurité posés par les baignades dans la Seine, les "Dommages irréparables et grands inconvénients parce que plusieurs d'icelles créataures se sont noyées en icelle rivière, qui est chose très pitéable". Il était par conséquent interdit de se hasarder "en lieu périlleux, herbeux ou profond".

Une anecdote relative au règne de Charles IX rapportée par Pierre Lancre (1553-1631) dans un livre intitulé Tableau de l'inconstance de toutes choses où il est montré qu'en Dieu seul git la vraie constance à laquelle l'home doit viser" est assez éclairante sur ce qui semblait possible dans le Paris du XVIe siècle : "Le roi Charles IX s'allant un jour promener aux Tuileries, voyant une femme, quoique belle en perfection, toute nue, passer la rivière à la nage depuis le Louvre jusqu'au faubourg Saint-Germain, il s'arrêta pour la voir. Mais pendant qu'il était attaché par les yeux, comme le reste de sa cour, elle, avec un plongeon, se déroba de sa vue, et étant revenue sur l'eau et puis ressortie en terre aussi vite que l'éclair, elle commença à tordre ses cheveux... puis elle se retira, emportant quant à soi les yeux et les coeurs de de tout le monde".

Une habitude se développa dans Paris "On installait, là, pour la belle saison, une toile formant paravent de quatre piquets, et l'on pouvait patauger à l'abri des regards indiscrets. Bientôt ces baignoires estivales établies, comme bien on pense, sans nulle permission, et sans aucun souci des besoins de navigation, encombrèrent si bien les berges, que les bateaux n'y pouvaient plus aborder".

Une solution fut trouvée. Le bureau de la Ville de Paris contracta un accord avec les époux Villain le 26 janvier 1688. Ils reçurent le privilège, moyennant un loyer de trente livres par an, du droit exclusif d'établir des bains depuis le Cours de la Reine (à l'ouest de l'actuelle place de la Concorde) jusqu'au pont Marie.

Cela provoqua une migration des baigneurs vers le petit bras de la Seine entre l'île de la Cité et la rive Gauche, y compris parmi les souillures rejetées par l'Hôtel-Dieu (qui à cette époque était situé de part et d'autre de la rive). La baignade fut interdite à cet endroit mais les baigneurs se réfugièrent à la pointe du Pont Neuf. Il semble qu'il était très fréquent de se baigner nus à cet endroit. A une date qui n'est pas précisée le Prévôt des Marchands décida que les administrés surpris à se baigner nus seraient conduits en chemise à travers les rues et fouettés de verges à l'endroit même où le scandale avait été commis.

Une seule condamnation est connue, celle du 24 juillet 1736 qui visaient des baigneurs récalcitrants qui s'étaient montrés complètement nus aux blanchisseuses bateaux lavoirs mais elle s'explique par le fait que les coupables avaient de plus commis des violences dans une sombre histoire de règlement de compte.

Ce n'est qu'avec Napoléon Bonaparte et pendant le Consulat que la baignade nue dans la Seine fut interdite. Le préfet de police de Paris fut chargé du contrôle des baignades dans la Seine par l'arrêté du XII Messidor an VIII. Cette interdiction fut confirmée par des arrêtés de 1858 et de 1872. 

Le contrôle des baignades par le Préfet de Police a été rappelé par l'arrêté du 6 juillet 2022 autorisant la baignade dans le bassin de la Villette du 9 juillet au 21 août 2022. 




samedi 29 avril 2023

MMDLXXI : Les statues du Louvre : Série Les personnages (9e volet) : Grégoire de Tours par Jean Marcellin


 Voici le 9e épisode de la série relative aux statues qui décorent la cour du Louvre. Il concerne la statue de Grégoire de Tours que l'on peut voir dans la partie de l'aile Turgot :

La statue de Grégoire de Tours est celle qui est située la plus à gauche :

Grégoire de Tours est né en Auvergne le 30 novembre 538 ou 539 et il est mort à Tours le 17 novembre 594. C'est à la fois un religieux et un historien. Il a été évêque de Tours et il a écrit une Histoire des Francs qui est une des principales sources concernant l'arrivée des Francs en Gaule.

Il est représenté avec sa tenue d'ecclésiastique qui fait un geste de bénédiction de la main droite :

Derrière lui, à sa droite on peut voir les tomes de l'Histoire des Francs et sa crosse d'évêque :

Cette statue est une oeuvre de Jean Marcellin, né à Gap le 24 mai 1821 et mort dans le 14e arrondissement de Paris le 22 juin 1884. On luit doit aussi la statue de Joinville et la Douceur qui ornent aussi les façades du Louvre.


jeudi 27 avril 2023

MMDLXX : "Jardin noir" : une exposition sur les grilles du square de la Tour Saint-Jacques à propos du conflit du Haut-Karabakh

  

On peut régulièrement voir d'excellentes expositions photographiques sur les grilles de la Tour Saint-Jacques.  L'exposition actuelle permet de prendre conscience de l'horreur d'un conflit très peu médiatisé : celui du Haut-Karabakh, un territoire peuplé d'Améniens  qui depuis l'éclatement de l'URSS en 1991 subit une guerre larvée avec l'Azebaïdjan (et qui s'est considérablement aggravée ces dernières années).

 Une présentation explique de manière très claire un conflit dont certains aspects peuvent échapper à plus d'un.

Les photographies d'Alexis Pazoumian sont d'une très grande force et montre les horreurs que vivent au quotidiens des populations qui sont à quelques milliers de kilomètres de nous.

J'en ai choisi une pour l'intensité de ce regard qui nous est adressé avec ce jeune homme qui aimerait pouvoir retourner à l'Université pour pouvoir devenir vétérinaire. :