dimanche 23 octobre 2011

CMLXXVI : Adam et Eve, perdus dans l'étagement de la façade principale de Notre-Dame (depuis Viollet-le-duc)

  

Même ceux qui passent régulièrement devant la cathédrale Notre-Dame de Paris n'en ont pas forcément conscience car cela est difficile. Dans les étages de la façade principale, on peut voir Adam et Eve dans au 2e étage au-dessus de la galerie des rois :

En effet, il faut avoir une bonne vue, des jumelles, ou un appareil photo avec un bon zoom,  pour voir au 2e étage au dessus de la galerie des rois, à droite (au-dessus du portail de Sainte-Anne) Eve :

et à droite, au dessus du portail de la Vierge, Adam :

 

Pendant la Révolution française de nombreuses statues avaient été mises à bas. Ces deux représentations d'Adam et Eve ont été installées à cet endroit lors de la restauration de la Cathédrale par Viollet-le-duc au milieu du XIXe siècle et elles sont dues à l'inventivité très libre des sculpteurs qui ont participé à la restauration entreprise par Viollet-le-Duc au XIXe siècle. 

Initialement, les statues d'Adam et Eve se trouvaient dans les niches situées à l'intérieur du portail Sud. On peut admirer au musée de Cluny la statue originale qui été retrouvée après la restauration

Il s'agit d'une merveille du XIIIe siècle (vers 1260) attribuée à Pierre de Montreuil.

mercredi 19 octobre 2011

DMLXXIII : Une traversée en bateau de la place de la Bastille par le canal situé sous la colonne

  

Voici une série inédites de vues de la place de la Bastille : le passage en bateau entre le Canal Saint-Martin et le bassin de l'Arsenal. sous la place.

On peut voir en arrivant à la hauteur de la Bastille, le soubassement de la colonne avec la crypte où se trouvent les tombeaux des morts de la Révolution de 1830, mais aussi -ce que j'ignorais- ceux de celle de 1848. Les noms des "martyrs" de la Révolution de Juillet apparaissent sur le fût de la colonne (je leur avais consacré un article le 28 juillet 2010).

Le bateau avant rapidement voici une vue que j'ai pu prendre de cette crypte circulaire :

Cette crypte correspond en fait à la fondation de la fontaine que Napoléon voulait construire sur cette place. Par la loi du 26 juillet 1839, la colonne (dont la construction avait commencé en 1831) devait devenir un monument funéraire. Les corps de 504 victimes de la Révolution de 1830 furent transférés dans la crypte le 28 juillet 1840. Ils furent rejoints le 4 mars 1848 par 196 victimes de la nouvelle révolution qui cette fois avait renversé Louis-Philippe.

Le bateau sort de la partie couverte du canal sous la place de la Bastille et arrive au port de l'Arsenal (qui marque la limite entre le 4e et le 12e arrondissements) :

 

samedi 15 octobre 2011

CMLXX : Les statues de l'Hôtel de ville (75e volet) : Pierre de Viole par Jean-Louis-Désiré Shroeder

Voici le 75e épisode de la série consacrée aux statues de l'Hôtel de ville. Elle concerne "Pierre de Viole" qui se situe au centre de la façade de la place de l'Hôtel de ville légèrement sur la gauche quand on est face à l'édifice :

 

J'ai eu bien du mal à trouver des informations sur ce personnage car il s'agit en fait de Pierre Viole (sans particule), prévôt des marchands de Paris qui, le 15 juillet 1533, a posé la première pierre de l'Hôtel de ville quand il a été reconstruit sous le règne de François Ier.

D'après les informations que j'ai trouvées sur un blog, Pierre Viole était écuyer, seigneur d'Athis sur Orge, 5e fils de Nicolas Viole, seigneur d'Andrezel, et de Catherine Poignant.

J'ai trouvé un autre blog qui consacre un article à la famille Viole. On y apprend que Pierre Viole est mort en 1554 et a été enterré dans l'église Saint-Paul (qui se trouvait dans le 4e arrondissement et qui a été détruite pendant la Révolution). Il est devenu conseiller au Parlement de Paris le 7 janvier 1522 puis commissaire aux requêtes du Palais en 1529.

Pierre Viole (avec ou sans particule) n'a donné son nom à aucune rue parisienne ce qui prouve que l'on peut avoir sa statue située à la place d'honneur de la façade de l'Hôtel de ville et être tombé dans le plus grand oubli ! Omnia vanitas...

La statue est une œuvre de Jean-Louis-Désiré Schroeder (né à Paris le 24 décembre 1828 et mort dans le 5e arrondissement de Paris le 27 décembre 1897). On lui doit aussi la statue de l'agriculture dans la Cour Carrée du Louvre. Pour la statue de Pierre de Viole, le sculpteur a dû faire preuve d'imagination puisqu'on ne possède aucun portrait de ce personnage.

jeudi 13 octobre 2011

CMLXIX : Nef de Paris dans Paris (épisode n°7) : la version la plus ancienne présentée lors d'une exposition

  

Voici le 7e épisode de la série consacrée à la nef de Paris dans Paris Centre. Il s'agit d'une représentation qui a fait une réapparition uniquement pendant quelques semaines. En effet, pendant l'été 2011, une exposition sur le thème "Paris sur Seine" se tenait à l'Hôtel de Ville. On pouvait y voi la version la plus ancienne de la nef de Paris : le sceau de la corporation des marchands d'eau comme on peut le lire en latin : sigillum mercatorum aque parisius. Il s'agit de l'agrandissement d'un sceau suspendu à un acte qui date environ de 1210 (donc de la fin du règne de Philippe Auguste).

La charte des marchands d'eau était très puissante. En 1121, le roi Louis VI lui avait accordé par exemple le droit de transporter 60 sous pour chaque bateau transportant du vin. Son fils Louis Louis VII en 1170 leur accorde le privilège de la police de l'eau pour toute la capitale.

Dans cette version la plus ancienne de la nef de Paris, le navire ne comporte qu'un seul mat soutenu par six haubans. La voile n'est pas représentée. (Pas de rames non plus contrairement à de nombreuses versions postérieures). 

mardi 27 septembre 2011

CMLVIII : L'accident du Pont de l'Archevêché du 27 Septembre 1911

 

Le 27 septembre 1911, un terrible accident d'autobus survenait tout près du 4e arrondissement.

Je l'ai appris grâce à cette carte postale que j'ai trouvée dans une brocante en mars dernier. Comme on peut le voir en légende de ce document, le bus au lieu de prendre le pont de l'archevêché a fini son parcours dans la Seine. Le bilan fut relativement lourd : 11 morts.

En regardant la carte postale plusieurs détails :

- il s'agissait d'un autobus de la ligne de la  "compagnie générale des omnibus" qui reliait le Jardin des Plantes aux Batignolles : 

- à l'arrière-plan on peut voir le pont de la Tournelle dans sa version ancienne puisqu'il a été complètement reconstruit dans les années 1920 (voir mon article du 11 octobre 2010) :

- toujours à l'arrière-plan, on voit les badauds massés sur le quai d'Orléans. Une confirmation de la curiosité légendaire des Parisiens !

dimanche 25 septembre 2011

CMLVI : Les statues de l'Hôtel de Ville (74e volet) : Henri Estienne par Jean-Jules Allasseur

 

Voici le 74e volet de la série consacrée aux statues de l'Hôtel de Ville. Il concerne "H. Estienne" que l'on peut voir dans le pavillon central au 1er étage légèrement à gauche :

Les Estienne sont une très célèbre famille d'imprimeurs et d'humanistes parisiens du XVIe siècle. Il existe deux Henri Estienne (le grand-père et le petit-fils) et il est difficile de savoir lequel est représenté sur la façade :

Henri Estienne l'Ancien est né à Paris vers 1470 et il est mort après 1520. Il a ouvert une imprimerie à Paris en 1502. Il est resté fameux pour la qualité de ses publications. Il a ainsi publié le grand humaniste français Lefèvre d'Etaples.

Son petit-fils Henri Estienne (fils de Robert Estienne) est né à Paris à Paris en 1528. Il a reçu une éducation humaniste et a appris le latin et le grec dès son plus jeune âge. Grand voyageur, il a parcouru toute l'Europe (notamment l'Italie) et est mort à Lyon en 1598.

Henri Estienne le jeune était comme le reste de sa famille un imprimeur mais il a aussi édité de nombreux auteurs anciens et écrit des livres en faveur de la défense de la langue française. Son ouvrage le plus célèbre est le dictionnaire de la langue grecque paru en 1572. 

 C'est peut-être le livre qu'il tient ouvert dans la main. Henri Estienne est donc à mettre en relation avec un autre humaniste représenté un peu plus à gauche : Guillaume Budé (voir l'article du 15 janvier 2011).

Il n'existe pas de rue "Henri Estienne" mais c'est le fils ou le père (suivant la génération à laquelle on se place) qui a eu droit à cette honneur puisque dans le 8e arrondissement où plusieurs rues sont consacrées au XVIe siècle, il existe une rue Robert Estienne (1503-1559).

La statue d'Henri Estienne est une oeuvre de Jean-Jules Allasseur (né le 1er septembre 1818 à Paris et mort le 23 mars 1903 dans le 18e arrondissement de Paris) dont on peut voir deux œuvres sur les façades du Louvre : Leucothéa (dans la cour carrée) et Malherbe (dans la cour Napoléon).

 

mardi 20 septembre 2011

CMXCIII : Dôme de l'église Saint-Paul-Saint-Louis : Les 4 souverains représentés dans le dôme : Clovis, Charlemagne, Saint Louis et Robert Ier


 Le dôme de l'église Saint-Paul-Saint-Louis s'élève à 55m de hauteur. C'est un dôme du XVIIe siècle caractéristique de la Réforme catholique (appelée par certains la "Contre-Réforme". Il est le 1er construit à Paris avant ceux qui ont suivi par exemple à la Chapelle de la Sorbonne, au Val-de-Grâce, aux Invalides ou encore au Panthéon.

Ce dôme construit pour les Jésuites de Paris s'inspire directement de l'église du Gesù de Rome. Comme les Jésuites étaient au moment de la construction de l'édifice très proches des rois de France, l'église a été placée sous le patronage de Saint-Louis. Après la construction, les coeurs des rois Louis XIII et Louis XIV y ont été conservés.

 Après l'interdiction de l'Ordre des Jésuites sous le règne de Louis XV, l'église Saint-Louis a par la suite connu d'importantes destructions à la Révolution. Cependant, les peintures qui ornaient le dôme depuis le XVIIe siècle n'ont été détruites qu'en 1871 pendant la Commune de Paris. 

Le décor actuel date donc du dôme est donc assez récent :

On peut y voir quatre grisailles en trompe-l'oeil qui sont donc très récentes. Elles sont l'oeuvre de Paul-Joseph BLANC et datent de 1873.

 Parmi les quatre souverains représentés, trois d'entre eux ne sont pas une véritable surprise :

On trouve bien sûr Louis IX, roi de 1226 à 1270, qui est le seul roi de France a avoir été canonisé. Il tient la couronne d'épines pour laquelle le roi a fait construire la Sainte-Chapelle sur l'île de la Cité et qui est aujourd'hui conservée dans le Trésor de la Cathédrale Notre Dame :

On trouve aussi bien sûr Clovis, le roi des Francs fondateur de la dynastie mérovingienne et qui aux alentours de 496 a décidé de se convertir à la religion catholique. On voit qu'il tient dans la main droite la francisque, l'arme considérée comme emblématique des guerriers francs. Dans sa main gauche il tient un reliquaire, peut-être celui de Sainte-Geneviève, la sainte patronne de Paris pour laquelle il a fait construire un monastère (à l'emplacement de l'actuel Panthéon) :

Il n'est pas non plus surprenant de trouver Charlemagne. En effet, le 2e représentant de la dynastie carolingienne a réussi à se faire couronner empereur, par le pape, à Rome en l'an 800. Les Empereurs du Saint-Empire-Romain Germanique, notamment Frédéric Ier au XIIe siècle, ont même voulu le considérer lui aussi comme un saint.

Le dernier souverain représenté est par contre beaucoup plus difficile à deviner. En effet, tout d'abord c'est le moins visible car il est dans la face du dôme qui est du côté de la nef et il faut donc se mettre dans le choeur pour le voir. Il s'agit du roi Robert :

Il s'agit vraisemblablement de Robert I, comte de Paris élu roi des Francs en 922, après avoir vaillamment protégé Paris pendant les invasions Vikings. Ce roi n'a régné qu'un an mais il est le grand père d'Hugues Capet et donc le fondateur de la dynastie Capétienne.

samedi 3 septembre 2011

CMXLV : La nef de Paris dans Paris Centre (épisode n°6) : une version en forme de galère qui date du XIXe siècle à l'école des Fauconniers.

 

Voici le 6e épisode de la série consacrée aux représentations de la nef de Paris dans Paris Centre. Il concerne le blason que l'on peut voir au dessus de l'entrée de l'école de la rue du Fauconnier dans le 4e arrondissement.

Ce blason montre une version relativement rare de cette nef. En effet, le navire représenté est, incontestablement, une galère, comme en atteste la présence de quatre rames :

Je n'ai pas réussi à savoir de quand date précisément cette nef en forme de galère. Peut-être de la même époque (donc les années 1880) que celle que l'on voit sur la façade du lycée Sophie Germain. (voir article du 17 novembre 2011)

lundi 29 août 2011

CMXLIII : Le décord sculpté de la Tour Saint-Jacques : les gargouilles

Un récent cadeau me permet de faire cet article... que je fais paraître en guise de remerciements.

Grâce au zoom de mon nouvel appareil photo, je peux faire d'impressionnant zoom comme en témoigne cette série de photographies qui concernent les gargouilles de la Tour Saint-Jacques.

Une vue d'ensemble des gargouilles :

Un angle :

Un détail d'une gargouille :


Je rappelle que ce décor de pierres date en grande partie du XIXe siècle, époque où la tour Saint-Jacques a été complètement restaurée par Viollet-le-duc.

La tour a connu un importante restauration au cours des années 2000. Nous pouvons depuis profiter de ce très beau legs de l'architecture gothique. La tour est le reste de l'église Saint-Jacques-de-la-Boucherie construite au XVIe siècle.

jeudi 25 août 2011

CMXLI : Un des plus superbes hôtels du Marais : l'hôtel de Beauvais inauguré le 26 août 1660

  

J'ai eu la chance de visiter par deux fois l'Hôtel de Beauvais au cours de l'année qui vient de s'écouler à chaque fois avec les commentaires érudits de Pierre Housieaux, le président de l'Association Paris Historique.

 Cet hôtel a été inauguré le 26 août 1660. Pour comprendre l'importance de cet événement, il faut faire savoir qui était "Madame de Beauvais".

Il s'agit de Catherine Bellier qui était 1ère dame de chambre d'Anne d'Autriche. En 1653, elle avait été chargée de "déniaiser" le roi Louis XIV alors âgé de 16 ans. Catherine Bellier, âgée déjà de 40 ans, avait déjà une certaine expérience et il semble qu'elle avait la réputation d'avoir la jambe légère. Il paraît qu'elle était très laide puisqu'elle était surnommée "Cateau-la-Borgnesse".

Le roi en tout cas se montra fort reconnaissant puisque Catherine Bellier fut faite baronne de Beauvais. Elle put faire construire l' Hôtel de Beauvais, dans l'actuelle rue François Miron. Ce bâtiment était la risée de certains car, pour la première fois avec ce genre de grande résidence aristocratique, la construction comprenait côté des rues des échoppes destinées à être louées.

Ce bel édifice fut inauguré en grande pompe le 26 août 1660 en présence de la reine-mère Anne d'Autriche et du cardinal Mazarin. Louis XIV venait d'épouser quelques mois plus tôt l'infante d'Espagne Marie-Thérèse d'Autriche.

La reconnaissance du roi pour Madame Beauvais ne s'arrêta pas là. Alors qu'elle était confrontée à des difficultés financières, il lui accorda en 1667, le privilège des carosses et des messageries de Versailles (ville qui ont le sait jouait un rôle de plus en plus importante jusqu'à devenir en 1682 le lieu de séjour de la Cour).

La baronne de Beauvais, malgré son grand âge et sa prétendue laideur, avait un appétit sexuel qui la conduisit à recourir à des services masculins rémunérés. Après la mort de son mari en 1674, elle finit par être si ruinée qu'elle dut s'exiler pour finalement mourir en 1689 à Arrou dans l'Eure-et-Loir. 

Voici trois photographies prises dans ce très bel endroit :

Deux angelots qui apparaissent en bas-relief dans la voute de l'escalier d'honneur de l'Hôtel de Beauvais.

le très bel escalier situé au fond à gauche de la cour qui permet d'accéder au 1er étage,  une très belle réalisation de l'architecte Antoine Le Pautre qui a réussi à tirer partie de l'exiguïté de l'espace disponible pour cet escalier. 

Dans les sous-sols de l'Hôtel de Beauvais, on peut aussi admirer une superbe cave voûtée d'ogives. Elle date du début du XIIIe siècle, époque où le lieu était possédé par l'abbaye de Chaalis dans l'Oise. Au Moyen Âge, on trouvait dans cette partie de Paris (entre l'actuelle rue François Miron et la Seine) de nombreuses maisons de villes de grandes abbayes provinciales (comme par exemple la maison de Ville de l'abbaye de Maubuisson que l'on peut encore voir à l'angle de la rue des Barres et de la rue du Grenier-sur-l'eau à laquelle j'ai consacré un article le 30 octobre 2008). [Voir aussi l'article publié en septembre 2020 à propos de la cave de la maison d'Ourscamp, siège du Paris Historique].

Pour finir voici ce qu'on pouvait voir de cet hôtel sur le plan Turgot des années 1730 (on voit bien exiguïté de la parcelle).


P.S. Un très bon reportage photo sur l'hôtel de Beauvais est paru sur le blog Paris Bise Art en 2016 => voir lien suivant.