lundi 10 juillet 2023

MMDXCVI : Les jardins de l'Hôtel de Sully et leur (légère) métamorphose

  

Les jardins de l'Hôtel Sully sont un hâvre de paix entre la place des Vosges et la rue Saint-Antoine. Ils ont connu récemment une rénovation qui n'en modifie pas radicalement l'aspect. Les buis qui étaient malades ont été remplacés par une variété plus résistante et adaptée au changement climatique (voir le blog Vivre Paris).

J'ai donc retrouvé une photo que j'avais prise en mai 2010 pour observer les évolutions :

On peut observer que la rénovation n'a pas conduit à profondément modifier l'aspect du jardin.

Celui-ci est ouvert tous les jours de 9h à 19h.


vendredi 7 juillet 2023

MMDXCV : La Halle aux poissons et la place de la pointe Saint-Eustache dans la 1ère moitié du XIXe siècle

 

Lors d'une vente à l'hôtel Drouot en juin dernier, cette peinture signée Giuseppe Canella a attiré mon attention. Il était décrit avec un autre tableau de l'artiste comme une "vue de Paris animée" mais j'ai été intrigué par celui-ci car à l'arrière-plan à gauche, on reconnaît le chevet de l'église Saint-Eustache :

Il s'agit donc d'une vue prise au sud de l'église Saint-Eustache mais une vue prise aujourd'hui montre que cette partie de Paris a bien changé depuis puisqu'on y trouve un grande espace vide :

Il faut regarder dans le détail ce tableau pour savoir les différents éléments représentés. L'artiste Giuseppe Canella est né à Vérone le 28 juillet 1788 et il est mort à Florence le 11 septembre 1847. Il a peint Paris principalement Paris dans les années 1820 et son oeuvre a été tout particulièrement appréciée par le duc d'Orléans Louis-Philippe, devenu fin juillet 1830 à la faveur des "Trois glorieuses" le roi des Français Louis-Philippe Ier.

Il est donc utile de regarder de près les cartes de Paris dans la 1ère moitié du XIXe siècle pour comprendre ce qui est représenter. En regardant de près le plan Cadastre de Paris de cette époque, on peut comprendre à quel endroit s'est placé l'artiste :

Au 1er plan du tableau à droite, on peut ainsi voir une partie de la façade de la halle du marché aux poissons et l'angle d'une rue :

 Giuseppe Canella a représenté sur une autre peinture une vue (conservée au musée Carnavalet) qui montre cet angle mais cette fois il est sur la gauche et la halle aux poissons est sur la droite :

Cette halle était toute récente car elle avait été construite en 1823.

Au 2nd plan, la rue en angle des stores que l'on reconnait des stores très étendus :

On reconnait ce coin de rue vu sous un autre angle sur l'autre peintre de Canella :

Quand on y regarde de plus près, on voit qu'ici on trouvait un passage couvert (à l'image de ce qui existe rue de Rivoli le long du Louvre) :

La rue ici s'appelait la "Rue des Petits Piliers de la Tonnelerie" pour cette raison :

Au 2nd plan sur la Gauche du tableau on voit que la rue assez large :

Il s'agit en fait d'une place qui avait pour nom "place de la Pointe Saint-Eustache" :

Le "Dictionnaire historique et administratif des rues de Paris" publié en 1844 par les frères Lazare permet d'en savoir plus sur cette place :

Elle ne faisait donc que 48m de long. On voit le côté impair de cet place sur la gauche du tableau :

Enfin à l'arrière-plan, au centre, on observe un immeuble blanc :

Il s'agit du lieu où se rejoignit la rue Montmartre et la rue Montorgueil (qui jusqu'en 1830 dans ce tronçon portait la nom de rue de la Comtesse d'Artois) : 

On y trouvait une petite fontaine qui n'apparaît pas sur la peinture mais que l'on peut voir sur le cadastre  de la première moitié du XIXe siècle :

Ce paysage a radicalement changé dans les années 1850 avec la construction des Halles de Baltard qui ont conduit à la destruction de la plus grande partie de ce qui apparaît sur le tableau de Canella :

En 1885, dans un ouvrage de Theodor Josef Hoffbauer, on peut retrouver une gravure qui reconstitue le paysage des Halles tel qu'il était en 1849 avant les Halles de Baltard. J'y ai fait apparaître la partie que l'on peut voir dans le tableau de Canella :

Voici un agrandissement avec la localisation des lieux cités dans l'article :


 et voici l'équivalent sur le tableau de Giuseppe Canella :

 Il faut beaucoup d'imagination quand on se place à cet endroit pour avoir une idée de ce qu'on trouvait à cet endroit il y a environ 200 ans...



mardi 4 juillet 2023

MMDXCIV : La fontaine de la place Stravinsky a retrouvé ses automates de Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle

  

Au mois de juin 2023, un spectacle qui n'avait pas été vu depuis des années a été de nouveau possible : admirer les fontaines des automates de la place Stravinsky

Cette fontaine qui avait longtemps fait le plaisir et le bonheur des petits et des grands avait été installée à cet endroit en 1983 par le couple d'artiste Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle.

En 2022, j'avais pris cette photographie de la fontaine sans ces machines articulées :

Précédemment en 2020, pendant plusieurs mois, on pouvait voir les automates mais sans le bassin rempli d'eau ce qui conduisait à un curieux spectacle :

Pendant de nombreuses années, les mécanismes étaient restés à l'arrêt. On peut penser que l'oubli de stopper l'alimentation en eau de la fontaine en novembre 2010 alors qu'on observait des gels très précoces n'avait pas eu un effet très bénéfique sur leur fonctionnement(voir mon article du 30 novembre 2010). Voici deux photographies extraites de l'article paru à cette époque qui montre que le spectacle était certes magnifique malgré son effet très néfaste sur les automates :


Espérons que le fonctionnement durable de cette fontaine, le personnel chargé des fontaines sera attentif à couper l'alimentation en eau en cas d'annonce de vague de grand froid... même si elle est précoce comme ce fut le cas en novembre 2010.

samedi 1 juillet 2023

MMDXCIII : Place Ghislaine Dupont-Claude Verlon-Camille Lepage : un lieu qui mérite mieux !

 

A la jonction entre la rue Montmartre et la rue du Louvre une petite placette végétalisée a été formée dans les années 2010 avec la fermeture à la circulation de la rue Montmartre de la partie située entre la rue d'Aboukir et la rue de Cléry. C'est un espace de respiration bienvenu.

Il porte depuis mai 2019, le nom de trois professionnels de l'information mort dans l'exercice de leur profession : la journaliste Ghislaine Dupont, le technicien du son Claude Verlon et et la photojournaliste Camille Lepage. L'idée n'est pas absurde puisque ce lieu est dans le quartier qui était au coeur du quartier où se trouvait jadis les plus grands quotidiens de la presse française. 


 Ce lieu est cependant doté d'un mobilier urbain absolument horrible qui rappelle le design des plus moches aires d'autoroutes :

Un projet prévoit d'y installer du mobilier urbain plus en adéquation avec l'image que l'on se fait de Paris (des bancs Davioud seraient formidables à cet endroit ! ).

Je formule un vœu complémentaire. Il serait peut-être bon de rappeler que se trouvait à cet endroit une des principales portes de l'enceinte de Charles V comme on le voyait encore sur ce plan du milieu du XVIe siècle :

Cette porte était une des principales entrées dans Paris :

On pourrait rappeler la présence de cette porte à cet endroit soit par une plaque (comme celle qui signale l'entrée de la porte Montmarte de l'enceinte de Philippe Auguste à plusieurs centaines de mètres de là (voir mon article du 24 janvier 2022) :

ou bien par un marquage au sol comme cela avait été fait sur une proposition que j'avais faite lors d'une réunion publique rue Rambuteau pour indiquer l'emplacement de l'enceinte de Philippe Auguste (voir article du 30 novembre 2014) :

Pour comprendre l'évolution urbaine de Paris, il me paraît important de permettre à tous de mieux visualiser ces enceintes qui ont joué un rôle essentiel pour comprendre la trame urbaine de la capitale.

mercredi 28 juin 2023

MMDXCII : Paris Centre de Paris dans les assiettes anciennes (1er épisode) : la colonnade du Louvre

 

Voici une nouvelle série de L'Indépendant du Coeur de Paris. Elle concerne les assiettes anciennes (de la fin du XVIIIe siècle ou du XIXe siècle) qui représentent des monuments et/ou des places de Paris Centre.

Ce 1er épisode représente un des lieux dont on parle beaucoup en ce moment : la colonnade du Louvre et la place qui est située en face. A l'époque où les deux assiettes qui illustrent cet article la colonnade venait à peine d'être achevée pour sa partie supérieure (sur la première le fronton ne semble pas achevée):


 Sur la seconde assiette, le fronton est achevé. On voit que bien sûr on ne trouvait pas au pied de la colonnade les fossés creusés par la volonté de Malraux dans les années 1960.

Ces deux assiettes montrent que la colonnade du Louvre était considérée comme un deux lieux admirables de paris.

J'ai écrit plusieurs articles à propos de cette colonnade : 

- 23 mai 2023 : une carte postale montrant la colonnade au début du XXe siècle.

- 5 septembre 2021 : le fronton de Louis XIV/ Napoléon Ier de la colonnade

- 7 août 2021 : les 20 mascarons de la colonnades du Louvre

dimanche 25 juin 2023

MMDXCI : Une merveille de la Renaissance les bas-reliefs qui ornait le jubé de Saint-Germain-l'Auxerrois

 

Au Louvre, on peut voir de nombreux vestiges artistiques venus de différents endroits du Centre de Paris. Parmi ceux-ci on compte cinq bas-reliefs de Jean Goujon qui ornait le jubé (c'est-à-dire la limite entre le choeur et le reste de la nef) de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois située juste à l'Est du Louvre.

Il s'agit tout d'abord d'une déposition de croix :

puis les quatre évangélistes reconnaissables à leur attribut :

Saint Jean et l'aigle

Saint Marc et le lion

Saint Luc et le taureau

Saint Matthieu et l'ange

 Ces bas reliefs datent des années 1544/1545, c’est-à-dire de l'extrême fin du règne de François Ier (Mort en 1547). Ils sont représentatifs de la Renaissance française notamment dans le souci de représenter les corps des personnages et les drapés antiques. Ils sont de quelques années antérieurs à une autre oeuvre majeure de Jean Goujon : les décors de la fontaine des Innocents.

Les musculatures fines feront place dans la 2e moitié du XVIe siècle, avec la maniérisme, à des personnages plus massifs en suivant l'inspiration de Michel Ange.