mercredi 13 juillet 2022

MMCDLIV : Les façades de Paris Centre : L'ancien siège de l'entreprise Saint Frères au 34 rue du Louvre à l'angle avec le 112 rueSaint-Honoré

 

Au 34 rue du Louvre, à l'angle avec la rue Saint-Honoré, on peut voir une superbe immeuble d'angle. L'inventaire des constructions qui font l'objet d'une protection patrimoniale du PLU du 1er arrondissement permet de savoir sa date de construction (approximative) et le nom des propriétaire : "Immeuble des fabricants de bâches Saint-Frères construit vers 1910 (date à discuter, voire plus bas) dans la tradition de l'architecture commerciale, avec de grandes baies vitrées sur une ossature métallique. Les planchers sont en béton armé. Le dernier étage, doté d'un large balcon et d'une coupole, correspondait alors à l'habitation du propriétaire."

On apprend donc que la coupole d'angle était un lieu d'habitation d'où la vue devait être superbe :


 Le descriptif du PLU ne rend peut-être pas assez compte des différents éléments décoratifs de cet immeuble qui est vraiment superbe.







En ce qui concerne la date, on peut discuter celle indiquée dans le PLU. En effet, l'ouvrage de Kathy Borrus "One thusand buildings of Paris" donne comme date "environ 1900". Or j'ai retrouve des permis de construire pour le 112 et le 114 rue Saint-Honoré qui donne une date encore plus ancienne : 1895 (même si après le dépôt du permis de construire il faut laisser le temps à la construction de s'élever) :

 Cet immeuble dont le permis de construire date de 1895 n'est pas sans rappeler par son mélange d'éléments métalliques associés à des décors très classiques celui du 24 rue Saint-Marc qui lui date de 1894 (voir article du 21 janvier 2021) pour un producteur de dentelles et de broderie et celui du 116 rue Réaumur construit en 1897/1898 pour un fabricant de flanelle et de molleton (voir article du 30 juillet 2018).

En ce qui concerne l'architecte "E.Bertrand" tout laisse à penser qu'il s'agit d'Emile Bertrand né le 14 septembre 1856 à La Redorte (Aude) et mort à Paris le 22 juillet 1927 (voir lien suivant). En cliquant sur ce lien vous pourrez retrouver une photographie de cet architecte.

La société "Saint Frères" avait son origine dans la Somme en Picardie : trois frères de la famille Saint, Pierre-François l'aîné (1788-1847), Jean-Baptiste (né en 1790) et Pierre-François (1797-1878) avaient fondé l'entreprise de textile en 1814. Celle-ci se développa avec le développement de la production de toile de jute qui permit de concurrencer le monopole britannique sur la fabrication de ce tissus très résistant qui servait de contenant à de nombreuses marchandises.

Cela explique que la compagnie 'Saint Frères" s'installa à Paris tout près des Halles où il y avai un énorme besoin d'emballage pour stocker les produits vendus.Le  "Charles Saint" dont le nom apparaît sur le permis de construite est né en 1826 à Beauval dans la Somme et mort à Paris 8e en 1902. Il était le 4e fils de Pierre-François l'aîné mais il s'est imposé dans la 2e moitié du XIXe siècle comme le personnage de plus puissant et le plus influent de la lignée. Il avait épousé en 1851 sa cousine germaine Opportune Marceline Saint (1831-1911) fille de Pierre-François le cadet.

Il a été élu député de la Somme dans le groupe des Républicains progressistes de 1894 à sa mort.

Voici le contenu de sa notice biographique dans le Dictionnaire des Parlementaires de 1789 à 1940 (voir lien sur le site de l'Assemblée Nationale) :

" Filateur et tisseur de lin et de chanvre, Charles Saint fut l'un des créateurs de l'industrie du tissage mécanique du jute ; fabricant de toile et de sacs, il fut membre du jury des expositions universelles de 1878 et de 1889, vice-président de la Chambre de commerce d'Amiens, officier de la Légion d'honneur. Il fonda au Tonkin de vastes exploitations agricoles.

Venu tard à la politique, il se fit élire député à l'âge de 68 ans, le 18 mars 1894, dans la circonscription de Doullens, en remplacement d'Etienne Dusevel mort au cours de son mandat. 7.070 des 13.084 votants lui accordèrent leurs voix et, n'ayant obtenu que 5.162 suffrages, un ancien député de la circonscription, le vicomte Blin de Bourdon- qui avait été battu en 1893 par Dusevel - ne put pas reprendre son siège. Aux élections générales de 1898, Charles Saint fut réélu sans qu'aucun concurrent se présentât contre lui ; il obtint 8.374 des 12.656 suffrages exprimés. Inscrit au groupe progressiste, membre de diverses commissions et notamment, à partir de 1898, des commissions du travail, du commerce et de l'industrie et des douanes, mais détourné assez souvent du parlement par le souci de ses affaires et par sa santé, Charles Saint soutint de ses votes le cabinet Méline, en qui il voyait un protecteur de l'agriculture, mais combattit ensuite la politique de laïcité de Waldeck-Rousseau. Il n'intervint pas en séance publique et quand Paul Deschanel, le 29 janvier 1902, annonça à la Chambre son décès survenu la veille, à l'âge de 76 ans, il le loua d'avoir donné toute sa vie au travail, mais aussi d'avoir consacré son intelligence et sa fortune à diminuer les souffrances des travailleurs
."

dimanche 10 juillet 2022

MMCDLIII : Récapitulatif des 21 personnages représentés par 21 sculpteurs différents sur la Tour Saint-Jacques : un archange, quatre saintes, quinze saints et Blaise Pascal.

 

J'ai commencé fin 2017, une longue série consacrée aux saintes et aux saints représentés sur la Tour Saint-Jacques. Toutes les statues ont été sculptées lors de la restauration de la Tour Saint-Jacques par Théodore Ballu au milieu du 19e siècle.

Voici donc le récapitulatif avec la localisation des statues.

FACE OUEST  (côté Boulevard Sébastopol) 

Sur la face Ouest (la plus décorée puisqu'elle correspond à celle qui correspondait au portail principal de l'église Saint-Jacques de la Boucherie)

1 : Face Ouest, au 1er étage toute à gauche : Sainte Catherine d'Alexandrie par Jean-Marie Bonnassieux (article du 24 janvier 2021).

2: Face Ouest, 1er étage, 2e en partant de la gauche : Saint Jacques le Mineur par Charles-Auguste Arnaud (article du 26 février 2021):

 

 

3 : Façade Ouest, 1er étage, 3e en partant de la gauche : Saint Jean l’Évangéliste par Georges Dielbot (article du  17 mai 2021) :

4 : Face Ouest, 1er étage, 4e en partant de la gauche : Sainte Geneviève par Théodore-Charles Gruyère (article du 27 février 2022):

5 : Face Ouest, 1er étage, 5e en partant de la gauche : Sainte Marguerite d’Écosse par Victor Vilain (article du 22 mars 2022) :

6 : Face Ouest, 1er étage, 6e en partant de la gauche : Saint Marcel par Michel-François Pascal (article du 15 janvier 2022) :

7: Face Ouest, 1er étage(en angle avec la face Sud) : 7e en partant de la gauche : Sainte Marie-Madeleine par Noël-Jules Girard (article du 7 novembre 2021) :

8 : Face Ouest, 1er étage (en angle avec avec la face Sud); 8e en partant de la gauche : Saint Louis par Antoine-Laurent Dantan (article du 21 mai 2018) :

9 : Face Ouest, 2e étage, en partant à nouveau de la gauche : Saint Augustin par Pierre Loison (article du 2 octobre 2021 ) 

10 : face Ouest 2e étage côté droit : Saint Clément par Anatole-Célestin Calmels (article du 17 juin 2021) :

11 : Face Ouest, tout en haut de la tour dans l'angle avec la face Nord : Saint Jacques le Majeur par Jean-Louis Chenillon (article du 30 mars 2021) :

On peut après cela passer à la face Sud et à la face Ouest de la Tour :

FACE SUD (côté avenue Victoria)

12 : Face Sud, 1er étage à gauche : Saint Georges par Hugues Protat (article du 26 décembre 2017) :

13 : Face Sud, 1er étage droite : Saint-Michel par Pierre-Marie Froget (article du 24 janvier 2018) :

14 : Face Sud, 2e étage gauche : Saint Roch par Louis Desprez (article du 23 novembre 2020) :

15 : Face Sud, 2e étage droite : Saint Laurent par Jean-Joseph Perraud (article du 10 août 2021) :

FACE EST (côté rue Saint-Martin)

16 : Face Est, 1er étage, gauche : Saint Quentin par Ferdinand Taluet ( article du 14 juin 2022) :

17 : Face Est, 2e étage gauche : Saint Léonard par Jean-Bernard Duseigneur ou Jehan Du Seigneur  (article du 30 août 2020) :

18 : Face Est, 2e étage à droite : Saint Jean-Baptiste par Charles Cordier (article du 25 janvier 2020):


 La dernière face de la tour, la face Nord, ne comporte que 2 statues au 2e étage car initialement elle était accolée à l'église Saint-Jacques-de-la-Boucherie :

Face Nord (rue de Rivoli)

19 : Face Nord, 2e étage gauche : Saint Pierre par Augustin Courtet (article du 29 mai 2022) :

20 : Face Nord, 2e étage droite : Saint Paul par Louis-Léopold Chambard (article du 23 avril 2022) :


 A la base de la Tour

Sous la tour, on trouve la statue de Blaise Pascal par Jules Cavelier (article du 31 décembre 2014) :


samedi 9 juillet 2022

MMCDLII : L'Indonésie à l'honneur au BHV pour encore quelques jours

  

Certains pourraient croire que le BHV est passé depuis quelques semaines aux couleurs monégasques avec le drapeau rouge et blanc qui flotte sur le mât situé  l'angle de la rue de Rivoli et de la rue du Temple.

Cependant, il s'agit du drapeau d'un très grand pays du Sud-Est de l'Asie assez mal connu de beaucoup de français, l'Indonésie presque 4 fois plus grande que la France et  peuplée par 279 millions d'habitants (4e rang mondial après la Chine, l'Inde et les Etats-Unis).

Jusqu'au 17 juillet, le BHV présente dans ses vitrines et ses rayons des productions qui viennent de ce lointain pays.

vendredi 8 juillet 2022

MMCDLI : Les splendeurs de l'Hôtel Le Bas de Montargis visibles au Louvre mais qui jadis se trouvaient Place Vendôme

 

En visitant le Louvre, on peut voir les décors d'un  très bel hôtel particulier avec un superbe ensemble de boiseries typiques du XVIIIe siècle.


Les cartels et une vidéo présentés sur place permettent d'en savoir plus sur le bâtiment dans lequel se trouvait ces décors. Il s'agit de l'Hôtel Le Bas de Montargis situé dans l'angle Sud-Ouest de la place Vendôme  que l'on peut voir sur le plan Turgot des années 1730 :

Pour ceux qui connaissent bien la place il s'agit de l'angle situé à gauche du Ministère de la Justice :

La construction de cet hôtel particulier a été particulièrement soigné puisque son propriétaire était l'architecte Jules Hardouin-Mansart (1646-1708) en personne. Il a pris le nom d'Hôtel Le Bas de Montargis car la fille de l'architecte Catherine Henriette Hardouin-Mansart (1673-1748) a épousé  en 1693 Claude Lebas de Montargis, marquis du Boucher-Valgrand (1659-1731) qui était richissime (il était trésorier général de l'extraordinaire des guerres). C'est ce dernier qui a donné son nom à cet hôtel puisque l'édifice a été achevé en 1708, l'année même de la mort de son beau-père.

La configuration de l'Hôtel a été profondément modifiée au XXe siècle pour créer un vaste  passage au rez-de-chaussée vers la rue Saint-Honoré mais elle permet de se rendre compte de la relative étroitesse de la façade puisqu'on ne ne compte que 5 fenêtres donnant vers la place Vendôme.

La vidéo présentée au Louvre permet de se rendre compte de l'utilisation optimale de l'espace par Jules Hardouin-Mansart :

L'escalier d'honneur a été placée en l'arrière sur la droite pour desservir des pièces pour l'usage privé et la domesticité.

Sur la façade, on distinguait  cinq niveaux :

Au niveau 1, on trouvait les pièces de service, les écuries et les cuisines. Au niveau 2 : les appartements privés. Au niveau 3 : l'appartement principal des maîtres de maison. Au niveau 4, les chambres des enfants et des domestiques. Au niveau 5 : d'autres chambres pour la domesticité.

L'étage d'honneur malgré l’exiguïté de la façade sur la place permettait la disposition que les salles d'apparat donnent sur la place avec une succession : antichambre,  grande chambre et grand cabinet :

Cette division en trois pièces ne se voit pas sur la façade car elle est ordonnancée par 7 colonnes :

A: L'antichambre, B : La grande Chambre, C : Le Grand Cabinet.

Un étage joua un rôle important dans l'histoire intellectuelle française, l'entresol :

En effet, à partir de 1724, c'est à cet endroit que se réunissait le "club de l'Entresol". Ce cercle de réflexion et d'échange se réunissait dans l'appartement du Président Charles-Jean-François Henault (1685-1770) qui avait épousé en janvier 1714... Catherine-Henriette Le Bas de Montargis (1695-1728) qui était donc la petite-fille de Jules Hardouin-Mansart.

Le "club de l'entresol" se réunissait chaque samedi de 17h à 20h et comprenant une vingtaine de membres dont l'Abbé de Saint-Pierre. Il recevait des invités parmi lesquels on compta notamment Montesquieu, Helvetius, Mme Du Deffand ou le marquis d'Argenson.

Le "club de l'Entresol" fut fermé en 1741 à la demande du cardinal de Fleury, Premier Ministre de Louis XV, qui trouvait que les idées qui y étaient diffusées pouvaient être dangereuses pour la Monarchie et l'Eglise mais aussi car ce club suscitait quelques jalousies.

Il ne reste rien de cet entresol puisqu'au XXe siècle, le bâtiment a été complètement remanié ouvrir un passage vers la rue Saint-Honoré :

La façade arrière est plus représentative du style Art Déco à la mode à partir de 1910 que du style Mansart !

Cela explique pourquoi les décors de l'Hôtel Lebas de Montargis sont installés au Louvre...