vendredi 14 août 2009

CDLXXI : Les Billettes, le dernier cloître médiéval de Paris.

 

Au 22-24 de la rue des archives, on trouve le dernier cloître médiéval de Paris. Un ensemble religieux avait été construit dans cette partie du 4e arrondissement suite à un fait qui rappelle combien l’antisémitisme sévissait au Moyen-Âge.

En effet, d’après la tradition, cet endroit était le lieu où se trouvait la maison d’un juif nommé Jonathas et qui était usurier. En 1290, une femme qui lui avait déposé en gage ses vêtements pour obtenir de l’argent ne put rembourser sa dette. Jonathas fut accusé d’avoir accepté de rendre les habits en échange d’une hostie que la pauvre personne aurait du rapporter après avoir assister à la messe en l’Eglise Saint-Merri le jour de Pâques. L’histoire est ensuite assez classique : Jonathas aurait tenté de percer l’hostie de plusieurs coups de canifs. Aussitôt un sang abondant se serait mis à couler à grand flot. Ne sachant que faire, Jonathas aurait jeté l’hostie dans une chaudière d’eau bouillante. Celle-ci devint aussitôt rouge comme du sang alors que l’hostie s’élevait au-dessus d’elle. Le quartier fut ameuté. Jonathas fut arrêté et brûlé vif tout près de là, en place de grève (place de l’Hôtel de Ville). Voilà donc une histoire qui rappelle que la communauté juive était présente dans cette partie de Paris dès le Moyen Âge. Elle était victime de préjugés qui se sont renforcés au XIIIe siècle comme le montre les édits pris par Louis IX dans les années 1250.

A la fin du XIVe siècle, pendant le règne de Charles VI, cela conduisit à la décision d’expulser tous les Juifs hors du royaume de France. Les biens de Jonathas furent confisqués au profit du roi Philippe IV le bel qui fit construire sur son emplacement une chapelle expiatoire. Il y établit « l’ordre des frères de la charité » qui y restèrent jusqu’au XVIIe siècle. En 1633, les bâtiments furent repris par l’ordre des « carmes billettes » qui sont à l’origine du nom actuel de ce lieu.

 


 Le cloître des billettes tel qu’on le voit aujourd’hui a été construit dans la 1ère moitié du XVe siècle. C’est un bel exemple de gothique, assez dépouillé, alors que le siècle est normalement caractérisé par un style flamboyant parfois un peu exubérant. A côté, on trouve l’église qui a été complètement reconstruite au milieu du XVIIIe siècle par l’architecte dominicain, le frère Claude. Elle est un bel exemple de construction en style néo-classique. L’ensemble formé par le cloître et l’église a donc une certaine harmonie malgré deux époques de construction très différentes.

Après avoir été fermé au culte pendant la Révolution française, l’empereur Napoléon Ier a installé en ce lieu, en 1808, le consistoire de l’Eglise luthérienne de France. On y trouve aujourd’hui le centre  culturel luthérien. Le cloître accueille régulièrement des expositions qui permettent de le visiter. L’église est un lieu de cérémonie religieuse de l’église évangéliste. Elle accueille régulièrement des concerts. Un magnifique orgue a été installé dans les années 1980.

mercredi 12 août 2009

CDLXIX : Les statues de l'Hôtel de Ville (47e volet) : Corot par Henri-Edouard Lombard

 

Voici le 47e volet de la série des statues de l'Hôtel de Ville. Il concerne Corot dont on peut voir la statue rue de Rivoli au 2e étage dans la partie en renfoncement du pavillon qui de l'autre côté donne sur la place de l'Hôtel de Ville.

Il est vrai que Jean-Baptiste Corot, plus connu comme Camille Corot (son 2e prénom), est un peintre célèbre du XIXe siècle.

Né à Paris le 17 juillet 1796, il est un des plus grands peintres du XIXe siècle (il est mort le 22 février 1875 à Ville d'Avray). Son oeuvre prépare l'apparition de l'impressionnisme par son goût pour les paysages.

Le 13 juillet dernier, je suis allé voir à la National Gallery de Londres l'exposition (gratuite) qui avait pour thème "Corot to Monet, French landscape painting". Elle présentait une bonne quinzaine d'oeuvres de Corot (dont la plupart faisaient partie des collections permanentes de ce musée).

La rue Corot est elle aussi située dans le 16e arrondissement... pas très loin de la rue Wilhem.

P.S. : Je republie cet article sur L'Indépendant du Coeur de Paris près de 12 ans plus tard la 1ère publication. Avec le temps, je me suis rendu compte que j'appréciais plutôt les oeuvres de jeunesse de Corot qui correspondent à sa période italienne. Voici deux exemples avec deux vues de Rome qui datent des années 1826/1828 :


La statue est une œuvre du sculpteur Henri-Edouard Lombard né à Marseille le 20 janvier 1855 et mort à Paris 8e le 25 juillet 1929.

mardi 11 août 2009

CDLXVIII : 3e sexe... De Fursac au féminin !

  

Le 28 juin dernier, en prenant la ligne 7 avenue Victoria, j'ai utilisé mon appareil photo pour immortaliser cette surprenante composition qui comprend un panneau publicitaire avec une inconnue qui cherchait son chemin sur le plan situé au dos.

En republiant l'article-en février 2021- j'ai un peu modifié l'original qui ressemblait à ça :


 

dimanche 9 août 2009

CDLXVI : La mairie du 4e : une mairie d'arrondissement impériale...

 

La mairie du 4e arrondissement a été bâtie sous Napoléon III. En effet, c'est en 1860 que la carte de Paris a été profondément transformée avec les annexions décidées par le préfet Haussmann : les contours du 4e arrondissement n'ont pas changé depuis. De plus, sous Napoléon III, ce quartier a été profondément réaménagé puisque la rue de Rivoli a été prolongée à cette époque.

Il est surprenant cependant de se rendre compte que malgré la proclamation de la République en 1870, à peine 3 ans après l'inauguration de notre mairie, la plaque qui rappelle la construction décidée par l'empereur et surtout les chiffres de Napoléon III (N et B entrelacés pour Napoléon et Bonaparte) apparaissent toujours dans la cour. La mairie du 4e arrondissement, contrairement à l'Hôtel de ville tout proche, a échappé à la destruction des Communards. 

Si on regarde bien le chiffre de Napoléon III qui apparaît sur la photo en haut de cet article on voit que le N.B. de Napoléon III est entrelacé avec un E... pour rappeler le prénom de l'impératrice Eugénie de Montijo.

La mairie du 4e arrondissement a subi quelques destructions lors de la Commune de Paris c'est pourquoi la plupart des décors intérieurs datent des années 1880.
 

vendredi 7 août 2009

CDLXIV : Le tribunal de commerce : une surprenant façade... par volonté de l'Empereur Napoléon III

  

Le tribunal de commerce a une surprenante façade car le dôme qui le surmonte n'est pas centré.. Depuis la Seine, il semble décentré vers la droite. Il faut vraiment chercher pour masquer ce déséquilibre. On peut le faire grâce aux arbres situés sur les quais : 

 Pour le comprendre, il faut savoir que ce bâtiment a été construit sur ordre de Napoléon III.

L'architecte Nicolas-Louis Bailly (1810-1892) proposa les plans du bâtiment en 1858. Le préfet Haussmann tenait à ce que le bâtiment soit monumental car il était dans l'axe du boulevard Sébastopol.

L'Empereur avait exigé que ce bâtiment soit surmonté d'un dôme semblable à celui de l'Hôtel de Ville de Brescia... qui n'a pas de dôme !

Quand Napoléon III inaugura le bâtiment le 26 décembre 1865... Il ne reconnut pas du tout son modèle. "Des changements trop importants avaient été apportés". Il en marqua son mécontentement au préfet de la Seine et l'architecte tomba quelques temps en disgrâce. Comme quoi servir un chef d'Etat touche-à-tout, pas très cultivé et caractériel, ce n'est pas forcément une bonne idée !

L'Empereur a quand même accepté que l'aigle domine la façade : 

L'effet voulu est finalement assez réussi puisqu'en 1996, quand je me suis installé à Paris, une amie japonaise qui me rendait visite et qui traversait le boulevard Sébastotpol à la hauteur de la rue Lareynie a été impressionnée par ce bâtiment. Elle voulait aller jusqu'à la Seine pour le voir.  Il a fallu que je lui explique en anglais que c'était juste le tribunal de commerce.

Source : Fabien OPPERMANN, "Le tribunal de commerce", in Autour de Notre-Dame, Action artistique de la Ville de Paris, 2003, pages 269 à 271.

 

jeudi 6 août 2009

CDLXIII : Hôtel de Fieubet : une aile dans un goût très "baroque" qui date de Napoléon III

  

A l'angle entre le quai des Célestins et la rue du Petit-Musc, l'Hôtel de Fieubet présente une aile au goût incroyablement baroque qui tranche avec le style plus "classique" du reste de l'Hôtel. On peut s'en convaincre en le longeant par la rue du Petit-Musc : 


 Cette aile présente un décor incroyablement surchargé avec des "atlantes" : 


 des mascarons avec des figures féminines... 

un lion...

et même un soleil dans les demi-lunes qui surmontent les fenêtres supérieures : 

Ce décor ne date pas du XVIIe. En effet, il est dû en grande partie au XIXe siècle. Il semble que des travaux avaient été entrepris dès l'époque de Napoléon Ier comme on peut le voir dans un détail de la façade :

Il est écrit Boula de Mareuil de Colombier d'Orvil de 1813 à 1816.

L'origine est en fait beaucoup plus récente. En effet, dans le guide de Danièle CHADYCH, Le Marais, éditions Parigramme, page 196 on peut lire :

"En 1857, le comte Pierre-Marie-Joseph-Adrien de La Valette, homme d'affaires, financier, créateur du journal L'Assemblée nationale, acquit cet hôtel particulier. Il le fit transformer par l'architecte Jules Gros, élève de Labrouste, qui ajouta une profusion d'ornements, des cariatides, des statues, des balustrades et couronna l'édifice d'un lanternon. En 1865, faute d'argent, les travaux furent suspendus."

Cette aile de l'Hôtel de Fieubet n'est donc pas caractéristique du "vrai" baroque. Elle reflète tout le bon goût et la sobriété du style à la mode pendant le règne de Napoléon III (1852-1870).

mercredi 5 août 2009

CDLXII : Un hall d'immeuble Napoléon III rue de Rivoli

Rue de de Rivoli, dans le quartier Saint-Merri, côté impair (si on réfléchit bien ça limite les possibilités), au hasard des halls d'immeuble on peut découvrir cet intéressant décor Napoléon III. Un remake de l'école de Fontainebleau à la sauce XIXe siècle... C'est un peu chargé mais c'était le style de l' époque.

 Cela nous rappelle que la rue de Rivoli (commencée par Napoléon Ier avec le tronçon compris entre la place de la Concorde et le Palais royal) a été prolongée après 1850 par le Baron Haussmann pour aller jusqu'à la rue Saint-Antoine. Cela a profondément changé la configuration du 4e arrondissement qui  n'est devenu le 4e arrondissement qu'en 1860.

lundi 3 août 2009

CDLX : Un autre bâtiment Belle époque : le 64 rue de la Verrerie

  

Voici la fenêtre d'un immeuble qui  montre une forte influence de l' "art nouveau". Elle est un élément de la façade de l'immeuble situé au 64, rue de la Verrerie (Paris 4e).


 Comme cela est écrit sur la façade, cet immeuble date de 1907 et le nom de l'architecte Masson y figure*.

Tout comme l'immeuble situé au 21, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie (voir article du 6 novembre 2008), il s'agit d'un immeuble en partie de style Art nouveau et il s'inspire de motifs végétaux. Cependant, comme il est un peu plus tardif on sent poindre une nouvelle tendance : le style art déco qui se caractérise par le retour de lignes géométriques plus classiques (voir par exemple les consoles triglyphes, les frontons et les demi-lunes au-dessus des portes).

De plus, le linteau de la porte principale correspond lui à un décor rococo qui rappelle plutôt le XVIIIe siècle : 


L'ensemble est donc assez composite, mais je trouve cette façade assez réussie !

* P.S. : En republiant cet article, je peux donner plus d'information :  La propriétare de l'immeuble était Mme Lemaire, 77 boulevard Malesherbes ; Le cabinet d'archictecte : A. et G. Masson, 23 rue Galvani et le permis de construire a été déposé le 12 mars 1907.

 

 

dimanche 2 août 2009

CDLIX : Les statues de l'Hôtel de ville (46e volet) : Wilhem par Félix Richard

  

Voici le 46e volet de la série consacrée aux statues de l'Hôtel de ville. Elle concerne un personnage, qui tout comme Bachelier auquel j'ai consacré un article il y a peu, dont la statue est peu visible puisqu'elle est située au 2e étage côté rue de Rivoli dans le renfoncement créé par le pavillon qui, de l'autre côté, donne sur la place de l'Hôtel de ville : 

Louis Bocquillon dit Wilhem est aujourd'hui un oublié de l'Histoire (il n'a pas encore eu droit à son article sur wikipédia*...), cependant contrairement à Bachelier il a au moins la chance que les dates de sa naissance et de sa mort indiquées au-dessus de sa statue soient exactes ! Il est né à Paris le 17 décembre 1781 et il est mort le 26 avril 1842.

Louis Bocquillon dit Wilhem est un des pères de l'enseignement de la musique et du chant en France. Après être devenu en 1810 professeur de chant au lycée Napoléon, il a par la suite été chargé de cet enseignement pour la Ville de Paris en 1820.

La rue Wilhem est située dans le 16e arrondissement depuis un décret du 24 août 1864

* cela n'est plus le cas en février 2021 :  https://fr.wikipedia.org/wiki/Wilhem

 La statue est une oeuvre de Félix Richard né à Vannes (ou à Nantes) en 1842 et mort à Nantes le 26 juillet 1881 (information trouvée par @Stefdesvosges en juillet 2022)   On lui devait la statue "Le Harponneur" qui avait été installé dans le square du Temple en 1882 et a été fondu en 1942.

 

samedi 1 août 2009

CDLVIII : Tout ce qu'il faut savoir sur les Space Invaders

  

J'ai déjà consacré un article (le 8 novembre 2008) à ces surprenantes créations en céramique qui apparaissent sur les murs notamment de Paris Centre. 


 Grâce à l'affiche "sauvage" photographiée ci-dessous, j'ai appris qu'il y avait un site qui recensait tous les "space invaders" du monde entier... ce qui finalement ne fait qu’accroître ma perplexité à propos de ce projet.

On peut même voir une vidéo de la pause du 763e "space invader" de Paris avec arrestation finale par la police...