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jeudi 23 mars 2023

MMDLIII : L' ancien dôme du café Riche sur le Boulevard des Italiens

 

J'ai depuis mon adolescence fréquenter le boulevard des Italiens car ma mère a longtemps travaillé dans ce quartier C'est peut-être une des raisons pour laquelle j'ai acquis plusieurs cartes postales qui représentent cette voie située sur les Grands Boulevard à l'Est de la place d l'Opéra, par exemple celle qui ouvre cet article.Or sur cette carte qui date du début du XXe siècle (on y voit sur la droite une automobile et le cachet de la poste est datée de 1907), on peut observer un très grand dôme dont je me suis longtemps demandé où il se trouvait précisément et à quoi il correspondait :

Or ce dôme apparaît sur de nombreuses autres cartes postales que je possède aussi :

Cependant, une carte postale que je viens de trouver m'a permis de mieux me repérer :

On y voit ce dôme à nouveau sur la droite :

mais on peut distinguer plusieurs éléments intéressants côté gauche :

 On reconnaît à l'angle au 1er plan le buste du cardinal de Richelieu sur le café "Le Cardinal" et à l'arrière-plan la silhouette du siège du Crédit Lyonnais :

Toutes ses vues sont donc vues depuis l'extrémité Est du boulevard des Italiens, à l'angle avec la rue de Richelieu et la rue Drouot, en direction de l'Ouest. Sur la gauche, il s'agit donc du 2e arrondissement, et sur la droite du 9e arrondissement.

Une enquête rapide m'a permis de comprendre qu'il s'agissait d'un établissement aujourd'hui disparu : le "Café riche" qui se trouvait à l'angle du boulevard des Italiens et de la rue Le Pelletier. Voici sa situation sur une carte de Paris de 1862. Je l'air représenté par une étoile. J'ai aussi représenté l'emplacement du boulevard Haussmann qui n'était pas encore percé à cette date :

Le café Riche avait été fondé en 1785 par Mme Riche. Il a été repris en 1865 par Lucien Bignon qui en a fait un établissement couru par le tout Paris. Sous le 2nd empire, le Café Riche avait cet aspect :

Il est décrit par Emile Zola dans la Curée : "Sous la fenêtre même, le café Riche avançait ses tables dans le coup de soleil de ses lustres, dont l’éclat s’étendait jusqu’au milieu de la chaussée ; et c’était surtout au centre de cet ardent foyer qu’ils voyaient les faces blêmes et les rires pâles des passants. Autour des petites tables rondes, des femmes, mêlées aux hommes, buvaient. Elles étaient en robes voyantes, les cheveux dans le cou ; elles se dandinaient sur les chaises, avec des paroles hautes que le bruit empêchait d’entendre. "

Voici une gravure de Louis-Emile Benassit qui montre le terrasse du Café riche vers cette époque :

La gravure ci-dessous représente les cuisines de cet établissement après son agrandissement en 1865 :


L'établissement a seulement pris en 1899 l'aspect que l'on peut voir sur les cartes postales évoquées en début d'article  avec un dôme et une façade dessinés par l'architecte Georges Gourin-Moustiaux :

 La photographie suivante permet de mieux se rendre compte de l'aspect imposant de cette façade :

et voici un détail qui montre le dôme :

Cet immeuble a été un des six primés en 1901 pour le concours organisé par la ville de Paris parmi ceux édifiés en 1899.

L'intérieur du café riche étaient vraiment magnifique comme le montrent les vues suivantes :


Voici des extraits du menu préparé pour la fin de l'année 1913 :

une vue des salons du 1er étage :

cet établissement était réputé à la veille de la Première guerre mondiale pour son école de Tango :

qui était mis en avant par la couverture du menu :

Le café Riche a fermé ses portes en 1916 pour être remplacé par une établissement bancaire : la banque national du Crédit qui y a installé une partie de son siège social et a loué l'immeuble. 10 ans plus tard, l'immeuble est détruit pour être remplacé par une construction Art Déco due à Joseph Marast. Cet immeuble a été achevé en 1932 pour devenir le siège de la BNCI (la BNC avait fait faillite entre temps !)..

Cette démolition et cette reconstruction s'inscrivent dans le cadre du percement de l'extrémité Est du boulevard Haussmann (inauguré en 1927 par le président de la République Gaston Doumergue [Voir article du 2 mai 2022]). L'agencement de cette partie du boulevard des Italiens a radicalement été transformé. On s'en rend compte avec le montage ci-dessous :

A l'emplacement du Café Riche, on trouve aujourd'hui le siège de la banque BNP-Paribas.

Il existe toujours aujourd'hui dans le 9e arrondissement un restaurant appelé le "Petit Riche", situé 25 rue Le Pelletier et qui était jadis, une annexe de l'établissement située boulevard des Italiens et appelé pour cette raison le "Grand riche".

A lire :

- article consacré au Café Riche vu par Emile Zola sur le blog Paris Bistro

-  notice sur une photographie de l'immeuble sur le site Paris Musée

- sur un menu de 1913 sur le site de Paris Musée

- article consacré à l'histoire du Café Riche sur le site 9eme Histoire (qui n'évoque pas du tout le dôme auquel je consacre cet article).


samedi 20 juillet 2019

MMLXVI : Les cafés et restaurants du Coeur de Paris : Les Chimères du 133 rue Saint-Antoine, un établissement plus que centenaire.


Cela fait plus de 11 ans que ce blog existe et je souhaite me lancer dans de nouvelles séries. Quitte à écrire des articles, j'ai décidé d'écrire (à titre complètement gratuit) des articles pour faire un peu de pub pour certains commerçants qui participent à la vie des quatre arrondissements du Centre de Paris.

Pour commencer, le hasard fait que je commence par un établissement "Les Chimères" situé au 133 rue Saint-Antoine (Paris 4e) dont la façade a été à l'origine d'un des premiers articles parus sur L'Indépendant en 2008, plus précisément le 1er avril 2008. J'avais évoqué par la suite les travaux de restauration de la façade dans un article de décembre 2013.


En écrivant ce nouvel article, j'ai rencontré le patron, Maxence, qui s'est avéré lui aussi très intéressé par l'histoire de cet établissement. Cela nous a conduit à nous rendre compte qu'il y a déjà plus d'un siècle on trouvait déjà un café restaurant à cet endroit. Maxence a même du coup fait l'acquisition d'une carte postale dont il a mis une copie agrandie dans son établissement (J'aime vraiment beaucoup cet attachement au passé des lieux qui font aujourd'hui partie de notre quotidien):

Une autre carte postale indique le nom des propriétaires au début du XXe siècle : la famille Dalat

D'après des témoignages plus récents, les Chimères étaient devenues dans le dernier quart du XXe siècle, un établissement avec une certaine renommée pour son dance floor et ses modèles légèrement vêtus. Une époque où de nombreux établissements du 4e avaient des mœurs finalement plus légères que ce que l'on peut imaginer.



Les Chimères sont de nos jours un café au charme tout parisien avec son zinc traditionnel dans un esprit qui rappelle le début du XXe siècle :


A l'arrière, on trouve une salle qui permet d'accueillir plusieurs tablées et qui a vraiment du cachet :


Sur le devant, cet été, la terrasse a été végétalisée et légèrement agrandie pour masquer les travaux dans la boutique située juste à côté: