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mardi 2 juin 2026

MMCMVIII : Les curieuses perspectives que l'on peut voir grâce à la caverne dessinée par JR pour le Pont Neuf

  

La vue sur l'île de la Cité depuis le pont des Arts le 24 mai 2026

Depuis la fin du mois de mai 2026, on a pu voir apparaître une curieuse excroissance dans le bras nord du pont Neuf. Il s'agit d'une caverne, conçue par l'artiste JR, qui ouvrira ses portes le 4 juin*. En attendant, cela permet d'observer de saisissante perspectives depuis les alentours.
Depuis le quai de la Mégisserie

Depuis le Pont-au-Change

Depuis le quai de l'Horloge (Paris 1er)

Depuis l'extrémité sud du Pont Neuf

Depuis la rue Dauphine (Paris 6e)

Cette nouvelle ligne d'horizon provisoire ne laisse pas indifférent les visiteurs :


 * en 2009, JR avait décoré un autre pont du Coeur de Paris : le Pont Louis-Philippe (voir la fin de l'article du 1er mai 2010).

 

dimanche 12 avril 2026

MMDCCCXCIV : Une partie du pont des Arts à Nogent-sur-Marne


 C'est une découverte que j'ai faite en septembre dernier. Dans le port de plaisance de Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne), on peut voir une très jolie passerelle métallique. J'étais étonné d'apprendre qu'il s'agit de l'original d'une partie du pont des Arts (qui relie la rive gauche à la rive droite entre la cour carrée du Louvre et l'Institut). Comme cela est indiqué sur un panneau d'information, la passerelle originale était le plus ancien pont métallique construit en France (en 1803) mais elle a été remplacée en 1982 :

A Nogent-sur-Marne, on peut voir une partie de la passerelle qui se trouvait au centre de Paris. Elle a été inaugurée, le 16 septembre 1992, par Jacques Chirac (maire de Paris ) l'époque et Roland Nungesser qui était député-maire de Nogent-sur-Marne.

J'avoue que j’ignorais complètement que le pont que l'on peut voir à Paris n'est pas l'édifice original (je lui avait consacré un article (paru le 23 juillet 2020) sans le mentionner puisque je ne le savais pas.


 Dans la commune de Nogent-sur-Marne, on peut donc voir sur deux sites différentes, des vestiges qui permettent de mieux connaître Paris centre : une partie de l'original du Pont des Arts mais aussi (bien sûr), un des pavillons Baltard qui se trouvaient aux Halles il y a plus de 50 ans (voir mon article du 10 juin 2022).

samedi 28 juin 2025

MMDCCCXV : Les ponts de Paris Centre : sur les traces d'un pont disparu : le pont de l'estacade

  

Au musée des Beaux-Arts d'Angers, mon attention a été retenue par ce tableau de Johann-Barthold Jongkind. Ce peintre hollandais du XIXe siècle, qui a été un précurseur du mouvement impressionniste, a beaucoup peint Paris. J'ai consacré un article au tableau de 1851 représentant le pont Marie et exposé à la Kunsthalle de Hambourg (voir article du 27 septembre 2010).

Le tableau du musée des Beaux-Arts d'Angers représente un pont parisien dont je n'avais jamais entendu parler. Le cartel indique en effet qu'il s'agit "d'une vue de Paris, la Seine, l'estacade" et il est précisé que "le pont de l'estacade reliait le quai Henri IV à l'île Saint-Louis. Dans ce paysage urbain, Jongkind s'intéresse au monde du travail qui anime le quartier et le fleuve. Il préfère peindre les pêcheurs, les mariniers et l'industrie naissante plutôt que les beaux quartiers de la capitale". On y apprend aussi que le tableau a été peint en 1853 et aussitôt acquis par l’État pour être envoyé au musée des Beaux-Arts d'Angers..

Le pont de l'estacade occupe une grande partie de la composition :

Comme on le voit, il s'agissait d'une passerelle en bois. Elle était située - comme cela est indiqué -  entre l'extrémité Est de l'Île Saint-Louis et le quai Henri IV :

A l'arrière-plan du tableau de Jongkind,on peut voir la silhouette des tours de Notre-Dame vues depuis le chevet ce qui permet de mieux se repérer :

On peut observer aujourd'hui la cathédrale sous le même angle en se plaçant sur le quai Henri IV. Cela permet de comparer une vue actuelle avec celle que l'on avait au milieu du XIXe siècle :

On observe qu'au moment où Jongking a peint son tableau la flèche dessinée par Viollet-le-Duc n'était pas encore en place. En 2025, après l'incendie de 2019, et sa reconstruction à l'identique, on peut parfaitement la voir depuis ce point de vue :

Des recherches m'ont appris que l'estacade avait été construite vers 1770. Elle était située entre l'île Saint-Louis à l'île Louvier, où était stocké le bois qui chauffait Paris. [Cette île a été rattachée à la rive droite dans les années 1840 (voir article du 29 avril 2012)]. L'estacade avait d'abord été construite dans le but d' arrêter les blocs de glace au moment de la fin de l'hiver afin de protéger les péniches et les ponts en aval (notamment le pont Marie).

Cette estacade apparaît sur le plan Vernquet de 1790 :

 Comme on peut le voir sur cette estampe d'Antoine-Louis Goblain, cette estacade n'était pas franchissable à pied :


L'estacade a été recontruite en 1818. Elle est alors devenue aussi une passerelle pour les piétons. On voit sur le tableau de Jongkind qu'elle était équipée de parapets et de lampadaires - certainement à gaz - :


 Sur un plan de 1840, on voit bien l'emplacement de l'estacade :


 On la voit sur cette photographie des années 1890 prise par Hippolyte Blancard depuis la rive gauche :

On la voit aussi sur cette peinture d'Eugène Louis Gillot qui date de vers 1900 :

Cette vue d'artiste de 1899 montre que l'estacade occupait un emplacement assez curieux juste en avant du pont de Sully construit dans les années 1875-1876 (voir article du 5 février 2010) 

Une carte postale du début du XXe siècle montre son aspect quand on l'observait en direction du Nord-Est depuis l'île Saint-Louis :

On voit mieux sur cette vue qu'elle formait un angle, ce qui permet de mieux comprendre le tableau de Jongkind :

 La passerelle en bois a été emportée par la crue de 1910. Elle a été reconstruite en dur en 1913, mais finalement l'ensemble de l'édifice a été détruit en 1932. Il n'en reste rien même à part, à la point de l'île Saint-Louis, ce qui correspond à l’extrémité de cette passerelle :


Pour donner de la vie à son tableau - et donner une impression de grand réalisme - le peintre hollandais a représenté  - comme cela est signalé dans le cartel -  un grand nombre de personnages. Outre les piétons qui déambulent sur le pont, on peut voir de nombreux pêcheurs :

 

En ce qui concerne la navigation fluviale, on peut observer différents bateaux à vapeur :

Ce grand réalisme ne laisse cependant pas présager une surprise étonnante... D'après les plans des années 1840, un autre pont devrait apparaître dans la partie gauche du tableau : le pont de Constantine :

Ce pont, qui était à l'emplacement de la partie Sud de l'actuel pont de Sully, avait été construit en 1836/1837. Il devrait normalement se situé à cet emplacement de la composition :

Dans un premier temps, j'ai supposé que ce pont avait été détruit en 1848. En effet, lors de la révolution de février, le 24, les Parisiens se sont attaqués aux ponts à péage qui avaient été construits par le roi Louis-Philippe. Au moins un pont, le pont de Damiette, situé entre l'île Saint-Louis et la rive droite, a été incendié et détruit. J'ai supposé qu'il en avait été de même pour le pont de Constantine.

Cependant, j'ai,  par hasard, fait une découverte sur le site du Metropolitan de New York : celui-ci possède l'esquisse préparatoire faite par Jongkind pour ce tableau :

On peut voir dans la partie gauche, le pont de Constantine, un pont suspendu. L'esquisse est datée de 1852. Il semble que Jongkind a fait le choix de simplifier la composition de son tableau et de supprimer le pont :

La partie gauche du tableau - où se trouve l'estacade - est réaliste mais la partie droite est beaucoup plus une œuvre liée à l'imagination de l'artiste. La passerelle de Constantine s'est effondrée en 1872 et a été remplacée par le pont de Sully.

vendredi 5 juillet 2024

MMDCCXXX : Que sest-il passé en décembre 1696 au Pont Royal ?

 

J'ai déjà consacré un article au Pont Royal (article du 20 février 2021). Or, à propos de ce pont, voici une petite énigme. Sur un des piliers du pont neuf, le 1ere en partrant de la rive droite côté amont, on peut voir une inscription : 

La voici de plus près : 

Il semble qu'il soit écrit : 1C   12   1696 :

J'ai cherché à quoi pouvait correspondre cette date. Ce n'est pas la date de construction (qui a eu lieu entre 1685 et 1689). Cela ne correspond pas non plus à une crue particulière de la Seine. 

Bref... je n'ai pas réussi à savoir le sens de cette inscription...

dimanche 22 janvier 2023

MMDXXVIII : Les représentations de Louis XIV dans Paris Centre : un Louis XIV enfant qui ornait jadis le Pont-au-Change

  

Voici un nouvel épisode de la série consacrée aux représentations de Louis XIV dans Paris Centre. Comme on peut s'en rendre compte sur la photographie qui ouvre cet article, il s'agit d'un Louis XIV enfant.

Cette statue est aujourd'hui au Louvre dans le département des sculptures du XVIIe siècle (aile Richelieu) au sommet de la reconstitution d'un vaste monument :

Celui-ci se trouvait initialement à un endroit assez insolite : à l'extrémité Nord du Pont au Change (celui reconstruit dans les années 1640). On peut voir sur le plan Turgot la localisation de ce monument :

Le pont conduisant rive droite à l'endroit où se trouvait la petite forteresse du Châtelet, un pâté de maisons construit à l'extrémité du pont permettait d'aller soit vers l'Ouest, soit vers l'Est. Le monument était situé sur la partie qui faisait face à la circulation venant du pont. Une gravure du début du XVIIIe montre à quoi cela ressemblait :

Il faut donc prendre du recul pour bien se rendre compte de l'aspect de cette construction :

On peut ainsi voir que Louis XIV encore tout jeune enfant (il était roi depuis 1643) est entouré à gauche par son père le roi Louis XIII (mort en mai 1643) :

et à gauche par sa mère, Anne d'Autriche qui était la vraie détentrice du pouvoir à l'époque puisqu'elle était régente au nom du jeune roi qui n'avait pas 5 ans en mai 1643 quand il est devenu roi. Anne d'Autriche exercera la régence (malgré la Fronde) officiellement jusqu'en 1651, c'est-à-dire quand Louis XIV aura atteint l'âge de 13 ans et elle gardera une grande partie du pouvoir jusqu'à la mort du Premier Ministre qu'elle avait choisi : le cardinal Mazarin.

 C'est en se mettant sur un des côtés que l'on voit mieux la composition de l'ensemble :

Ces bronzes sont dus au sculpteur Simon Guillain (né à Paris en 1581 et mort dans la même ville le 26 décembre 1658).

Les statues des monarques sont tout en hauteur et elles sont difficiles à voir. Elle n'était d'ailleurs pas faites pour être vues de près. Par contre, le bas-relief représentant des ennemis vaincus est absolument superbe :

Les statues ont été retirées en même temps que la démolition des maisons qui se trouvaient sur le pont-au-change en 1787 comme cela a été représenté dans des tableaux d'Hubert Robert (voir article du 3 octobre 2012). Sur le tableau ci-dessous, le pâté de maisons où était installé ce monument a la gloire du jeune Louis XIV était dans le dos du peintre :

Le monument a été complètement détruit en 1794. Les décors ont été transférés au Musée des Monuments français dirigé par Alexandre Lenoir qui avait dessiné le monument :


A l'époque il semble que Louis XIV tenait un sceptre qui a disparu depuis.

J'avais déjà consacré un article à ce monument en Janvier 2020.