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vendredi 25 septembre 2026

MMCMXL : Les escaliers de Paris Centre : un escalier dans une ancienne tour médiévale du prieuré Saint-Martin

 

On peut admirer dans Paris de très beaux escaliers. Celui-ci est situé dans un immeuble du 3e arrondissement à une adresse que je ne donnerai pas pour ne pas gêner ses habitants. Sa forme parfaitement arrondie s'explique par le fait qu'il est situé dans une tour qui servait d'enceinte jusqu'à la Révolution française au prieuré Saint-Martin (l'actuel Centre National des Arts et Métiers).

Les tours ont presque toute été détruites. On les voit bien sur le plan Turgot des années 1730 :

 Après avoir préparé l'article sur cet escalier, j'ai eu la surprise, en août dernier, à l'occasion d'un maché vintage japonais de pouvoir observer la base de cette tour (le rez-de-chaussée qui n'est pas dans la cage d'escalier de l'immeuble). C'était très intéressant :


 

On peut même voir de près une meurtrière qui permettait de protéger la tour :


 On peut encore encore en voir une le long de la rue Vertbois (voir mon article du 29 décembre 2020) :


samedi 5 septembre 2026

MMCMXXXV : Les représentations de Louis XIV dans Paris Centre : street art à l'angle de la rue du Roi-Doré, l'occasion de se pencher sur l'origine du nom de cette rue.

 

En ce 5 septembre, nous célébrons l'anniversaire de Louis XIV, né à Saint-Germain-en-Laye, le 5 septembre 1638. En cette journée, j'ai l'habitude de publier un article consacré à une de ses représentations dans Paris Centre. L'an dernier j'avais choisi celle que l'on peut voir sur une tapisserie de la Galerie d'Apollon -  sans me douter qu'elle serait fermée par la suite pendant plusieurs mois en raison d'un cambriolage - . (voir l'article du 5 septembre 2025).

Cette année, j'ai choisi une version assez originale que l'on peut voir rue de Turenne, à l'angle avec la rue du Roi Doré (Paris 3e)

J'ai trouvé que cette représentation de Louis XIV était vraiment très réussie. On reconnaît parfaitement le Roi-Soleil dans cette version en mosaïque de petits cubes.

J'ai recherché le portrait qui a servi d'inspiration. Il s'agit d'une peinture faite par Hyacinthe Rigaud en 1694 (donc 7 ans avant le fameux portrait en tenue de sacre). Le roi avait alors 56 ans (Un âge qui me parle particulièrement cette année) :

Voici un visuel montrant la ressemblance de ce portait de Rigaud et de la mosaïque de la rue du Roi-Doré qui concerne cet article :

La technique utilisée pour la création de cette mosaïque est bluffante. Je ne connais pas le ou les artistes qui en en ont eu l'idée mais c'est très impressionnant car il s'agit de légos. On ne s'en rend pas compte à l’œil nu mais on peut s'en convaincre avec des jumelles ou un zoom :

Et en regardant d'encore plus près on voit même le logo de la marque sur chaque pièce :

 Cette représentation du Roi Soleil est assez récente. J'ai pu constaté que Google Street qu'elle était apparue entre mars 2023 et juin 2024 :


 L'endroit est bien choisi puisqu'on a l'impression qu'il s'agit d'une illustration du nom du roi qui a donné son nom à la rue du "Roi Doré" :

Il est séduisant de penser que le roi doré ait été le Roi-Soleil qui a aimé les décors recouverts d'or et de dorures.  Cela m'a conduit à m'intéresser à l'histoire de cette voie du 3e arrondissement :

Cette rue est relativement courte. Elle ne fait que 59m de long, entre la rue de Turenne à l'Est et la rue de Thorigny à l'Ouest :

Elle est relativement ancienne. Elle apparaît sur le plan Turgot des années 1730 :


 Elle apparaît aussi sur le plan Gombroust de 1652 mais on y voit qu'elle s'appelait aussi la "rue Française":


 

La rue a été percée en 1620. Le Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris de Félix et Louis Lazare de 1844 précise que cette voie a pris le nom de "roi doré" non pas en hommage à Louis XIV mais à son père, Louis XIII, car on trouvait à une extrémité de la rue un buste doré du roi :


Un article, qui permet ainsi , de manière un peu plus insolite que d'habitude, d'évoquer Louis XIV et mais aussi son père Louis XIII ! Le 5 septembre 1638, c'était surtout Louis XIII qui était fou de joie d'avoir enfin un héritier. Il était marié avec Anne d'Autriche depuis plus de 20 ans.
 

mercredi 19 août 2026

MMCMXXX : Exposition au musée Cognacq-Jay "Révéler le féminin. Mode et apparences au XVIIIe siècle"

 

Jusqu'au 20 septembre 2026, le musée Cognaq-Jay (Paris 3e) présente une exposition intitulée "Révéler le féminin. Mode et apparences au XVIIIe siècle". On y apprend pas énormément de choses concernant l'importance des tenues vestimentaires pour les classes les plus aisées de la société au siècle des Lumières mais c'est l'occasion de voir ou de revoir un très grande nombre de tableaux qui font partie des réserves du musée et qui pour une grande partie avaient été achetés par Ernest Cognacq et Marie-Louise Jaÿ.

L'intérêt aussi, grâce à un partenariat avec le musée Galliera, est d'admirer des tenues portées par les femmes de cette époque.  

Parmi les oeuvres prêtées par d'autres musées de France, on peut admirer ce superbe portrait de Femme écrivant peint, en 1787, par Adelaïde Labille-Guiard et prêté par le Musée des Beaux Arts de Quimper :


 Cela aurait pu être l'occasion de s'intéresser au rôle des femmes artistes du XVIIIe siècle mais ce n'est pas le sujet de l'exposition.


mercredi 22 juillet 2026

MMCMXXII : A la découverte d'un nouvel espace ouvert au public : la "cour-jardin" Ginette Kolinka (Paris 3e)

 

Ayant appris qu'un nouvel espace vert était ouvert en public, je me suis empressé de m'y rendre comme je l'ai déjà fait à de nombreuses reprises sur ce blog*. Il s'agit de la "cour-jardin Ginette Kolinka" qui a été ouverte au public à partir de ce mois de juillet 2026. Je m'y suis rendu d'autant plus rapidement que j'ai une très grande admiration pour Ginette Kolinka, rescapée de la Shoah, dont j'ai la joie d'avoir plusieurs livres dédicacés de sa main. Je me réjouis que de son vivant, un lieu public lui rende hommage.

L'accès sud à ce nouvel espace se fait par le 38, rue des Francs Bourgeois (Paris 3e) : 

On passe alors par une des voies les plus charmantes du Marais : l'impasse des Arbalétriers. Quand je me suis installé dans le Marais,au milieu des années 90, ce lieu était en permanence fermé au public et je rêvais de pouvoir aller l'admirer. Je me réjouis qu'on puisse désormais s'y rendre de manière régulière :

 


Après avoir traversé cette "impasse" de 50m, caractérisée par ses façades en encorbellement, on arrive à un passage qui permet de traverser sous l'immeuble situé à son extrémité :

C'est alors que l'on découvre le nouvel espace :

En tournant vers la gauche, on arrive dans la "cour-jardin" :

On peut être un peu surpris par l’exiguïté  et la minéralité de cet espace. Je suis pour des raisons professionnelles habitué des cours de collège, j'ai été étonné par la taille de celle-ci. (D'après Google Earth, cette cour ne fait  que 700m² !).

Il est satisfaisant que de jeunes arbres aient été plantés et que pour certains d'eux on ait même indiqué leur nom :

Un 'koelreutheria Panicula" 

Je connais cet arbre sous son nom courant de Savonnier. Celui de la rue Montmartre à l'angle avec la rue du Mail est superbe (voir mon article du 18 août 2020) mais celui de la cour-jardin Ginette Kolinka atteindra-t-il les mêmes dimensions  ?

 Parmi les jeunes arbres dont le nom est indiqué, on trouve aussi un Prunis Avium :

Cet arbre est communément appelé un merisier.

On finit par quitter cette cour-jardin pour sortir rue Barbette par un passage qui ne manque pas de charme :

 

Si on se replonge dans l'histoire de Paris, cette "cour-jardin" est située dans un endroit qui a joué un rôle important à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance.

 Ce pâté de maison était situé à l'extérieur de l'enceinte de Philippe Auguste (fin XIIe/début XIIIe siècle). C'est à cet endroit qu'Etienne Barbette, prévôt des marchands de Philippe le Bel, a fait construire un vaste hôtel particulier vers 1300 (voir mon article du 21 mars 2023 sur la rue Barbette).

 

Après la construction de l'enceinte de Charles V (vers 1370), cette partie de Paris s'est retrouvée protégée par de solides enceintes. De puissants personnages se sont installés dans l'hôtel Barbette. Parmi eux, la reine Isabeau de Bavière, épouse de Charles VI. C'est en sortant de chez elle, que son beau-frère, Louis d'Orléans est assassiné le 23 novembre 1407. 

Cet hôtel a aussi appartenu au XVIe siècle, à la famille De Brézé. Louis de Brézé a épousé Diane de Poitiers en 1515. Il est mort en 1531 mais sa veuve a joué un rôle important car elle était la - célèbre - maîtresse d'Henri de France, devenu en 1547,  Henri II. Diane de Poitiers recevait le futur roi chez elle en cet hôtel dont elle avait hérité de son mari. Il est plaisant de se dire que les deux amoureux se sont certainement promenés dans cet endroit qui était à l'emplacement de cette "cour-jardin". Le prince n'habitait pas loin puisqu'à cette époque, quand il résidait à Paris il logeait à l'hôtel d'Angoulême (à l'emplacement de l'actuel place des Vosges). On s'en rend compte en observant un plan dit de Bâle qui représente paris au milieu du XVIe siècle : 

Pour avoir une idée des jardins que l'on trouvait dans cette parcelle deux siècles plus tard, on peut observer le plan Turgot des années 1730. On y voit un jardin qui était - approximativement - à l'emplacement de la cour jardin Ginette Kolinka.


 Il est donc très intéressant d'aller découvrir ce nouvel espace (même s'il ne faut pas s'attendre à un immense parc). Il faut le faire en dehors du temps scolaire, pendant les vacances, le week-end ou les jours fériés.

*  Voir (notamment) :

- article du 3 septembre 2014 à propos du jardin Joseph Migneret.

- article du 22 mars 2015 à propos de l'ouverture du passage du Gantelet (hélas refermé depuis)

- article du 30 mai 2015 à propos du jardin des Combattants de la Nueve

- article (fleuve) du 18 février 2020 à propos du jardin de l'Hôtel d'Aumont

- article du 13 octobre 2020 à propos du jardin Arnaud Beltrame 

- article du 8 juillet 2026 : réouverture des jardins des Archives nationales 

mardi 14 juillet 2026

MMCMXX : 14 juillet 1944 : il y a 82 ans aujourd'hui, Yves Toudic était assassiné par les Brigades spéciales.

 

Rue Meslay, à l'extrémité Est, côté pair, on peut voir une plaque qui m'a donné l'envie d'en savoir plus. Elle concerne Yves Toudic, Secrétaire général du Comité Régional du Bâtiment, assassiné par la Brigade spéciale.

Le site Maitron contiient une page complète concernant celui qui a été assassiné en ce 14 juillet 1944. Yves Marie Toudic était né le 25 mars 1901 à Plourac dans les Côtes-d'Armor. Il était fils de laboureur. Installé en Île-de-France, à Versailles, il est candidat du parti communiste aux élections municipales et cantonales. Militant à la CGTU, puis après la réunification à a CGT, il était responsable de la fédération du bâtiment. 

Il a participé à l'organisation de la journée du 14 juillet 1944 lors de laquelle, plus d'un mois après le débarquement allié en Normandie le 6 juillet 1944, la résistance incita les Français à se réunir et à hisser le drapeau tricolore dans tous les endroits possibles. Voici par exemple, un appel lancé dans un journal clandestin :

Des tracts avaient été distribués dans toute la France pour inciter la population à participer à ce mouvement de résistance :

Les Brigades spéciales mentionnées sur la plaque avaient été créées en 1941 à l'initiative du ministre de l'Intérieur du gouvernement de Vichy Pierre Pucheu pour poursuivre les résistants et en particulier les communistes.

J'ai cherché dans les registres de l'état civil l'acte de décès d'Yves Toudic. Après avoir cherché dans les registres du 3e arrondissement (où est situé la rue Meslay), je me suis rendu compte qu'il fallait chercher dans ceux du 10e arrondissement.  Cela permet d'apprendre qu'il est mort le soir du 14 juillet 1944 à l'Hôpital Saint-Louis (Place du docteur Alfred Fournier) dans le 10e arrondissement à 19h du soir.

L'Etat civil a porté en marge la mention "Mort pour la France", le 27 septembre 1947. Avant cela, une rue du 10e arrondissement, par un décret du 8 juin 1946, avait déjà pris le nom de rue Yves Toudic.

mercredi 8 juillet 2026

MMCMXVII : Réouverture des jardins des Archives Nationales : sur les traces de quatre hôtels particuliers et d'une rue disparue

Depuis le 6 juin 2026, le Cœur de Paris a retrouvé un havre de paix végétal : les jardins des Archives Nationales. En raison d'un réaménagement, ce vaste espace vert de 10 000m² avait été fermé au public depuis six ans.

Pour accéder à ce petit paradis situé un peu à l'écart des flux touristiques, on peut passer par la cour principale de l'hôtel de Soubise et prendre au fond à droite pour trouver l'entrée de ce jardin* :


 On accède alors à une "ruelle" qui permet de relier différents espaces de verdure :

Tout au fond à gauche, ou au Nord-Est, on peut découvrir le du jardin de l'Hôtel de Rohan 

On peut y profiter de perspectives géométriques qui sont cependant atténuées par des arbres plantés de manière irrégulière dans la pelouse.

En revenant sur ces pas, on arrive tout d'abord au jardin de l'hôtel de Jaucourt :

C'est dans ce vaste ensemble, celui qui est le moins ombragé et le plus dominé par la minéralité des façades :


 En revenant vers l'ouest, on arrive à la façade d'un hôtel à l'ambiance beaucoup plus dans le goût baroque, ou rococo en raison, de sa façade très décorée, l'hôtel de Fontenay-Claustrier :


Puis on arrive à l'arrière de l'hôtel de Breteuil qui jouxte un autre à la façade plus basse, l'hôtel d"Assy :


On y trouve un jardin à l'atmosphère beaucoup plus intimiste :


Sur une maquette présentée aux Archives nationales, on se rend mieux compte de la disposition des hôtels particuliers qui sont réunis par ces jardins de nouveaux accessibles depuis début juin :


 Sur un plan Turgot des années 1730, on se rend compte que ces différents hôtels étaient séparées par une rue - aujourd'hui donc disparue- : la rue de Soubise :

1 : Hôtel Soubise / 2 : Hôtel de Rohan / 3: Hôtel d'Assy / 4 : Hôtel de Breteuil et: Hôtel de Fontenay/Claustier / 5 : Hôtel de Jaucourt

 On peut encore voir l"emplacement de cette rue au travers des portes qui vont jusqu'à la rue Vieille-du-Temple :

 

Un petit paradis à découvrir ou à redécouvrir au plus vite si vous ne l'avez pas déjà fait ! 


* Il existe une autre entrée par la rue des Quatre-fils et d'ici quelques temps, l'accès par la rue Vieille-du-Temple devrait aussi être ouvert.