mercredi 10 juin 2026

MMCMX : Les façades de Paris Centre : à l'angle du 6, rue du Pas-de-la-Mule et du 31, rue des Tournelles (Paris 3e), un très bel immeuble Art Déco du début des années 1930

 

A l'angle du 6, rue du Pas-de-la-Mule et du 31, rue des Tournelles, on peut voir un très bel immeuble de six étages. Il est emblématique du style Art Déco.

L'immeuble est situé à quelques mètres de la prestigieuse place des Vosges. L'angle où l'immeuble a été construit est loti depuis plusieurs siècles. On peut le localiser sur le plan Turgot des années 1730 :


L'immeuble actuel est bien sûr beaucoup plus récent. La date de construction, le nom de l'architecte et le nom de l'entrepreneur apparaissent sur la façade d'angle :

A gauche, on peut lire "A. Glanzmann, architecte, Paris, 1933" :  

et à droite : "E. Leclère. Entrepreneur. Paris 1933" : 

Le permis de construire de cet immeuble a été déposé le 30 décembre 1930. Le propriétaire s'appelait "De Santis" L'architecte Lanzmann avait son cabinet 110, avenue Philippe Auguste (Paris 11e). De manière assez étonnante, malgré la qualité de l'immeuble de l'angle de la rue du Pas-de-la-Mule/Tournelles, je n'ai trouvé aucune autre trace de cet architecte.

Cette construction du début des années 1930 est emblématique du style Art  Déco tant par ses matériaux que par ses formes très géométriques :


 Tout en étant très rectiligne, la façade multiplie les décrochements ce qui lui donne du volume.

Les ferronneries, comme souvent dans le style Art Déco sont sobres et élégantes:


 

 


 

 

samedi 6 juin 2026

MMCMIX : Paris Centre dans les anciennes assiettes (3e épisode) : quand on pouvait traverser à pied sous un arche de l'Hôtel de Ville

 

Voici un nouvel article de la série consacrée aux assiettes qui représentent Paris*, et en particulier Paris Centre. Il s'agit d'une production qui date de 1806 et qui a été faite par la manufacture de Montereau. Sur celle-ci on peut voir l'Hôtel de Ville de Paris.



Cette vue est très intéressante car elle montre l'Hôtel de ville tel qu'il a été achevé au début du XVIIe siècle et avant sa reconstruction sous Louis-Philippe, puis à nouveau, après l'incendie de la Commune, sous la IIIe République.

On observe tout à droite la "maison aux piliers" :

C'est dans une maison aux piliers qu'habitait Etienne Marcel au milieu du XIVe siècle quand il a décidé d'installer le siège de la municipalité parisienne sur la place de Grève (l'actuelle place de l'Hôtel de Ville). Il n'est pas sûr pas certain que ces maisons datent du XIVe siècle mais en tout cas, il est intéressant de voir que l'on trouvait encore une maison avec des piliers au début du XIXe siècle.

L'autre détail intéressant est l'arche situé juste à côté : 

On voir qu'il y avait un passage ouvert. 

On peut voir ce même passage sur cette vue qui date certainement de la même époque :

On voit des personnages s'engager dans ce passage :


 Une carte de l'époque permet de comprendre qu'il s'agit d'un moyen de se rendre vers la partie Est de l'Hôtel de Ville en passant sous cette arche. Ici un plan Charles Piquet de 1812 :

En traversant ce passage, on arrivait rue du Martrois. Tout cet espace a été intégré à l'Hôtel de Ville quand il a été considérablement agrandi dans les années 1830.

Il est intéressant d'observer que, malgré les différentes reconstruction, la façade de l'Hôtel de ville garde la trace de cet ancien passage avec cette porte située à droite du pavillon central :


 * article précédents :

- la colonnade du Louvre (28 juin 2023

-  la fontaine du Châtelet (10 mars 2025)

mardi 2 juin 2026

MMCMVIII : Les curieuses perspectives que l'on peut voir grâce à la caverne dessinée par JR pour le Pont Neuf

  

La vue sur l'île de la Cité depuis le pont des Arts le 24 mai 2026

Depuis la fin du mois de mai 2026, on a pu voir apparaître une curieuse excroissance dans le bras nord du pont Neuf. Il s'agit d'une caverne, conçue par l'artiste JR, qui ouvrira ses portes le 4 juin*. En attendant, cela permet d'observer de saisissante perspectives depuis les alentours.
Depuis le quai de la Mégisserie

Depuis le Pont-au-Change

Depuis le quai de l'Horloge (Paris 1er)

Depuis l'extrémité sud du Pont Neuf

Depuis la rue Dauphine (Paris 6e)

Cette nouvelle ligne d'horizon provisoire ne laisse pas indifférent les visiteurs :


 * en 2009, JR avait décoré un autre pont du Coeur de Paris : le Pont Louis-Philippe (voir la fin de l'article du 1er mai 2010).

 

samedi 30 mai 2026

MMCMVII : Les statues du Louvre (39e volet) : Philippe de Commynes par Louis Lequesne

  

Voici le 37e volet de la série consacré aux statues des personnages illustres de la cour du Louvre. Il concerne Philippe de Commynes que l'on peut voir dans l'aile Henri IV, dans la partie Nord-Ouest de l'aile qui longe la cour carrée :


 La statue de Philippe de Commynes est la 5e en partant de la gauche :


 Philippe de Commynes (ou de Commines) est né en 1447 et mort en 1511. Membre de la noblesse flamande, il a d'abord servi en tant que conseiller des ducs Philippe le Bon, puis à partir de 1467, son successeur, Charles le Téméraire. En 1572, il passe au service du roi de France, Louis XI. Après la mort du roi de France, il tombe en disgrâce et est emprisonné à Loches par le roi Charles VIII en 1487 pendant la régence d'Anne de Beaujeu. 

Il a écrit ses Mémoires entre 1491 et 1498. Elles ont été publiées, après sa mort, en 1524. 

L'auteur est représenté avec sa gauche, un casque et une épée qui rappelle ses origines aristocratiques :

Le casque avec une tête de fauve est assez surprenant.

Sur le flanc droit du personnage, on peut voir les livres qui rappellent son rôle de mémorialiste :


 La statue est une oeuvre d'Eugène-Louis Lequesne, né à Paris le 15 février 1815 dans l'ancien 9e arrondissement de Paris et, mort le 3 juin 1887 dans l'actuel 8e arrondissement. Son père possédait un immeuble dans l'actuelle rue de Villehardouin (Paris 3e). Il a été pensionnaire de la l'Académie de France à Rome de 1844 à 1849. Son œuvre la plus seulement est la statue de la Bonne mère (1870) au sommet de la basilique Notre-Dame à Marseille.

On lui doit de nombreuses oeuvres dont la statue de saint-Louis sur la façade de l'église Saint-Paul-Saint-Louis (Paris 4e).

mardi 26 mai 2026

MMCMVI : Les façades de Paris Centre : 14, quai de la Mégisserie : deux cariatides, neuf muses, des lions et un bas-relief qui représente une des plus grandes peintres du XIXe siècle

 

Cet article concerne le 14, quai de la Mégisserie (Paris 1er), un immeuble situé sur le quai entre le Louvre et la place du Châtelet. Cet immeuble a d'abord retenu mon attention car le porche d'entrée est orné par deux superbes cariatides :


Ces cariatides sont d'une sculpteur Aimé Millet. J'ai déjà évoqué ce sculpteur car on lui doit la statue de Louvois dans la cour du Louvre (voir article du 29 janvier 2026). Elles datent de 1864 et elles avaient été commandées par l'architecte Henri Blondel (né à Reims le 20 janvier 1821 et mort dans le 16e arrondissement de Paris le 14 septembre 1897). 

Les cariatides d'Aimé Millet sont vraiment très belles.

Elles dévoilent chacune un sein :

Leur visage est impassible et d'une grande sérénité :

En faisant des recherches sur cette façade, j'ai été surpris d'apprendre que le bas-relief situé au 1er étage dans l'axe du portail d'entrée représenterait une des plus grandes peintres françaises : Berthe Morisot :

Cela m'a paru surprenant, mais après enquête (j'ai consulté un ouvrage écrit par Henri Dumesnil, Aimé Millet, souvenirs intimes,écrit en 1894 à la mort du sculpteur) et j'ai appris qu'effectivement Aimé Millet avait été régulièrement invité au salon que tenait Cornélie Morisot (1819-1876), la mère de Berthe Morisot et surtout que cet artiste avait accepté de prendre parmi ses élèves Berthe Morisot (née en 1841,  elle avait 23 ans en 1864). La jeune femme n'était pas encore connue (sa carrière de peintre ne commence vraiment que dans les années 1870)  mais il est donc plausible que ce soit bien elle qui apparaisse dans ce médaillon :

Cependant, en regardant de près la photo que j'avais prise pour illustrer cet article, je me suis rendu compte qu'un nom apparaissait dans la partie supérieure du médaillon :

On peut ainsi lire "Poymnie". Il s'agit d'une des neuf muses (auxquelles j'ai déjà consacré deux articles, un à propos de la chambre des Muses de l'Hôtel Lambert et un autre à propos du 61/63, rue Réaumur). En retournant sur place, je me suis rendu compte que les médaillons situés au 1er étage représentaient l'ensemble des neuf muses : cinq sur la façade qui donne sur le 14, quai de la Mégisserie et quatre autre dans la partie en retour dans la rue Bertin-Poirée :


 et voici les neuf médaillons correspondant :

Voici en détail chacune de ces muses. En partant de la gauche, sur la façade du 14, quai de la Mégisserie on peut d'abord voir Erato, la muse de la poésie lyrique :

puis Polymnie, la muse de la rhétorique et de l'éloquence (avec les traits semble-t-il donc de Berthe Morisot) :


 puis Calliopé, la muse de la poésie :


 puis Clio, la muse de l'histoire :


 puis Thalie, la muse de la comédie :

dans la partie de la façade donnant rue Bertin-Poirée, on peut voir toujours de gauche à droite :

- Terpsichore, la muse de la muse de la danse : 

 

- puis Euterpe, la muse de la musique : 

- puis Uranie, la muse de l'astronomie :


 et enfin Melpomène, la déesse du chant et de la tragédie :


 Il est intéressant de noter que dans la partie droite de la façade donnant rue Bertin-Poirée, on trouve encore deux figures féminines dans des médaillons mais elles ne représentent pas de personnage particulier. Aucun nom n'est écrit au-dessus :

Il s'agit certainement d'une volonté d'équilibrer le décor de la façade.

On peut noter un dernier détail intéressant. La façade quai de la Mégisserie et rue Bertin-Poirée est rythmée par des pilastres qui vont du 2e au 3e étage avec des chapiteaux ioniques  :

et dans l'axe on peut voir des lions :

Ce décor apparaît sur toute la longueur du pâté de maisons, ce qui donne une grande harmonie à l'ensemble :

Cependant, les deux cariatides et les muses ne décorent que la partie droite de cet ensemble.

On peut pour finir se demander pourquoi Aimé Millet a représenté les neuf muses sur la façade de cet immeuble. Il est intéressant de rappeler que, quelques années plus tard, en 1868, c'est lui qui a conçu la monumentale statue d'Apollon élevant une lyre au-dessus de l'Opéra Garnier. Apollon, le dieu des arts auquel les neuf muses étaient associées.