jeudi 12 février 2026

MMDCCCLXXIV : Les façades de Paris Centre : au 17, rue Meslay un immeuble Louis-Philippe construit pour (et par ?) la famille Ballu

 

Au 17, rue Meslay (Paris 3e), on trouve un très bel immeuble qui a attiré mon attention. Il est ainsi décrit dans la liste des immeubles faisant l'objet d'une protection dans le PLU du 3e arrondissement :"Au n°17 remarquable grande maison Louis-Philippe présentant un riche décor de moulures inspiré de la Renaissance française et un grand balcon en pierre sculpté desservant les trois travées centrales de l'étage noble. Œuvre non attestée de Ballu (construit sur un terrain propriété de Ballu père)"

Voici quelques détails  de cette façade d'inspiration Renaissance qui date certainement années 1840 : 







J'aime beaucoup les ferronneries du portail avec les personnages en style Renaissance - que l'on trouve sur de nombreux immeubles de cette époque - :

 Il est mentionné dans le texte de protection patrimoniale (qui est en général une source très fiable) que le terrain sur lequel a été bâti cet immeuble appartenait au père de l'architecte Théodore Ballu (à qui on doit la reconstruction de l'Hôtel de Ville après 1871 [voir article du 18 avril 2012]). Louis Ballu était né vers 1786 et mort en 1870 à l'âge de 84 ans. Son fils, Théodore est né le 8 juin 1817. Si c'est vraiment lui qui a dessiné cette immeuble - mais cela ne semble pas certain - cela doit être une oeuvre de jeunesse car l'artiste a été pensionnaire de l'Académie de France à Rome de 1841 à 1845. Il s'agit peut-être d'une commande passé par son père dans la 2e moitié des années 1840 au moment où il s'est établi dans la société parisienne (il s'est marié en mai 1847)
 

samedi 7 février 2026

MMDCCCLXXIII : L'histoire de Saint Gervais et Saint Protais telle qu'on pouvait l'admirer dans l'église Saint-Gervais-Saint-Protais au XVIIe siècle

Deux des peintures de la série de Saint Gervais et Saint Protais au musée du Louvre

Le musée du Louvre, dans son département des peintures françaises du XVIIe siècle, possède trois superbes œuvres qui jadis se trouvaient dans l'église Saint-Gervais-Saint-Protais (Paris 4e). Elles racontent l'histoire de Saint Gervais et Saint Protais. Pour compléter la série, il faut se rendre à Lyon, au musée des Beaux Arts (ce que j'ai fait en avril 2022) et au Musée de a Chartreuse à Arras (que j'ai visité en juillet 2019). Il s'agit d’œuvres qui se trouvaient jadis dans cette église du 4e arrondissement. 

Ses peintures étaient des cartons peints pour des tapisseries tissées en 1661. Elles étaient présentées dans le chœur de l'église de manière temporaire lors des grandes fêtes religieuses, alors que les peintures, elles, étaient exposées en permanence dans la nef. Elles sont l’œuvre de trois des plus grands peintres français du  XVIIe siècle et de leur atelier : Eustache Le Sueur (1617-1655), Sébastien Bourdon (1616-1671) et Philippe de Champaigne (1602-1674).

D'après La Légende dorée de Jacques de Voragine, Gervais et Protais étaient deux frères jumeaux qui, au 1er siècle, ont fait partie des premiers chrétiens.En 64, à Milan, le général romain Astasius, qui partait avec son armée combattre les Marcomans, aurait, sur ordre de l'empereur Néron, ordonné l'arrestation des deux frères, et leur aurait demandé de sacrifier aux idoles afin d'assurer la victoire aux armées romaines. Le premier tableau de la série, peint vers 1652/1653 par Eustache Le Sueur, et que l'on peut voir au Louvre, décrit le moment où les deux frères comparaissent devant Astasius :

Eustache Le Sueur, Saint Gervais et Saint Protais amenés devant le général romain Astasius, refusant de sacrifier à Jupiter, vers 1652/1653, musée du Louvre, 6m84 x 3,57m.

 Astasius apparaît sur la droite en indiquant un ordre de la main droite :

Les deux frères, habillés tout de blanc, apparaissant dans la partie droite du tableau :

Il faut aller au Musée des Beaux-Arts de Lyon pour voir la 2e étape : la représentation du martyre de Gervais. Cette oeuvre a été confiée à Eustache Le Sueur a été en grande partie peinte par son élève et beau-frère Thomas Goussé (1627-1658) :

Eustache Le Sueur et son beau-frère Thomas Goussé, Le martyre de Saint Gervais et Saint Protais, vers 1652/1655, Musée des Beaux-Arts de Lyon
 

On voit, au centre, le moment où Gervais est fouetté à mort sous les yeux de son frère Protais. Un ange apporte la palme du martyre :

Astasius a alors essayé d'obtenir de Protais qu'il accepte de sacrifier aux idoles. Il fit apporter un chevalet, un instrument de torture, mais Protais resta impassible. Finalement, Astasius ordonna que Protais fût décapité. La décollation de saint Protais peinte par Sébastien Bourdon, est conservée au Musée de la Chartreuse à Arras :

Sébastien Bourdon, La décollation de saint Protais, 1656, Musée de la Chartreuse d'Arras

 Le 4e tableau, peint par Philippe de Champaigne lui-même, représente le moment où, avec l'intercession de saint Paul, saint Gervais et saint Protais  apparaissent à Saint Ambroise l'archevêque de Milan en 386 :

Philippe de Champaigne, Apparition de saint Gervais et saint Protais à saint Ambroise, 1658, musée du Louvre

 On voit Ambroise à droite : 


 saint Paul est au centre :

et à gauche, les deux martyrs :

L'étape suivante montre le moment où saint Ambroise, en 386, retrouve le lieu où les reliques de saint Gervais et saint Protais ont été retrouvées :

Philippe de Champaigne et atelier, L'invention des reliques de saint Gervais et saint Protais, vers 1660, Musée des Beaux-Arts de Lyon, 3,60m x 6,81m
 

On voit à droite saint Ambroise :

et au centre, on voit les corps des deux martyrs qui sont exhumés du sol. On reconnait saint Protais qui est décapité :

 

Le 6e tableau, que l'on peut voir au Louvre est une oeuvre de Philippe de Champaigne, assisté de son neveu Jean-Baptiste de Champaigne (1631-1681). Il montre la translation des reliques des deux saints :

Philippe de Champaigne (et Jean-Baptiste de Champaigne), La translation des reliques de saint Gervais et saint Protais, 1661, Musée du Louvre, 3,63m x 6,91m

On voit, au centre, les deux corps déplacés en procession avec sur la droite, saint Ambroise, l'archevêque de Milan :

Les peintures étaient présentées dansl'église Saint-Gervais-Saint-Protais. Elles étaient calibrées pour être installés entre les piliers de la nef. Côté Nord, en partant du choeur, on pouvait voir la comparution de Gervais et Protais devant Astasius, puis la flageallation de Gervais, et enfin la décollation de Protais. La lecture se faisait donc de droite à gauche :


Dans la partie sud de la nef, on pouvait voir l'apparition des saints à saint Ambroise, l'invention de leurs reliques, puis leur translation qui partaient donc vers le chœur. La lecture se faisait donc aussi de droite à gauche :



Voici, depuis le choeur de l'église Saint-Gervais-Saint-Protais aujourd'hui, la disposition de ces six peintures :


 

Les tapisseries ont été tissées par les ateliers des galeries du Louvre et livrées par Girard Laurent, directeur de l'atelier du Louvre, en 1661 pour les quatre premières, et peu après pour les deux dernières. 

La première des tapisseries a en grande partie disparu. Il n'en reste qu'un fragment conservé par le Mobilier national. Par contre les cinq autres qui faisaient partie de la tenture de Saint-Gervais-Saint-Protais, étaient la propriété de la fabrique de l'église quand en 1874, elles ont été vendues à un antiquaire, dénommé Recappé. Le préfet de la Seine de 1873 à 1879, Ferdinand Duval, intervint et fit restituer les tapisseries en obtenant qu'elles soient reconnus comme propriété de la Ville de Paris. Cela explique qu'aujourd'hui, elles fassent partie des collections du Petit Palais :
Ateliers de tissage du Louvre, Tentures de saint Gervais et saint Protais, La flagellation de saint Gervais, 1661, Petit Palais, 4,99m x 7,34m

 
Ateliers de tissage du Louvre, Tentures de saint Gervais et saint Protais, La décollation de saint Protais,  1661, Petit Palais, 4,75m x 7,55m

 

Ateliers de tissage du Louvre, Tentures de saint Gervais et saint Protais, Apparition de saint Gervais et Saint Protais à saint Ambroise,  1661, Petit Palais, 4,90m x 7,57m

Ateliers de tissage du Louvre, Tentures de saint Gervais et saint Protais, L'invention des reliques de saint Gervais et saint Protais, vers 1661, Petit Palais, 4,96m x 7,42m

Ateliers de tissage du Louvre, Tentures de saint Gervais et saint Protais, La translation des reliques de saint Gervais et saint Protais, vers 1661, Petit Palais, 4,75m x 7,55m

Il serait intéressant qu'une exposition réunisse toutes ses oeuvres : les cartons et les tapisseries.

Sources :

- page du Petit Palais sur les tentures de Saint Gervais et Saint Protais.

- notice du Louvre sur Saint Gervais et Saint Protais amenés devant Astasius

-  notice du Louvre sur la décollation de Saint Protais

- notice du Musée de Louvre sur l'apparition de saint Gervais et saint Protais à saint Ambroise

- notice du Musée des Beaux-Arts de Lyon sur l'invention des reliques de saint Gervais et saint Protais

-  notice du Louvre sur la translation des reliques de Saint Gervais et Saint Protais

 

 

dimanche 1 février 2026

MMDCCCLXXII : 12, rue Pavée : le "Petit Hôtel de Brienne" du milieu du XVIIe siècle où est mort un personnage représenté sur l'Hôtel de Ville.

 

J'ai publié un article le 17 juillet 2025 à propos du 12, rue Pavée (Paris 4e). Comme on le voit en ce moment, de gros travaux ont lieu à cette adresse. Dans mon article de 2025, j'avais publié des vues,prises en 2023, qui montraient qu'il s'agissait d'une demeure ancienne avec beaucoup de charme :

 
J'ai, depuis la publication de cet article, trouvé des informations passionnantes et précises à propos de cet endroit. En effet, la Commission du Vieux Paris, dans sa séance plénière du 17 février 2022, avait évoqué les travaux prévus à cet endroit en commençant par un très intéressant rappel historique concernant le lieu.Voici une rapide chronologie que j'ai tiré de sa lecture en complétant avec quelques informations personnelles : 

- au Moyen Âge, la parcelle faisait partie des terres du Couvent Sainte-Catherine-des-Ecoliers (voir article du  24 janvier 2023).

- 1632 : la parcelle est acquise par la comtesse Marie de Reffuge qui fait construire une maison avec deux corps de logis : un sur rue et un sur cour. La famille de Reffuge (ou de Refuge) était une famille originaire de Bretagne. Son membre le plus illustre a été Eustache de Refuge (1564-1617). Il a publié en 1616 un célèbre Traité de la cour ou d'instruction des courtisans.

- 1642 : la maison est vendu à Léon Bouthillier. Celui-ci était un personnage très puissant. Il était secrétaire d’État des affaires étrangères de 1631 à 1643. Il était propriétaire depuis 1635 de l'Hôtel de Chavigny qui est situé à quelques centaines de mètres (voir article du 21 avril 2013). On peut s'en rendre compte sur le plan Gomboust qui date de 1650 :


- 1657 : la veuve de Léon Bouthillier (mort en 1652), Anne Phélippaux décide de faire reconstruire complètement la demeure. L'Hôtel est composé d'un "bâtiment sur rue, aile en retour et corps de logis, entre cour et jardin, de trois étages".Anne Phélyppeaux, née en 1612, est décédée en 1694.

- dans la deuxième moitié du XVIIe sicle, l'Hôtel devient la propriété de Louis-Henri Loménie de Brienne (1636-1698). Il a en effet épousé, en 1656, une des filles de Léon Bouthillier et Anne Phélyppeaux : Henriette Bouthillier de Chavigny (1637-1664). Louis-Henri Loménie de Brienne était le fils d'Henri-Auguste de Loménie de Brienne, secrétaire d’État aux affaires étrangères de 1643 à 1653 (il avait succédé à Léon Bouthillier). 


 Il fait réaliser des travaux confiés à l'architecte nommé Duchêne. C'est à cette époque que l'Hôtel prend le nom de "Petit Brienne" La façade en fond de cour est dotée des deux arcades actuels :


 Louis-Henri n'a peut-être pas longtemps profité de cette résidence.Il a été enfermé par lettre de cachet à l'abbaye de Saint-Lazare, un asile de fous de 1674 à 1692. Il est mort en 1698 à l'abbaye de Château-Landon (Seine-et-Marne).

Il est intéressant de remarquer que sur le plan Turgot des années 1730, on a bien du mal à retrouver la localisation du "Petit Brienne". Il s'agit certainement de celui-ci :



- En 1784, l'Hôtel a été acheté par François-Denis Tronchet (1726-1806). Celui-ci a été élu en 1789, député à l'Assemblée des Etats Généraux pour représenter Paris. Il a été un des avocats de Louis XVI pendant son procès en 1792. Il est un des pères du Code Napoléon. Il est représenté sur l'Hôtel de Ville (voir article du 21 août 2009) : 

On notera que Tronchet s'était installé juste à côté d'une des prisons les plus célèbres du Paris de l'époque : la prison de la Force, ouverte en 1780 (voir article du 30 décembre 2016). Sur ce plan de Paris de 1814, on peut voir que le 12, rue Pavée était mitoyen avec la prison :


 - 1794 : l'Hôtel est revendu à une dénommée Angélique Girardot. Tronchet se réserve un des appartements côté rue. C'est à cette adresse qu'il meurt le 10 mars 1806.

Le plan cadastre Vasserot (1810-1836) montre la disposition du 12, rue Pavée (le n°10 à l'époque) :

Le grand espace blanc, situé en dessous sur ce plan, qui correspond à l'Est, correspond à la prison de la Force qui n'a fermé qu'en 1845 :


 - 1824 : l'Hôtel est racheté par un commissaire en quincaillerie, Charles-Armand Declion. L'édifice est divisé en différents logements et commerces. Une partie des locaux sert de synagogue. 

 - à la fin du XXe siècle, la demeure a servi d'internat pour une école de jeune filles.

jeudi 29 janvier 2026

MMDCCCLXXI : Les statues du Louvre (35e volet) : Louvois par Aimé Millet

 

Voici le 35e épisode de la série relative aux statues qui décorent la cour du Louvre. Il concerne la statue de de Louvois l'on peut voir dans la partie Nord de l'aile Henri IV :

La statue de Louvois est la première en partant de la gauche :

 
 
Franois-Michel Le Tellier, marquis de Louvois,  - avec son grand rival, Colbert (voir article du 17 août 2023) - , a été un des plus grands ministres de Louis XIV. Né le 18 janvier 1641 à Paris, il était le fils de Michel Le Tellier, secrétaire d'Etat à la guerre de 1651 à 1677, puis chancelier de France de 1677 à 1675. Louvois a succédé à son père en tant que secrétaire d'Etat à la guerre en 1677. Il a aussi exercé, après la mort de Colbert en 1683, la charge de secrétaire de la Maison du roi et de surintendant des finances, jusqu'à sa mort le 16 juillet 1691.  Il est considéré comme celui qui a établi la domination des armées françaises dans le dernier quart du XVIIe siècle. 
 
Louvois est représenté tenant fièrement son porte-documents, sa serviette de ministre :

 Derrière lui, sur sa gauche, on peut voir une carte qui porte le nom de la Flandre, une province dont le rattachement à la France a été confirmé par le traité de Nimègue de 1678  :
 

Louvois a été sculpté par Aimé Millet né à Paris le 28 septembre 1819 et mort dans la même ville le 14 janvier 1891. Voici un portrait de lui par Nadar dans les années 1850 :