mercredi 2 septembre 2026

MMCMXXXIV : Des perles de Paris Centre présentées au CNCS de Moulins

 

J'ai déjà consacré en 2022 un article à propos de l'exposition qui s'était tenu au CNCS (Centre Nationale du Costume de Scène) de Moulins (Allier) relatif aux costumes des personnages des pièces de Molière (voir article du 17 août 2022).

Une partie des espaces en cet été 2026 sont dédiées à la présentation des collections d'une institution du 1er arrondissement de Paris : la Comédie française. On y présente en effet "les trésors de la comédie française" : des costumes, des statues et des peintures qui évoquent ses spectacles joués à la comédie française et des acteurs qui y ont brillé.

J'ai été tout d'abord très content de retrouver deux personnages auxquels j'ai consacré un article car ils sont représentés sur l'Hôtel de Ville de Paris. Les acteurs Lekain et Talma.

J'avais consacré un article à la statue de Lekain à l'Hôtel de Ville, il y a 18 ans, en novembre 2008 (voir article du  12 novembre 2008) :

Les deux portraits d'Henri-Louis Lekain (1729-1778) présentés au CNCS permettent de se rendre compte qu'il avait l'habitude de jouer des personnages orientaux :

Simon-Bernard Lenoir, l'acteur Lekain dans le rôle de Gengis Khan dans la pièce de Voltaire, L'Orphelin de Chine, 1777

 
Anonyme, Lekain en costume oriental, XVIIIe siècle.
 

Quant à l'acteur François-Joseph Talma, j'avais consacré un article à sa statue de l'Hôtel de Ville en décembre 2008 (voir article du 12 décembre 2008) :

Talma (1763-1826) qui a été une star pendant l'époque napoléonienne est représentée de deux façons au CNCS grâce aux prêts du musée-bibliothèque de la comédie française. Tour d'abord sous la forme d'un buste qui montre un lien très fort avec la façon dont l'acteur est représenté à l'Hôtel de Ville :

Jean-Baptiste De Bay, Talma interprétant Néron dans Britannicus de Jean Racine, 1813

 Une peinture permet de retrouver Talma avec un autre type de costume :

François-Edouard Picot, Talma, 1822

 Dans cette exposition des oeuvres provenant du musée-bibliothèque de la Comédie Française, on peut aussi admirer deux bustes sculptés par Jean-Baptiste Le Moyne représentant deux actrices du XVIIIe siècle :

Jean-Baptiste Lemoyne, à gauche Madame Dangeville ( 1714-1796) en Thalie (muse de la comédie), 1771 et à droite Mademoiselle Clairon (1723-1803) en Melpomène (muse de la tragédie), 1761.

 Ces deux actrices étaient des stars dans la 2e moitié du XVIIIe siècle. Diderot les évoque de manière peu flatteuse dans Le neveu de Rameau (écrit entre 1761 et 1773)"Les applaudissements que ce sot public s'obstine à prodiguer à cette minaudière de Dangeville, qui joue si platement, qui marche presque courbée en deux sur la scène, qui a l'affectation de regarder sans cesse dans les yeux de celui à qui elle parle et de jouer en dessous, et qui prend même les grimaces pour de la finesse, son petit trotter pour de la grâce; à cette emphatique Clairon qui est plus maigre, plus apprêtée, plus étudiée, plus empesée qu'on ne saurait dire. Cet imbécile parterre les claque à tout rompre".

Le CNCS présente aussi de nombreux costumes de la Comédie Française. J'ai choisi un seul exemple dont j'ai particulièrement apprécié l'inspiration Art Déco des années 1920 :

Costume pour le 2e rôle féminin de la pièce de Pirandello, Six personnages en quête d'auteurs, de 1923. Le costume a été porté par l'actrice Nathalie Nerval (1926-2012) et il a été dessiné par la peintre Sonia Delaunay. La mise en scène était d"Antoine Bourseiller. La 1ère a eu lieu le 19 octobre 1978 dans la salle Richelieu.


 Outre l'exposition consacrée aux prêts de la Comédie française; le CNCS présente une exposition temporaire intitulée "Tous en scène" à l'occasion des 20 ans de la création de ce lieu de conservation et de présentation des costumes de scènes. Des vidéos très intéressantes expliquent les démarches des conservateurs et des restaurateurs des costumes.

Parmi les costumes présentés dans le cadre de cette autre exposition, un autre a retenu mon attention :

Costume de 1985 pour la pièce Le Balcon, pièce de Jean Genet (1960), mis en scène par Georges Lavaudant. Il a été porté par Geoffroy Barbier pour le rôle de Louis XIV

Enfin pour finir cet article, une photographie de la grande salle qui à chaque exposition correspond à une apothéose qui montre - en partie - la diversité des costumes présentés :


dimanche 30 août 2026

MMCMXXXIII : Les statues du Louvre (42e volet) : Jean-Baptiste Massillon par François Jouffroy

 

Voici le 42e volet de la série consacrée aux statues des personnages illustres de la cour du Louvre. Il concerne Jean-Baptiste que l'on peut voir dans l'aile Henri IV, dans la partie Nord-Ouest de l'aile qui longe la cour carrée :


 La statue de Massillon est la 8e en partant de la gauche :


 Jean-Baptiste Massillon est un prélat français, célèbre pour ses prédications. Il est né à Hyères dans le Var  le 14 juin 1663, et il est mort à Beauregard-l'Evêque dans les Puy-de-Dôme, le 28 septembre 1742. Ordonné prêtre en 1691, il est devenu célèbre pour son éloquence. Il a ainsi prêché pour l'Avent, à Versailles, devant Louis XIV en 1700. Il a prononcé en 1711 l'oraison funèbre pour le Grand Dauphin et celle du roi lui-même en 1715 restée célèbre avec la formule "Dieu seul est grand".

Il a aussi prêché aux Tuileries devant le jeune Louis XV en 1718 à l'occasion du petit Carême qui, une fois imprimé est devenu un modèle d'éloquence. Cela explique le titre que l'on voit sur le livre qu'il tient dans la main gauche :


Nommé évêque de Clermont en 1717, il a passé presque toute la fin de sa vie dans son diocèse. 


 La statue est une oeuvre de François Jouffroy, né à Dijon, le 1er février 1806, et mort à Laval, le 25 juin 1882. On lui doit aussi la statue de la source de la Seine à Saint-Germain-Source-Seine (voir mon article du 24 août 2020).

Voici une photographie prise par Antoine-Samuel Adam-Salomon représentant le sculpteur vers 1865 quand l'artiste approchait des 60 ans  :


 

jeudi 27 août 2026

MMCMXXXII : Les cartes postales de Paris Centre : les 12, et 14, rue de Turenne (Paris 4e) au début du XXe siècle

 

Voici un nouvel article consacré aux cartes postales de Paris centre. Il concerne l'une d'elle que j'ai dans ma collection depuis fort longtemps et qui m'a intrigué en raison de la légende qui apparaît en haut à gauche "encorbellement du 12 de la rue de Turenne, appartient à l'hôtel de Chaulnes, 9 place des Vosges".


 Cet encorbellement que l'on voit en pleincentre de la photographie a un aspect pour le moins insolite :

Inutile de cherche cet encorbellement aujourd'hui. Il a disparu et la rue de Turenne a bien changé depuis comme on s'en rend compte en se plaçant depuis le même endroit (approximativement à l'endroit où la rue de Jarente forme un angle droit avec la rue de Turenne) :

La carte n'est pas datée. Au dos rien n'est écrit qui puisse donne le moindre élément de datation. J'ai essayé d'en savoir plus sur ce qui apparaissait sur vue.

Je me suis d'abord référé au plan Turgot des années 1730 qui représente assez fidèlement les façades quand elles sont tournées vers l'Ouest et le Nord ce qui est le cas du côté pair de l'actuelle rue de Turenne.

On voit qu'à l'époque cette partie de la rue s'appelait "rue des égouts Sainte-Catherine". En regardant de plus près on voit une partie en saillis à la hauteur de ce qui est aujourd'hui le 12, rue de Turenne :

En faisant un bon dans le temps, on peut observer le plan cadastre Vasserot des premières décennies du XIXe siècle :

On voit une partie qui est peut-être l'encorbellement :

Le musée Carnavalet possède une vue prise par Eugène Atget, en 1911, depuis la rue de Jarente qui permet de voir de manière plus précise quel était l'aspect de cet encorbellement :

Voici un zoom sur la partie centrale :

Voici une vue prise depuis le même endroit aujourd'hui :  

 


Cependant, d'autres éléments sont intéressants sur cette carte postale. En regardant, à l'arrière-plan, on observe un décor qui a lui aussi été complètement transformée :

 
Le musée Carnavalet possède une photographie prise par Eugène Atget mais non datée qui représente le 14, rue de Turenne :


 mais ce musée possède un vue anonyme de 1914 qui permet de bien comprendre de quoi il s'agit :


 Cela permet de se rendre compte qu'on trouvait à cet endroit le siège social de la Fonderie d'Harfleur :


 

Le siège de la fonderie a été présente au moins au début du XXe siècle. J'ai trouvé deux entreprises qui se sont accédées :

- avant la Première Guerre mondiale, la société HUBIN

- après la Première guerre mondiale, dans les années 1920, elle avait été repris par l'entreprise Marcel Bassot.

 Le 14,rue de Turenne a aussi radicalement changé d'aspect et qui est amusant et qu'on a l'impression qu'il a toujours eu celui-ci alors que ce n'est pas le cas :

 

Voici une compaison début du XXe siècle et aujourd'hui qui montre la transformation radicale du 14, rue de Turenne :


 

 

 

Ce qui est intéressant est ce que l'on voit encore après sur la gauche de la photographie du 14, rue de Turenne est aussi intéressant :

Voici un agrandissement : 


Or Atget a aussi pris en photo - non datée - cette partie de la rue de Turenne :

On se rend compte qu'il s'agissait la aussi d'une entreprise liée à la métallurgie :

On peut lire 'Aciers et toles corrodées et fondues" ainsi que "fourches et outils américains".

On trouvait donc dans cette partie de la rue de Turenne, dans des hôtels particuliers qui à l'Est donnait sur la place des Vosges des entreprises industrielles spécialisées dans la métallurgie. Le passé populaire et industriel du Marais.

Je n'ai pas trouvé à quel moment l'encorbellement du 12, rue de Turenne a été démoli. Il s'agit peut-être de 1924. En effet, juste à côté du 12, l'immeuble du 14, rue de Turenne date de cette année là :


 


Cet immeuble a la façade assez simple date de 1923. Le permis de construire a été déposé le 6 juillet 1923 par les propriétaires dénommés Hudry, qui avaient pour adresse le passage Genty. Il était prévu un magasin avec trois étages. Dès le 1er novembre 1923, un permis de construire complémentaires autorisait une surélévation d'un étage.

Quand on voit la configuration des lieux,on peut être à peu près certain que l'encorbellement a disparu à de moment là car le 14, était dans l'alignement du 12. 

Il est en tout cas assez surprenant que ce décor architecturale ait disparu ainsi, alors que la carte postale semble laisser entendre qu'il suscitait un certain intérêt. C'est d'autant plus étonnant que cet encorbellement était une création de Jules-Hardouin Mansart. Il est cité par Jean-Pierre Babelon, page 508, de l'"histoire de l'architecture du XVIIe siècle" (annuaires de l'école pratiques des Hautes études de 1973) :


 En tout cas, il est impressionnant de constater combien en 100 ans, cette partie de la rue de Turenne qui semble avoir un aspect très ancien a, en fait, profondément été transformée.




dimanche 23 août 2026

MMCMXXXI : Les huit statues qui ornent harmonieusement la façade de la cour d'honneur du Palais royal

 

Au Palais Royal, on peut admirer la façade de la cour d'honneur depuis les jardins, ou, en se rapprochant depuis cet espace où sont installées depuis les années 1980, les colonnes de Buren. Mon attention a été attirée par les huit statues qui ornent cette façade sur les deux avant-corps. Je ne m'étais jamais intéressé à elles et j'ai été surpris de découvrir qu'elle correspondaient à deux différentes périodes d'aménagement et aussi à deux artistes différents.

La partie gauche (à l'Est) est la plus ancienne. Elle comporte quatre statues qui ont été sculptées par Augustin Pajou (1730-1809) entre 1767 et 1769 pour orner la façade qui venait d'être reconfigurée par l'archictecte Pierre Content d'Ivry en 1764.


 Ces quatre statues d'Augustin Pajou représentent, de gauche à droite :

1. Mars (ou les talents militaires) :

2 : La Prudence :


 3 : La générosité (ou l'abondance) : 


 4 : Apollon (ou les Arts) :


 La façade de droite, à l'ouest, est plus récente. Sur un projet de Victor Louis de 1786, l'espace a été doublé en symétrie. Ces travaux n'ont été achevés qu'en 1830. C'est à cette époque qu'Antoine François Gérard a sculpté quatre statues en symétrie à celles de Pajou :


 Ces quatre sculptures, dont trois sont des figures ailées, par Antoine François Gérard (1760-1843) représentent de gauche à droite :

5 : La science :


 - Le commerce :

 

- l'agriculture :


 - La navigation :


 Les statues de Pajou et de Gérard font 2,40m de haut et sont un très bel exemple de la statuaire des XVIIIe et XIXe siècle.