dimanche 10 mai 2026

MMCMII : Les rues de Paris Centre : Rue de Villehardouin, sur les traces d'une rue en partie fermée à la circulation il y a plus de 350 ans !

  

La rue de Villehardouin est située dans le 3e arrondissement. Elle a retenu mon attention car elle a une forme qui n'est pas si fréquente (mais ce n'est pas la seule dans ce cas). Elle a une forme en équerre avec un tronçon qui part de la rue Saint-Gilles :

Puis, elle forme un coude perpendiculaire :

et elle tourne vers l'ouest en direction de la rue de Turenne :

 On a donc la vision amusante de voir les deux plaques se juxtaposer à la perpendiculaire :


 Cependant, cette rue n'a pas toujours eu cet aspect. Sur le plan Turgot des années 1730, on voit qu'il existait deux rues distinctes :


 La partie de la rue Nord/Sud qui part de la rue Saint-Gilles s'appelait la rue Saint-Pierre, et la partie Est/ouest la rue des Douze portes.

Il est intéressant de remonter encore dans le temps.

Quand on regard un plan dit de Bâle des années 1550, on se rend compte que cette partie du Marais n'était pas encore lotie.  

La rue Saint-Pierre a été percée en 1640. Il est intéressant de noter qu'elle se prolongeait à l'époque au nord jusqu'à la rue Saint-Claude. On peut s'en rendre compte sur un plan Gombroust de 1650 :

mais en 1656, la rue a été fermée à la circulation dans sa partie nord comprise entre la rue des Douze portes et la rue Saint-Claude. Deux puissants personnages, le maréchal de Turenne et le sieur de Guénégaud souhaitaient étendre vers l'est leur propriété. Le Parlement enregistra le 26 août 1656 la cession de la propriété de cette portion de la rue.

Cela explique que sur le plan Bullet de 1676, la rue Saint-Claude est désormais réduite de deux tiers :

On peut représenter sur le plan Turgot des années 1730, le tronçon disparu de la rue Saint-Pierre pour se rendre à quel point sa fermeture a permis l'extension des jardins des hôtels situés le long de l'actuelle rue de Turenne :

Parmi ces résidences aristocratiques, celui appelé l'Hôtel Boucherat, du nom de Louis Boucherat, chancelier de France de 1685 à 1699. Cet hôtel est par la suite devenu au XVIIIe siècle l'hôtel d'Ecquevilly, aussi impropremet appelé du Grand Veneur.

 Il est intéressant de noter que sur le plan cadastral Vasserot de la première moitié du XIXe siècle, il ne reste aucune trace visible de l'ancienne partie nord de la rue Saint-Pierre :

La rue des douze portes porte ce nom en raison d'un programme immobilier financé par Nicolas Le Jay qui demandé à Michel Villedo de construire douze maisons avec des portes identiques. C'est peut-être ce que l'on voit dans la partie nord de la rue des douze portes sur le plan Turgot :

On peut voir dans cette partie de l'actuelle rue Villehardouin, des porches qui semblent dater de cette époque et qui ont donc été décidé par Michel Villedo :

Ce n'est qu'en 1865 que les deux rues ont été réunies pour former la rue Villehardouin. Pourquoi ce nom a-t-il été choisi pour cette voie qui n'était pas très passante. Il est difficile de le savoir. Il faut cependant noter que la plaque explicative comporte une erreur :


 Geoffroy de Villehardouin (1150-vers 1213) ne peut pas avoi écrit la conquête de Constantinople au XIIe siècle puisque la ville n'a été prise lors de la 4e croisade qu'en 1204. Sa conquête de Constantinople a été écrite de 1207 à 1213, donc au XIIIe siècle et pas au XIIe siècle. Une autre petite incongruité, mais elle semble dater de 1865, est le fait que Villehardoun est privé de sa particule, alors que par exemple ce n'est pas le cas de Turenne qui a pris ce nom elle aussi en 1865.

Il est intéressant de noter que depuis 1988, les jardins pour lesquels avaient été fermé une partie de l'ancienne rue Saint-Pierre sont accessibles au public. Il s'agit du square Saint-Gilles Grand Veneur Pauline Roland :

Un nom a été donnée à la voie qui part de la rue de Villehardouin et qui reprend une partie du tronçon disparu de la rue Saint-Pierre : il s'agit de la rue de Hesse :


 


mercredi 6 mai 2026

MMCMI : Exposition "Simone Veil, mes soeurs et moi" au Mémorial de la Shoah

 

Depuis le mois de février, et jusqu'en octobre 2026, le Mémorial de la Shoah propose une exposition que je recommande car elle est de grande qualité comme c'est souvent le cas avec les expositions de cette institution : Simone Veil . Mes soeurs et moi.

Elle permet de retrouver le parcours de Simone Veil et de sa famille dans l'épreuve de l'Occupation et de la résistance. Un parcours que l'on connaît assez bien si on a lu son excellente autobiographie "Une vie" (2007) et vu le film "Simone" (2022). En visitant l'exposition, on a l'étrange impression de retrouver des personnages que l'on connaît assez bien mais en ayant ici la possibilité d'avoir des documents d'archives et des témoignages (notamment ceux de Denise). Une exposition qui mêle à la fois la gravité, la douleur, mais aussi une grande humanité à l'image de cette grande dame qu'était Simone Veil.


 

dimanche 3 mai 2026

MMCM : Les façades de Paris Centre : un immeuble du 2e quart du XVIIIe siècle au 87, rue d'Aboukir


 La rue d'Aboukir (Paris 2e) compte un grand nombre de façades intéressantes car cette rue située entre la porte Saint-Denis et la rue Montmartre a en grande partie échappé aux percées haussmanniennes. Au 87, on peut admirer une façade du XVIIIe siècle, relativement sobre mais néanmoins élégante.

Elle est ainsi décrit dans les immeuble du PLU du 2e arrondissement qui font l'objet d'une protection patrimoniale : " Immeuble d'habitation daté du deuxième quart du XVIIIe siècle composé de trois travées en pierre de taille construit lors de la rénovation des abords de la grande place de la Ville Neuve. Chaînage d'angle, dégradé harmonieux des trois étages surmontés de mansardes traitées de la même façon, ouvertures cintrées surbaissées, appuis de la fenêtre arrondis, tables rentrantes entre les trois travées, porte cochère simple avec clef de voûte sculptée. Immeuble réunissant tous les éléments d'une résidence à mi-chemin entre l'hôtel particulier et la "maison de produit"."

Le portail est l'élément décoratif le plus représentatif de ce 2e quart du XVIIIe siècle avec son décor rocaille à la clé de voûte : 


jeudi 30 avril 2026

MMDCCCXCIX : Les statues du Louvre (38e volet) : Fléchier par François Lanno

  

Voici le 38e volet de la série consacrée aux statues des personnages illustres de la cour du Louvre. Il concerne Fléchier que l'on peut voir dans l'aile Henri IV, dans la partie Nord-Ouest de l'aile qui longe la cour carrée :

La statue de Fléchier est la 4e en partant de la gauche :

Esprit Féchier est né à Pernes-les-Fontaines (Vaucluse), le 10 juin 1632 et il est mort à Montpellier, le 16 février 1710. Homme d'Eglise, il est devenu célèbre pour ses prédications. Il a par exemple prononcé l'oraison funèbre de Turenne en 1676. Il a été grand aumônier de la Dauphine Marie-Anne Victoire de Bavière. Par la suite, il est devenu, en 1685, évêque de Lavaur (Tafn) puis de 1689 à 1710 de Nîmes. Il avait été élu membre de l'Académie française en 1672 (il a occupé le fauteuille n°10).

Fléchier est représenté en tenue ecclésiastique :


 Il tient dans la main des feuillets où on voit apparaître "oraisons funèbres" :


 Cette statue est une oeuvre de François Lanno. On doit aussi à ce sculpteur la statue de Blaise Pascal auquel j'ai déjà consacré un article (paru le 22 septembre 2022) [Un des dix articles les plus lus de ce blog]. 

 François Lanno né à Rennes le 16 février 1800 et mort à Beaumont-sur-Oise le 5 septembre 1871.Il a aussi sculpté la statue de Fénelon située sur la fontaine de la place Saint-Sulpice.

dimanche 26 avril 2026

MMDCCCXCVIII : Au 8, rue au Maire (Paris 3e) : une plaque en hommage à une jeune femme résistante avec une pensée aussi pour sa mère

Au 8, rue au Maire (Paris 3e), on trouve une de ses plaques en hommage à des personnes qui se sont engagées pour la France et qui conduise à se demander qui elles étaient, en quoi à consister leur engagement et comment elles ont disparu. 


 La plaque ne mentionne en effet qu'un nom "Raymonde ROYALE" et une mention très succincte "Disparue en déportation. Morte pour la France".

Cela m'a donné envie d'en savoir plus. J'ai trouvé un très grand nombre d'informations sur le site du Musée de la Résistance en ligne : une page est consacrée à Raymonde Royal (orthographiée sans le E final).

 On y apprend que Raymonde avait aussi pour prénom Rivkele, qu'elle était née dans le 12e arrondissement de Paris le 3 septembre 1923, qu'elle était d'origine juive polonaise. Âgée de 16 ans (elle a fêté ses 17 ans le 3 septembre), elle participe dès l'été 1940 à la reconstitution des Jeunesses Communistes (interdites en septembre 1939 après la signature du pacte germano-soviétique et l'invasion de la Pologne). Elle organise des collectes dans le 10e arrondissement en faveur des militants communistes internés. Elle devient responsable de la propagande et se charge d'organiser la diffusion de tracts dans le 10e arrondissement sur les marchés, dans les stations de métro et dans les différents lieux de rassemblement.

Après l'attaque de l'Allemagne contre l'URSS en juin 1941, elle s'implique dans les actions menées pour dénoncer la politique de l'occupant nazi. Elle participe aux manifestations organisées le 14 juillet 1941 et le 1er août 1941. Raymonde est arrêtée avec sa mère le 11 mai 1942 et après 6 mois de détention au fort de Romainville, elles sont toutes deux transférées brièvement à Drancy pour être déportées -en donnant pour date 1942 comme année de leur disparition -.

Cela m'a donné envie de repartir de ses informations pour en savoir plus.

Dans les archives de l'état civil du 12e arrondissement, j'ai retrouvé l'acte de naissance de Raymonde Royal. On y découvre qu'en fait son prénom était Rébecca et qu'initialement, à sa naissance, elle avait pour nom de famille celui de sa mère : Sawikin :

Sa mère Henka Sawikin était née le 16 février 1892, en Pologne, à  Doboroska-Ramdomwka, une localité que je n'ai pas réussi à situer (il existe une ville appelée Doboroska, mais elle est en République Tchèque à la frontière avec la Pologne). Il est indiqué qu'Henka habitait, en 1923, au 122, rue Oberkampf (Paris 11e).

Dans la marge de l'acte de naissance, il est indiqué que Rébecca Sawikin a pris le nom de Royal suite au mariage de sa mère Henka avec Chamen Royal, à la mairie du 11e arrondissement, le 5 décembre 1925. A cette occasion, l'époux a reconnu Rébecca comme sa fille légitime :

Cela m'a conduit à recherche l'acte de mariage du 5 décembre 1925 de Chamen Royal et Henka Sawikin dans l'état civil de la mairie du 11e arrondissement :

On y apprend que Chamen Royal était tailleur et qu'il était né à Minsk (en actuelle Biélorussie) le 15 janvier 1899. Son père Gabriel Royal était tourneur et habitait, en 1925, Varsovie. Quant à Henka, son père était décédé mais sa mère, Golda, était, elle aussi, domiciliée à Varsovie. Les nouveaux époux, Chamen et Henka, habitaient 122, rue Oberkampf (Paris 11e), l'adresse où habitait déjà Henka en 1923.

L'acte de naissance de Rébecca Royal présente en marge deux informations très intéressantes :

Une première mention, ajoutée le 22 mars 1963, précise que le 19 mars 1963, dans l'état civil du 3e arrondissement, l'acte de décès de décès de Rébecca a été retranscrit en indiquant qu'elle était décédée à Drancy le 11 février 1943.

Une deuxième mention, ajoutée le 10 octobre 2001, rectifie, suite à une décision du ministre de la Défense en date du 16 octobre 1998, l'information donnée en 1963 en indiquant que Rébecca Royal est décédée à Auschwitz en Pologne, le 16 février 1943, avec la mention "Mort en déportation".

J'ai retrouvé sur le site Légifrance, l'arrêté du Ministère de la Défense du 16 octobre 1998, concernant Rébecca Royal. Cela m'a permis de me rendre compte que sa mère aussi, Henka, avait été déportée et était morte, à Auschwitz, le 16 février 1943 :


 Je n'ai pas réussi à retrouver le convoi par lequel Henka et Rébecca Royal ont été déportées à Auschwitz. Tout laisse penser qu'il s'agit soit du convoi n°47 (parti de Drancy le 11 février 1943) ou bien le convoi n°43 (parti de Drancy le 13 février 1943) mais je n'ai pas trouvé leurs noms dans la liste des déportés que j'ai réussi à consulter.

Il semble pourtant bien qu'elles ont été déportées en 1943 [et pas en 1942 comme cela est indiqué sur le site pourtant très bien informé du "Musée en ligne de la résistance" ou dans l'ouvrage Combattant, héros et martyrs de la résistance, édition Renouveau,  publié en 1984 par de David Diamant qui page 95 indique que Raymonde a été gazée en juillet 1942].  Sur le mur des noms au Mémorial de la Shoah. Rébecca et sa mère apparaissent dans la liste des déportés de l'année 1943 (et sur ce mur sont indiqués en fonction de leur année de déportation). Les noms et les années de naissance correspondent : 1892 pour Henka et 1923 pour Raymonde (qui rappelons-le semble avoir été le prénom d'usage de Rébecca) :



Je n'ai donc pas, pour le moment retrouver à quelles dates Henka et Rébecca Royal ont été détenues au fort de Romainville puis déportées à Auschwitz mais comme elles sont décédées le même jour on peut penser que la mère et la fille ont été assassinées ensemble dans les chambres à gaz à leur arrivée à Auschwitz.

J'ai retrouvé un témoignage présenté, le 15 décembre 2006, par Robert Endewelt, à l'Hôtel de Ville de Paris, lors d'un colloque ayant pour thème "Les juifs ont résisté en France (1940-1945)". On y apprend que Raymonde (c'était bien le prénom d'usage de Rébecca) faisait partie du Club de la fédération sportive et gymnastique du travail (CFSGT) qui se réunissait dans un gymnase de la rue Paradis dans le 10e arrondissement. Ce réseau a été organisé, le 10 mai 1942, un attentat par les FTP contre un hôtel du square Montholon (Paris 9e) qui hébergeait des soldats allemands. Raymonde (ou Rébecca d'après l'état civil) et Henka ont été arrêtées le lendemain, le 11 mai 1942, dans le cadre de la répression qui a suivi cette action de la résistance communiste. A cette époque, Rébecca (ou Raymonde) avait 18 ans.

Le site du Musée de la résistance en ligne présente une photographie de Raymonde (ou Rébecca) Royal que je publie en fin d'article pour montrer les traits de cette jeune femme française, d'origine juive et polonaise, qui alors qu'elle était une très jeune femme quand elle s'est engagée dans la résistance :


Je pensais finir mon article ainsi. Mais, j'ai eu un remords. J'ai pensé à celle qui n'a pas son nom sur la plaque du 8, rue au maire , à Henka, cette femme juive née en Pologne en 1892. Arrivée en France, on ne sait quand précisément, mais en tout cas avant 1923, l'année de naissance de Rébecca, donc avant l'âge de 20 ans. Elle attendait certainement beaucoup de la France. Je n'ai pas réussi à savoir si elle avait soutenu sa fille dans son engagement très précoce dans les jeunesses communistes. A-t-elle cherché à l'encourager ou au contraire cela l'a-t-elle inquiétée ? On ne sait pas. En tout cas, elle a été arrêtée avec sa fille le 11 mai 1942 (Raymonde ou Rébecca n'avait que 18 ans et elle était considérée comme mineure jusqu'à l'âge de 21 ans). Elle a été emprisonnée tout comme sa fille au Fort de Romainville puis déportée et assassinée à la même date que sa fille le 16 février 1943 à Auschwitz en Pologne, le pays où elle était née exactement 51 ans plus tôt... le 16 février 1892.
 
Étrange et tragique destin. Je ne peux m'empêcher de faire un parallèle avec Ita Zitenfeld (1889-1942) à qui j'ai consacré un article récemment. Ces femmes nées en Pologne et dont l'espoir d'une vie meilleure en France a connu une issue terrible.
 

jeudi 23 avril 2026

MMDCCCXCVII : Les mystères du passage de la reine de Hongrie (2e volet) : de quelle reine de Hongrie parle-t-on ?

 

J'ai publié un long article en avril 2023 à propos du passage de la Reine de Hongrie (Paris 1er) pour montrer que ce passage avait certainement migré de quelques dizaines de mètres en direction du sud (voir article du 26 avril 2023).

Celui-ci concerne un autre sujet : l'origine de son nom.  On retrouve sur de nombreux sites, une anecdote relative à une dénommée Julie Bêcheur, marchande des Halles, qui serait à l'origine du nom de ce passage. En effet, elle aurait rencontré la reine Marie-Antoinette pour lui remettre une pétition qui aurait été frappée par la ressemblance avec sa mère l'impératrice Marie-Thérèse de Habsbourg. Or Marie-Thérèse était reine de Hongrie (elle n'était impératrice que par ce qu'elle avait fait couronné empereur son mari François puis après sa mort son fils Joseph) et c'est un peu par dérision que Julie Bécheur aurait surnommé la reine de Hongrie. La légende va  même jusqu'à préciser que cette Julie Bécheur aurait été guillotinée en raison de ces affinités monarchistes en 1792.

Cette Julie Bêcheur aurait de plus été tellement charmante qu'elle aurait été appelée une "Rose de mai". j'y vois là une autre incohérence. En effet, sans être désagréable, ce portrait de l'impératrice Marie-Thérèse dans les années 1750 c'est à-dire à l'époque même de la période de la naissance de Marie-Antoinette ne donne pas l'impression d'une ressemblance avec une rose de mai :

Quant à Julie Bécheur, il semble qu'elle soit en fait décédée en 1776 comme cela est évoqué dans la revue d'Histoire de la Pharmacie que j'avais cité dans l'article d'avril 2023. On peut donc penser que tout cette histoire relative à Julie Bécheur relève juste de la légende urbaine (relayée dans une émission télévisée grand public par Stéphane Bern).

Il est plus probable qu'on trouvait dans ce passage un commerce qui vendait de "L'eau de la reine de Hongrie". Mais là aussi, cela conduit à quelques interrogations. J'ai trouvé un site d'un fabricant de cette eau, les Laboratoires Roig qui donnent une information très intéressante à ce sujet :


 "En 1370, le premier parfum de l’histoire occidentale est créé. A base de romarin, d’eau de rose et de fleur d’oranger, il est présenté comme un remède contre les maladies et un puissant élixir de beauté. Les premières recettes de l’eau de la Reine de Hongrie à base de romarin se rencontrent dès le 14ème siècle. Ainsi, le roi Charles V l’aurait reçu comme un cadeau précieux.  La recette se perd ensuite un peu pour réapparaitre au 16ème siècle, quand les bains sont abandonnés au profit des ablutions à l’eau parfumée comme celle de la reine de Hongrie.

Selon la légende, un ermite l’aurait offert à la reine de Hongrie, âgée à l’époque de 72 ans. Celle-ci utilisa l’eau-miracle pendant un an et, atteinte des maux de la vieillesse, elle recouvra alors sa santé, sa forme et la beauté de ses vingt ans. Une histoire prodigieuse dont l’on trouve une trace écrite. La réalité serait donc finalement moins miraculeuse puisqu’il pourrait s’agir du premier « coup marketing » de l’histoire. Les parfumeurs de Montpellier auraient inventé l’histoire de toutes pièces pour susciter la curiosité et la convoitise de leurs clients et introduire ainsi l’eau de la Reine de Hongrie à la cour de Louis XIV !Très appréciée à la cour de Versailles, elle fait alors l’objet de modifications. On lui ajoute notamment de la lavande et de la marjolaine. L’opération marketing des parfumeurs de Montpellier étant un succès, elle est alors vendue par le médecin de Louis XIV pour ses propriétés revitalisantes, esthétiques et thérapeutiques : elle redonne force et beauté et soigne aussi des maux divers comme la jaunisse, les douleurs abdominales ou encore les rhumatismes et les palpitations cardiaques. Madame de Maintenon [...] fit de cette eau son produit favori. .[...]"

Cette "eau de la reine de Hongrie" était donc un produit très à la mode au XVIIIe siècle. La reine de Hongrie à laquelle fait référence l'appellation de cette  est semble-t-il Élisabeth de Pologne (1305-1380), reine de Hongrie par son mariage le 6 juillet 1320 avec Charles Robert de Hongrie (roi de Hongrie de 1308 à 1342). Elle était la mère de Louis Ier de Hongrie (roi de Hongrie de 1342 à 1382 et roi de Pologne de 1370 à 1382). Ce serait donc elle qui serait à l'origine de la mise au point de l'eau de la reine de Hongrie vers 1370. 

dimanche 19 avril 2026

MMDCCCXCVI : Les statues de l'Hôtel de Ville : Série sur les Villes de France (30e volet) : Nantes par Charles-Auguste Lebourg

 

Voici le 30e (et dernier) volet de la série consacrée aux statues des villes de France sur la façade de l'Hôtel de Ville de Paris. La statue représentant la ville de Nantes est située dans la partie Nord-Ouest de la façade principale :

La statue de Nantes est la 8e en partant de la gauche ou la 1ère en partant de la droite ( ce qui la rend peu visible car elle est très souvent dans l'ombre) :

Peu d'éléments permettent de reconnaître la ville de Nantes. Elle tient peut-être les armoiries de la ville de la main gauche mais comme elle est située le long d'une paroi on ne peut voir si c'est bien le cas :

Cette statue de Nantes a été faite par un sculpteur qui était originaire de cette ville : Charles-Auguste Lebourg qui y était né le 31 janvier 1829. 

 Il est resté célèbre pour avoir sculpté les nymphes qui ornent les les fontaines Wallace offertes à la ville de Paris par le financier britannique Richard Wallace pour approvisionner en eau les habitants :

On doit aussi à cet artiste des caryathides qui ornent les façades de plusieurs immeubles parisiens, notamment celui du 18, rue de Châteaudun dans le 9e arrondissement (voir cet article du 12 juin 2009).

Charles-Auguste Lebourg est mort dans le 17e arrondissement de Paris le 24 février 1906. Il est enterré au cimetière de la Miséricorde à Nantes. 

Cet article clôt la série, commencée le 18 juillet 2022, consacrée aux statues de villes de France représentées sur l'Hôtel de Ville de Paris. 

jeudi 16 avril 2026

MMDCCCXCV: La nef de Paris dans Paris centre : la nef du fanion des trompettistes de la Garde Républicaine

 

Lors des vœux du maire de Paris Centre, le 17 janvier dernier, la Garde républicaine a donné un concert pour accueillir les convives. 


 

Cela m'a donné de faire cet article pour continuer la série sur la nef de Paris dans Paris Centre (puisqu'une des principales casernes de la Garde est située boulevard Henri IV dans le 4e arrondissement). En effet, les fanions des trompettes sont splendides : 

La nef est accompagnée des trois décorations reçues par la ville de Paris : la légion d'Honneur, la Croix de Guerre et l'Ordre de la Libération :

Le travail de broderie pour la réalisation de ces fanions est superbe :