Ces cariatides sont d'une sculpteur Aimé Millet. J'ai déjà évoqué ce sculpteur car on lui doit la statue de Louvois dans la cour du Louvre (voir article du 29 janvier 2026). Elles datent de 1864 et elles avaient été commandées par l'architecte Henri Blondel (né à Reims le 20 janvier 1821 et mort dans le 16e arrondissement de Paris le 14 septembre 1897).
Les cariatides d'Aimé Millet sont vraiment très belles.
Elles dévoilent chacune un sein :Leur visage est impassible et d'une grande sérénité :
En faisant des recherches sur cette façade, j'ai été surpris d'apprendre que le bas-relief situé au 1er étage dans l'axe du portail d'entrée représenterait une des plus grandes peintres françaises : Berthe Morisot :Cela m'a paru surprenant, mais après enquête (j'ai consulté un ouvrage écrit par Henri Dumesnil, Aimé Millet, souvenirs intimes,écrit en 1894 à la mort du sculpteur) et j'ai appris qu'effectivement Aimé Millet avait été régulièrement invité au salon que tenait Cornélie Morisot (1819-1876), la mère de Berthe Morisot et surtout que cet artiste avait accepté de prendre parmi ses élèves Berthe Morisot (née en 1841, elle avait 23 ans en 1864). La jeune femme n'était pas encore connue (sa carrière de peintre ne commence vraiment que dans les années 1870) mais il est donc plausible que ce soit bien elle qui apparaisse dans ce médaillon :
Cependant, en regardant de près la photo que j'avais prise pour illustrer cet article, je me suis rendu compte qu'un nom apparaissait dans la partie supérieure du médaillon :On peut ainsi lire "Poymnie". Il s'agit d'une des neuf muses (auxquelles j'ai déjà consacré deux articles, un à propos de la chambre des Muses de l'Hôtel Lambert et un autre à propos du 61/63, rue Réaumur). En retournant sur place, je me suis rendu compte que les médaillons situés au 1er étage représentaient l'ensemble des neuf muses : cinq sur la façade qui donne sur le 14, quai de la Mégisserie et quatre autre dans la partie en retour dans la rue Bertin-Poirée :
et voici les neuf médaillons correspondant :Voici en détail chacune de ces muses. En partant de la gauche, sur la façade du 14, quai de la Mégisserie on peut d'abord voir Erato, la muse de la poésie lyrique :
puis Polymnie, la muse de la rhétorique et de l'éloquence (avec les traits semble-t-il donc de Berthe Morisot) :
puis Calliopé, la muse de la poésie :
puis Clio, la muse de l'histoire :
puis Thalie, la muse de la comédie :dans la partie de la façade donnant rue Bertin-Poirée, on peut voir toujours de gauche à droite :
- Terpsichore, la muse de la muse de la danse :
- puis Euterpe, la muse de la musique :
- puis Uranie, la muse de l'astronomie :
et enfin Melpomène, la déesse du chant et de la tragédie :
Il est intéressant de noter que dans la partie droite de la façade donnant rue Bertin-Poirée, on trouve encore deux figures féminines dans des médaillons mais elles ne représentent pas de personnage particulier. Aucun nom n'est écrit au-dessus :Il s'agit certainement d'une volonté d'équilibrer le décor de la façade.
On peut noter un dernier détail intéressant. La façade quai de la Mégisserie et rue Bertin-Poirée est rythmée par des pilastres qui vont du 2e au 3e étage avec des chapiteaux ioniques :
et dans l'axe on peut voir des lions :
Ce décor apparaît sur toute la longueur du pâté de maisons, ce qui donne une grande harmonie à l'ensemble :Cependant, les deux cariatides et les muses décorent que la partie droite de cet ensemble.
On peut pour finir se demander pourquoi Aimé Millet a représenté les neuf muses sur la façade de cet immeuble. Il est en tout cas intéressant de rappeler que quelques années plus tard, en 1868, c'est lui qui a conçu la monumentale statue d'Apollon élevant une lyre au-dessus de l'Opéra Garnier. Apollon, le dieu des arts auquel les neuf muses étaient associées.
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