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mardi 14 juillet 2026

MMCMXX : 14 juillet 1944 : il y a 82 ans aujourd'hui, Yves Toudic était assassiné par les Brigades spéciales.

 

Rue Meslay, à l'extrémité Est, côté pair, on peut voir une plaque qui m'a donné l'envie d'en savoir plus. Elle concerne Yves Toudic, Secrétaire général du Comité Régional du Bâtiment, assassiné par la Brigade spéciale.

Le site Maitron contiient une page complète concernant celui qui a été assassiné en ce 14 juillet 1944. Yves Marie Toudic était né le 25 mars 1901 à Plourac dans les Côtes-d'Armor. Il était fils de laboureur. Installé en Île-de-France, à Versailles, il est candidat du parti communiste aux élections municipales et cantonales. Militant à la CGTU, puis après la réunification à a CGT, il était responsable de la fédération du bâtiment. 

Il a participé à l'organisation de la journée du 14 juillet 1944 lors de laquelle, plus d'un mois après le débarquement allié en Normandie le 6 juillet 1944, la résistance incita les Français à se réunir et à hisser le drapeau tricolore dans tous les endroits possibles. Voici par exemple, un appel lancé dans un journal clandestin :

Des tracts avaient été distribués dans toute la France pour inciter la population à participer à ce mouvement de résistance :

Les Brigades spéciales mentionnées sur la plaque avaient été créées en 1941 à l'initiative du ministre de l'Intérieur du gouvernement de Vichy Pierre Pucheu pour poursuivre les résistants et en particulier les communistes.

J'ai cherché dans les registres de l'état civil l'acte de décès d'Yves Toudic. Après avoir cherché dans les registres du 3e arrondissement (où est situé la rue Meslay), je me suis rendu compte qu'il fallait chercher dans ceux du 10e arrondissement.  Cela permet d'apprendre qu'il est mort le soir du 14 juillet 1944 à l'Hôpital Saint-Louis (Place du docteur Alfred Fournier) dans le 10e arrondissement à 19h du soir.

L'Etat civil a porté en marge la mention "Mort pour la France", le 27 septembre 1947. Avant cela, une rue du 10e arrondissement, par un décret du 8 juin 1946, avait déjà pris le nom de rue Yves Toudic.

dimanche 1 juin 2025

MMDCCCVII : Exposition sur les grilles du square de l'Île-de-France : De la découverte des camps à la commémoration

 

A l'occasion du 80e anniversaire de la libération des camps une exposition très intéressante se tient sur les grilles du Jardin de l'Île-de-France où se situe le Mémorial du martyr de la Déportation.

Chaque panneau - il y en a une dizaine - comporte une photographie avec un commentaire très bien documenté, en français et en anglais, concernant la libération des camps à partir du début de l'année 1945, le retour des survivants puis la commémoration. Certains sont particulièrement terribles et j'ai choisi de ne pas les présenter dans cet article.

J'ai préféré celui-ci qui concerne le retour en France. J'ai trouvé assez étonnant que les Déportés soient provisoirement logés dans le Vel'd'hiv'. Quand on pense que c'est dans ce lieu qu'une partie des Juifs arrêtés lors de la rafle du mois de Juillet 1942, on se dit à quel point cette période a été remplie de paradoxe. Lieu de l'enfer, cet endroit était redevenu en 1945, celui où certains ont pu retrouver l'espoir de continuer leur vie.

Une exposition qui rappelle - sans vouloir faire de mauvaise polémique - que l'autre intérêt de délimiter les squares par des grilles, cela permet de faire de celles-ci des lieux parfaits pour faire des exposition grand format accessible à toutes et tous.


 



dimanche 26 janvier 2025

MMDCCLXXVI : Exposition " Comment les nazis ont photographié leurs crimes - Auschwitz- 1944"


 Je consacre assez régulièrement des articles aux expositions du Mémorial de la Shoah*. Alors que le 27 janvier, nous allons célébrer le 80e anniversaire de la libération d'Auschwitz, une nouvelle exposition s'y tient depuis le 23 janvier. Le jour de son ouverture au public, j'ai eu la chance de pouvoir assister à une visite guidée par l'historien Tal Bruttmann, commissaire de l'exposition. Il a pu présenter ses recherches relatives à un album photo retrouvé à Auschwitz en 1945 et qui montre l'organisation de la déportation des Juifs de Hongrie à l'été 1944. "Comment les nazis ont photographié leurs crimes - Auschwitz  1944 "permet de comprendre les prises de vue qui demandent un  énorme effort énorme d'observation et de mise en contexte pour bien les interpréter.

L'historien Tall Bruttmann le 23 janvier dernier

Cette exposition est à voir tout particulièrement par les professeurs d'histoire-géographie de collège qui ont pu être interpelés par la photo utilisée dans le sujet du brevet des collèges en 2024.

L'impressionnant travail de Tal Bruttmann permet de comprendre les 117 photographies présentées dans cet album qui est une source documentaire essentielle pour comprendre la Shoah, à condition d'en avoir les clés. L'exposition permet aussi de s'intéresser en contrepoint, aux trois photographies que des prisonniers ont réussi à prendre clandestinement pour témoigner.


*Articles précédents sur les expositions du Mémorial de la Shoah :

- Exposition Dessiner l'impensable. La rafle du Vel d'hiv par Cabu (article 2 août 2022)

- Exposition Riss, Le procès Papn (article du 6 décembre 2023)

- Exposition Les jeux olympiques, miroir des sociétés (article du 7 juillet 2024)

lundi 11 novembre 2024

MMDCCLIX : La sous-station électrique Bastille, un édifice construit par un architecte mort à 66 ans sur le front de la Première Guerre mondiale

 

Dans l'espace situé entre le boulevard Bourdon à l'Est, la rue de l'Arsenal à l'Ouest et la rue de la Cerisaie au Nord, on peut voir une très belle construction.

Cet édifice de style néo-roman a été édifié en 1911. Il s'agit d'une sous-station électrique destiné à alimenter le métro parisien en courant continu à basse tension. Cet édifice a vocation donc industrielle à l'aspect d'un château fort avec ses tourelles d'angles. La verrière centrale que l'on peut voir à la fois sur la face de la rue de l'Arsenal et celle du boulevard Bourdon.

Le panneau informatif situé boulevard Bourdin permet d'apprendre le nom de l'architecte : il s'agit de Paul-Emile Friesé (ou Friésé) :

Ce personnage est très intéressant car il a été l'architecte de nombreux édifices comme en 1889 la tour des silos à grain des grands moulins de Corbeil. A partir de 1890, il collabore avec Auguste Lalance (1830-1920) pour la construction de nombreuses usines électriques.

Né à Strasbourg le 12 avril 1851, il a choisi la France quand en 1871 l'Alsace a été annexée par l'Allemagne. En 1914, il s'est engagé -alors qu'il avait 63 ans- dans l'armée comme officier de liaison afin de mettre à disposition de l'armée françaises sa parfaite maîtrise de la langue allemande. Il est mort le 21 avril 1917 dans un hôpital militaire après être aller voir son fils Jean-Paul sur le front peu après le début de l'offensive du Chemin des Dames (le 16 avril 1917).

On peut retrouver la fiche qui indique son décès sur le site Mémoire des Hommes :

et la retranscription du décès dans les registres de l'état civil du 16e arrondissement avec le nom des infirmiers qui ont témoigné de son décès :

Pour en savoir plus sur Paul-Emile Friésé : site de la Cité de l'architecture.


mardi 22 août 2023

MMDCXIV : Hommage à René Laboudance, un parisien du 11e arrondissement mort lors de la Libération de Paris... le 22 août 1944

 

A l'époque où il y avait une mairie dans le 4e arrondissement (donc jusqu'en juillet 2020), un circuit assez rituel conduisait en cortège les participants aux commémorations devant des plaques et des lieux de Mémoire relatifs à la Libération de  Paris. Avant de rentrer dans la cour de la mairie il s'achevait immanquablement par un arrêt devant la plaque en l'honneur de René Laboudance :

 On y lit que René Laboudance était de la Garde Républicaine et qu'il a été "blessé mortellement pour la libération du territoire le 28 août 1944". Les combats ayant cessé le 26 août 1944, je me suis demandé comment René Laboudance pouvait avoir été blessé mortellement le 28 août. Or, sur le site "Musée de la Résistance en ligne", j'ai trouvé l'information suivante :

Il est ici écrit que René Laboudance a été blessé mortellement place Baudoyer le 22 août 1944. Il faisait partie des membres de la Garde Républicaine qui aasvait pris l'Hôtel de Ville et combattait l'armée allemande qui essayait de reprendre le bâtiment. Pour avoir une information fiable à ce sujet, j'ai demandé à @Stefdesvosges de consulter le registre des décès :

On y lit que René Laboudance était né le 19 février 1912 dans le 11e arrondissement. Il avait donc 32 ans en août 1944. Il est mort le 22 août 1944 au 1 place du Parvis, c'est-à-dire qu'une fois blessé, il avait été transporté à l'Hôtel Dieu. L'acte de décès a été enregistré dès le 23 août 1944. Il y a donc un erreur de 6 jours sur la plaque située rue de Rivoli sur le mur de la mairie du 4e arrondissement. René Laboudance est donc bien mort avant l'armistice du 26 août.

La date de décès du 22 août a été reportée sur l'acte de naissance de René Laboudance à la mairie du 11e arrondissement. On y apprend que ses parents habitaient en 1912 au 61 rue du Chemin Vert et que son père était facteur :

L'acte de décès évoque la veuve de René Laboudance, Paulette Suret. On apprend en marge de son acte de naissance qu'ils se sont mariés le 19 janvier 1935 à la mairie du 11e arrondissement. A cette époque, René Laboudance qui était âgé de 22 ans habitait avec son père rue Félix Voisin (un peu plus à l'Est du 11e arrondissement que son lieu de naissance). A cette époque, il n'était pas garde républicain puisqu'il est indiqué qu'il exerçait la profession de livreur :


Je me suis demandé quel avait été le destin de sa femme Paulette Suret, alors qu'elle avait  perdu son mari en août 1944. Je m'était imaginé que peut-être elle lui avait survécu longtemps mais tel n'a pas été le cas. @Stefdesvosges a aussi retrouvé son acte de décès : 

Elle est morte le 29 novembre 1948 à Soisy-Bouy (Seine-et-Marne). Née le 16 janvier 1920 à Noisy-le-Sec (actuelle Seine-Saint-Denis), elle n'avait que 28 ans. Elle était donc âgée de 24 ans en août 1944 quand son mari René Laboudance a été mortellement blessé.  

Cela explique certainement que personne de la famille de René Laboudance ne se soit interrogé sur l'erreur de date sur la plaque quand elle a été posée puisqu'elle mentionne comme date de décès le 28 août et non pas le 22 août. Cela nous rappelle le fait que le travail d'historien doit sans cesse conduire à revenir aux archives écrites pour vérifier les informations.

Post Scriptum du 26 août 2023 : @Stefdesvosges a photographié la tombe de René Laboudance dans le carré militaire du cimetière deThiais. La date indiquée est bien celle du 22 août 1944 :



samedi 22 avril 2023

MMDLXVII : Un monument de Paris Centre en l'honneur de la guerre de Crimée

Au centre du square Emile Chautemps, situé dans le 3e arrondissement, entre Conservatoire National des Arts et Métiers et le boulevard Sébastopol, on peut voir ce monument qui est un peu oublié avec ce socle surmonté d'une colonne. Il est intéressant de le regarder de près car sur son socle on peut voir des noms en rapport avec un espace géographique qui aujourd'hui est un "point chaud" de l'actualité :

Les noms de quatre lieux et les dates qui correspondent sont indiqués avec dans l'ordre chronologique :

- 1854, Alma, 20 septembre (face Sud)

-1854, Inkerman, 5 novembre (face Est)

-1855, Tchernaia, 16 août (face Nord) :

 
- 1855, Sébastopol, 8 Septembre (face Ouest) :

Cette dernière date permet de comprendre que ce monument est en rapport avec le boulevard qui le longe à l'Ouest, le boulevard Sébastopol et de comprendre qu'il s'agit d'une évocation de la guerre de Crimée de 1854-1855 dans laquelle la France, alliée avec l'Empire Ottoman, le Royaume Uni et le royaume de Sardaigne combattait l'Empire de Russie.

Cela m'a donné envie de me replonger dans mon vieux Malet et Grillet consacré au XIXe siècle pour bien localiser les lieux évoquer sur ce monument. Voici tout d'abord une carte de la Crimée avec la localisation de Sébastopol, où on trouvait une importante base de la flotte russe :


 Voici ce qu'on peut y lire :

"La guerre dura deux ans (mars 1854-mars 1856). [...]. Du 16 au 19 septembre 1854, à Eupatoria 21 000 Anglais, 30 000 Français, 6 000 Turcs, soit 57 000 hommes, plusieurs milliers de chevaux ; 126 canons de campagne, 125 pièces de ligne, [...]. C'était le prélude au siège le plus prodigieux de l'histoire. Il dura onze mois (9 octobre 1854- 8 septembre 1855)., coûta la vie de 200 000 hommes aux Russes qui déployèrent les plus rares vertus militaires, plus de 100 000 aux Alliés, - 22 000 Anglais, 80 000 Français- dont plus de 13 000 tués au feu, et près de 90 000 morts du typhus ou victimes de l'Hiver russe".

A propos de la bataille de l'Alma voici ce qu'on peut lire :

" A peine débarqués, les Alliés trouvèrent devant eux, leur barrant l'accès du plateau du Chéronèse où s'élève Sébastopol; 40 000 Russes, que Menchikof, leur commandant, avait établis sur une ligne des hauteurs couvertes par la rivière de l'Alma. L'audace des Zouaves du général Bousquet, qui après avoir franchi la rivière à son embouchure, escaladèrent à l'extrémité gauche ennemie des escarpements jugés par les Russes inaccessibles, donna la victoire aux alliés et leur ouvrit la route de Sébastopol (20 septembre)".

J'ai inséré sur le plan ci-dessous un "1" pour indiquer le lieu de débarquement (Eupatoria), un "2" pour la localisation de l'embouchure de la rivière Alma où a eu lieu la bataille du 20 septembre 1854 et un "3" pour la localisation de Sébastopol.

La date suivante, la bataille d'Inkermann du 5 novembre 1854 concerne une tentative russe d'attaquer les positions alliées sur un plateau situé juste à l'Est de Sébastopol mais ce solda par un échec :

"A Inkerman [...], l'armée anglaise surprise à l'aube, dans le brouillard, par les Russes montant des ravins, eut été écrasée si son héroïque ténacité n'eut été facilité par l'entrée en ligne des français, qui a onze heures, rejetèrent l'armée russe en bas des crêtes, elle avait perdu 12 000 hommes sur les 36 000 engagés".

Voici sur la carte ci-dessous la localisation de ce plateau. Il est entouré et représenté par un "4" :

Le 3e lieu mentionné sur ce socle "Tchernaia" est le moins connu. La bataille est en effet aussi appelée celle du pont de Traktir". Il s'agit d'un point de passage sur la rivière Tchernaïa. Le voici représenté sur la carte ci-dessous. Le "4" indique à nouveau le plateau d'Inkermann et le 5 le pont de Traktir :

Voici une gravure qui montre l'aspect qu'avait ce pont sur la rivière Tchernaia :

Lors de cette bataille, les troupes russes menées par le Prince Gortchakov essayèrent de prendre les positions tenues par l'armée franco-sarde dirigée le général Pélissier. Malgré leur bravoure, les soldats russes furent repoussés. La Russie perdit plus de 3000 soldats et les alliées environ 1250.

La bataille décisive eut lieu en septembre pour la prise du fort de Malakoff qui dominait la rade de Sébastopol "Le samedi 8 septembre, après trois de "bombardement infernal", 800 pièces ayant dans la dernière journée lancé 70 000 projectiles sur la place, à midi, l'assaut fut donné à toutes les défenses par 50 000 hommes. Il fut partout repoussé et les Anglais subirent des pertes terribles au Grand Redan. Mais Malakoff fut en vingt-cinq minutes enlevé par la division de Mac-Mahon. Les retours offensifs des Russes, renouvelés désespérément pendant quatre heures, ne parvinrent pas à l'en déloger. Malakoff prit, Sébastopol ne pouvait se défendre; les Russes l'évacuèrent dans la nuit, après avoir fait sauter les bastions et incendié tous les navires de la rade. Cette dernière journée leur coûtait 13 000 hommes; elle en coûtait 10 000 aux Alliés".

Voici sur la carte ci-dessous, indiqué par le "6" la localisation du fort de Malakoff :


 On peut aussi voir sa localisation sur la gravure ci-dessous :


Le tsar Nicolas Ier qui était considéré comme responsable de ce conflit en raison de son attitude agressive envers l'Empire Ottoman était mort le 2 mars 1855 (déprimé dit-on par les défaites). Son fils et successeur Alexandre II demanda la paix. Un congrès fut organisé à Paris du 15 février au 30 mars 1856. Le traité de Paris permit de neutraliser la Mer noire.

En 1856, l'armée française victorieuse défila à Paris comme le montre cette gravure d'après une aquarelle d'Hippolyte Bellangé :

Le monument comporte une colonne : 

Elle était surmontée jusqu'en 1942 par une statue représentant la Victoire, une oeuvre de Gustave Crauk qui a été fondue pour l'effort de guerre de l'Allemagne lorsqu'elle occupait la France.

Le square avait été inauguré en 1858.

mardi 2 août 2022

MMCDLXII : Dessiner l'impensable : Exposition des dessins de la Rafle du Vel d'hiv par Cabu au Mémorial de la Shoah

 

La Rafle du Vel d'Hiv fait partie de ces événements du passé que l'on a du mal à s'imaginer tant ils semblent impensables. Comment une administration française en est venue à planifier, à organiser et à exécuter l'arrestation de milliers de juifs, hommes, femmes, enfants en deux jours les 16 et 17 juillet 1942 puis à participer à leur déportation vers les camps en Allemagne ?

Cela est d'autant plus difficile à se représenter qu'à part une photo montrant des bus, il ne reste pas de documents iconographiques qui permettent d'avoir un témoignage de l'horreur.

Or, en 1967, les éditions Robert Laffont publièrent un ouvrage de Claude Lévy et Paul Tillard intitulé "La Grande Rafle du Vel d'Hiv"* :

Le magazine Candide décida -comme cela se faisait fréquemment dans les hebdomadaires de l'époque- de publier les "meilleures" pages de ce livre (Candide ciblait le grand public avec des titres parfois racoleurs). Pour donner un peu de plus d'attractivité aux récits contenus dans ces extraits du livre, un jeune dessinateur, Cabu, (alors âgé de 29 ans), fut chargé de les illustrer. Né en 1938, il ne pouvait bien sûr avoir aucun souvenir personnel de cette rafle mais il a réussi à rendre par ses dessins l'horreur de ce qui s'est produit en France pendant cet été 1942. Cabu a lui-même été assassiné en janvier 2016 lors des attentats de Charles Hebdo et la compagne de l'artiste a proposé au Mémorial de présenter les originaux de ces dessins (que l'on peut voir dans des vitrines). Des reproductions murales permettent de les voir en grand format. Ce ne sont donc pas des témoignages d'époque mais ils sont d'une telle force qu'ils sont un moyen de prendre conscience des faits.

Voici une sélection :

- les arrestations :


- le Vel d'hiv :


- la déportation :



Ce dernier dessin représente le départ du convoi principalement composé de femmes depuis le camp de Pithiviers le 3 août 1942 à 6h45. 1034 juifs dont une très grande majorité de femmes (974) ont été déportées dans ce convoi. Dès leur arrivée à Auschwitz, 564 déportés ont été assassinés dans les chambres à gaz. Seules 4 femmes et un homme ont survécu. (Pour plus d'information voir ce site).

La présentation permet aussi de rappeler les principaux faits concernant l'organisation de la rafle. Ce blog mettant la focale sur les quatre arrondissements de Paris Centre, mon attention a été attirée par l'ampleur des moyens déployés dans les 3e et 4e arrondissement par la police française à cette occasion comme cela est montré dans ce tableau :

Cette exposition est située au 3e étage du Mémorial de la Shoah. Elle est à voir avant le 5 novembre 2022.

* En ce moment, je lis les Mémoires de Jean-François Revel (Robert Laffont, 2018). On peut lire dans un chapitre qui concerne le regard porté sur la période de l'Occupation dans les années 1970/1980 ce passage qui évoque ce livre : "En 1967, avait paru chez Robert Laffont le premier livre complet sur ce moment de l'holocauste : La Grande Rafle du Vel d'Hiv, de Claude Lévy et Paul Tillard. Tout y était, y compris les noms des criminels, notamment celui de Bousquet, dont on feignit cependant de découvrir vingt ans plus tard le rôle [...]. Bien qu'il ouvrit une plaie encore récente, le livre de Lévy et Tillard en 1967, n'émut pas grand monde. Il passa même presque inaperçu. [...] J'en avais rédigé un compte rendu pour l'Express du 8 mai 1967".(pages 621-622)