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mercredi 8 juillet 2026

MMCMXVII : Réouverture des jardins des Archives Nationales : sur les traces de quatre hôtels particuliers et d'une rue disparue

Depuis le 6 juin 2026, le Cœur de Paris a retrouvé un havre de paix végétal : les jardins des Archives Nationales. En raison d'un réaménagement, ce vaste espace vert de 10 000m² avait été fermé au public depuis six ans.

Pour accéder à ce petit paradis situé un peu à l'écart des flux touristiques, on peut passer par la cour principale de l'hôtel de Soubise et prendre au fond à droite pour trouver l'entrée de ce jardin* :


 On accède alors à une "ruelle" qui permet de relier différents espaces de verdure :

Tout au fond à gauche, ou au Nord-Est, on peut découvrir le du jardin de l'Hôtel de Rohan 

On peut y profiter de perspectives géométriques qui sont cependant atténuées par des arbres plantés de manière irrégulière dans la pelouse.

En revenant sur ces pas, on arrive tout d'abord au jardin de l'hôtel de Jaucourt :

C'est dans ce vaste ensemble, celui qui est le moins ombragé et le plus dominé par la minéralité des façades :


 En revenant vers l'ouest, on arrive à la façade d'un hôtel à l'ambiance beaucoup plus dans le goût baroque, ou rococo en raison, de sa façade très décorée, l'hôtel de Fontenay-Claustrier :


Puis on arrive à l'arrière de l'hôtel de Breteuil qui jouxte un autre à la façade plus basse, l'hôtel d"Assy :


On y trouve un jardin à l'atmosphère beaucoup plus intimiste :


Sur une maquette présentée aux Archives nationales, on se rend mieux compte de la disposition des hôtels particuliers qui sont réunis par ces jardins de nouveaux accessibles depuis début juin :


 Sur un plan Turgot des années 1730, on se rend compte que ces différents hôtels étaient séparées par une rue - aujourd'hui donc disparue- : la rue de Soubise :

1 : Hôtel Soubise / 2 : Hôtel de Rohan / 3: Hôtel d'Assy / 4 : Hôtel de Breteuil et: Hôtel de Fontenay/Claustier / 5 : Hôtel de Jaucourt

 On peut encore voir l"emplacement de cette rue au travers des portes qui vont jusqu'à la rue Vieille-du-Temple :

 

Un petit paradis à découvrir ou à redécouvrir au plus vite si vous ne l'avez pas déjà fait ! 


* Il existe une autre entrée par la rue des Quatre-fils et d'ici quelques temps, l'accès par la rue Vieille-du-Temple devrait aussi être ouvert.
 

lundi 22 juin 2026

MMCMXIII : Exposition "La Fayette. Entre France et Amérique. Réalité et légende" aux Archives Nationales

 

Depuis le 1er avril, et jusqu'au 14 juillet 2026, une exposition très intéressante est présentée aux Archives Nationales (Paris 3e). Elle concerne un personnage historique qui - à mes yeux - est un peu oublié alors qu'il a joué un rôle capitale à plusieurs reprises à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle : le marquis de La Fayette. (J'ai déjà consacré en 2023 un article à propos du lieu où s'est marié Gilbert Mottier de La Fayette (voir article paru le 23 mai 2023).)

L'exposition commence comme le laisse entendre son titre "Entre France et Amérique", par rappeler le rôle capitale pris par La Fayette pendant la Guerre d'indépendance des Etats-Unis de 1776 à 1783. Mais fort heureusement, elle ne réduit pas le personnage à ce seul rôle. Elle insiste sur le rôle central qu'il a joué pendant la Révolution française de 1789 à 1792, mais aussi son implication dans la Franc-Maçonnerie, son voyage triomphal aux Etats-Unis de 1824/1825, son implication dans la révolution de Juillet et pour finir (ce dont je n'avais jamais pas connaissance) son soutien aux insurgés polonais contre la Russie en 1831.

L'exposition présente un nombre impressionnant de documents, certains présentés pour la première fois, grâce aux prêts de la fondation Josée et René de Chambrun (les descendants de la La Fayette). Voici une petite sélection de trois d'entre eux mais le mieux est bien sûr d'aller visiter l'exposition au Palais Soubise (avant le 15 juillet).

Témoignage de Lafayette daté de 1784 attestant les services de l'espion afro-américain James lors de la bataille de Yorktown

La bénédiction des drapeaux de la Garde Nationale à Notre-Dame de Paris le 28 septembre 1789 (aquarelle de 1792 par Jean-Pierre Houel)

Le général La Fayette recevant des donc au profit des braves polonais.


mardi 3 mars 2026

MMDCCCLXXIX : Les façades de Paris Centre : 2 et 4, rue Rambuteau, un immeuble aux dizaines têtes, dans le plus pur style Rambuteau


 Aux 2 et 4, rue Rambuteau, (Paris 3e), à l'angle avec la rue des Archives, on trouve un immeuble dont la façade m'a intrigué depuis de très nombreuses années. Elle comporte un nombre impressionnant de têtes :

On peut les voir dans les angles, au dessus de chacune des fenêtres :

 

On trouve aussi ces têtes dans le décor des portails d'entrée du 2 :



et du 4; :

On en trouve en tout, paraît-il, 84. Voici vingt d'entre elles :

Ces têtes et le décor de l'immeuble sont dans un style néo-Renaissance, typique des immeubles construits sous le règne de Louis-Philippe (1830-1848), à l'époque où Rambuteau était préfet de la Seine (de 1833 à 1848). C'est d'ailleurs lui qui a fait percer, en 1839, la rue Rambuteau qui relie la rue des Francs-Bourgeois aux Halles. 

Un élément m'a intrigué. On peut voir des "P", au dessus des fenêtres, entre les têtes des personnages :


 Cela m'a donc conduit à vouloir en savoir plus. Or, un résident de l'immeuble m'a gentiment donné des informations capitales (et qui sont affichée dans le hall) de l'immeuble. On y apprend que la ville avait revendu à Jacques Nicolas Piollet, un entrepreneur en bâtiment qui, en 1842, est à l'origine de la construction des 2 et 4, rue Rambuteau. Né le 7 mai 1801 à Paris (baptisé à l'église Saint-Merri dans le 4e), il est mort à Genève en Suisse le 22 août 1880 (merci à @stefdesvoges d'avoir retrouvé son acte de décès) :

 Grace à X, j'ai aussi reçu par Franck Tomi (@Perseis13), l'acte original de décès dans les registes de Genève :

L'escalier du 4, rue Rambuteau est toujours dans son état des années 1840. La Commission du Vieux Paris dans sa séance du 7 octobre 2003 avait émis un avis défavorable au projet d'installation d'un ascenseur dans la partie centrale. C'est pourquoi, il a conservé sa rampe et ses barreaux d'origine :

Les archives de la ville de Paris possède une intéressante photographie prise par Charles Joseph Antoine Lansiaux de l'immeuble prise en 1916 :


 On peut voir qu'on y trouvait une agence bancaire, le Comptoir National d'Escompte de Paris.  On reconnaît, dans la vitrine, deux affiches très célèbres des emprunts de guerre :


 A gauche, celle pour le 1er emprunt de guerre lancé en novembre 1915 avec pour slogan "L'or combat pour la victoire" :

et celle du 2e emprunt de guerre d'octobre 1916 "On les aura !" :

En conclusion, quand vous passez à l'angle de la rue des Archives et de la rue Rambuteau, n'oubliez pas de tourner la tête pour regarder cet immeuble !

lundi 1 décembre 2025

MMDCCCLII : Les façades de Paris Centre : le 40, rue des Blancs-Manteaux et son ancienne coutellerie primée à l'exposition universelle de 1889

 

Au 40, rue des Francs Bourgeois (Paris 4e), on trouve une façade qui comporte des décors intéressants et qui posent question sur leurs origines. J'ai essayé de trouver des réponses mais elles sont incomplètes et appellent à de plus amples investigations.

Tout d'abord, on ne peut qu'être frappé par l'élégance du portail :

On peut voir deux céramiques en plâtre à gauche et à droite :

Ce décor néo-classique rappelle celui qui ornait la cour Batave dont on peut voir quelques vestiges rue Saint-Denis.(voir article du 7 janvier 2023). Tout laisse à penser qu'il s'agit donc d'une façade de l'extrême fin du XVIIIe siècle ou du début du XIXe siècle. Il semble qu'il s'agit de la parcelle qui apparaît à l'époque au 44, dans le plan cadastre Vasserot des années 1815/1820 :


 

Le décor, avec les deux céramiques, peut laisser penser qu'on a trouvé à cet endroit un commerce de poterie ou d'antiquités mais je n'ai trouvé aucune information à ce sujet. La façade a en tout cas connu quelques transformations depuis le plan Vasserot comme la partie en retrait à gauche du portail :


 Le portail et la partie droite de la façade comportent un décor qui est lui aussi très intéressant :

On peut voir deux types de médailles en plâtre :

Il s'agit alternativement de ces deux-ci :

On reconnaît les médailles décernées pour l'exposition universelle de 1889 :


 La question est de savoir quel commerce a reçu une médaille à l'Exposition universelle de 1889. J'ai consulté un registre de commerce parisien de cette année. J'ai trouvé dans la liste suivante une coutellerie, "J. Oradour" qui a retenu mon attention :

Cette coutellerie parisienne semble avoir eu une certaine renommée. Elle est mentionné dans un ouvrage consacré à la coutellerie en France paru en 1897 :


 En outre, j'ai trouvé une annonce (dont la page semble avoir disparu mais sont j'avais sauvegardé des photographies) de ciseaux de drapiers vendus par la coutellerie Oradour, rue des Blancs Manteaux :


Après encore plus d'investigation, j'ai trouvé la preuve que mon hypothèse était exacte dans le catalogue de l'Exposition universelle de 1900 :


 On y lit que la maison J. Oradour a reçu en 1889 la médaille de bronze de l'exposition universelle mais qu'en 1900, la coutellerie a été reprise par l'entreprise L. Rottier qui est toujours au 40, rue des Blancs-Manteaux. J'ai retrouvé par hasard dans le journal Le morvandiau de Paris du 1er mars 1935 une annonce qui montre que la coutellerie du 40, rue des Blancs Manteaux existait toujours juste avant la Seconde Guerre mondiale :

On trouve le même genre de copies de médailles décernées à des commerces, lors des expositions universelles (voir par exemple l'article du 24 février 2022 à propos du 54, rue de Cléry).