mardi 10 mars 2026

MMDCCCLXXX : Au 3, rue Castex, l'évocation du sort tragique d'une des nombreuses victimes de la Shoah

 


Le 3, rue Castex (Paris 4e), est un charmant immeuble avec un joli portail qui permet d'accéder à une façade en briques rouges située en arrière cour. Je me suis intéressé à cet immeuble en raison d'une histoire tragique que j'ai découverte dans le livre de Laurent Joly, La rafle du Vel d'hiv (éditions Champs Histoire, 2023).

Page 132, on apprend que la police parisienne avait pour consigne de ne pas arrêter les mères de famille ayant un enfant né après le 1er juillet 1940 car les nourrissons avaient moins de deux ans. Or, au 3, rue Castex, on trouvait une famille juive, les Frenkel.  Le père s'appelait Nysen avait été arrêté le 14 mai 1941 lors de la rafle dite du Billet Vert. Il avait été déporté du camp de Beaune-la-Rollande le 28 juin 1942.

La mère Estera, ouvrière couturière, est arrêtée lors de la rafle du Vel d'Hiv le 16 juillet 1942. Elle a un enfant, Richard, mais il est né le 21 juin 1940. Dix jours donc avant le 1er juillet 1942. Estera Frenkel sera déportée depuis le camp Pithiviers, le 7 août 1942. Elle a écrit à des proches en espérant qu'ils puissent s'occuper de son fils. "Sauvez mon enfant, mon petit bébé innocent !!!". 

Richard Frenkel, certainement malade, a été déporté un mois plus tard, depuis Drancy, le 11 septembre 1940. Sur les 1000 déportés de ce convoi, 921 ont été assassinés dans les chambres à gaz dès leur arrivée. Je suis allé au mur des Déportés du Mémorial de la Shoah pour retrouver le nom de Richard Frenkel qui apparaît dans la liste des déportés de l'année 1942 :

Un des plus jeunes enfants arrêtés lors de la rafle du Vel d'hiv puisque, comme on l'a déjà dit plus haut, l'ordre avait été donné à la police française de ne pas arrêté les enfants nés après le 1er juillet 1940 et qu'en ce qui le concerne il était né le 21 juin 1940.

Je ne passe pas souvent par le 3, rue Castex mais quand je le ferai, j'essaierai à chaque fois d'avoir une pensée pour cet enfant de deux ans, Richard Frenkel, trop jeune pour comprendre le cauchemar que certains adultes avaient décidé de faire vivre à d'autres être humains, mais suffisamment âgé pour vivre tragiquement son arrestation, sa détention dans différents camps, sa séparation de sa mère (à partir du 7 août) et sa déportation le 11 septembre 1942 pour finir (s'il a survécu au transport) dans une chambre à gaz des fins fonds de la Pologne.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire