Au 8, rue au Maire (Paris 3e), on trouve une de ses plaques en hommage à des personnes qui se sont engagées pour la France et qui conduise à se demander qui elles étaient, en quoi à consister leur engagement et comment elles ont disparu.
La plaque ne mentionne en effet qu'un nom "Raymonde ROYALE" et une mention très succincte "Disparue en déportation. Morte pour la France".
Cela m'a donné envie d'en savoir plus. J'ai trouvé un très grand nombre d'informations sur le site du Musée de la Résistance en ligne : une page est consacrée à Raymonde Royal (orthographiée sans le E final).
On y apprend que Raymonde avait aussi pour prénom Rivkele, qu'elle était née dans le 12e arrondissement de Paris le 3 septembre 1923, qu'elle était d'origine juive polonaise. Âgée de 16 ans (elle a fêté ses 17 ans le 3 septembre), elle participe dès l'été 1940 à la reconstitution des Jeunesses Communistes (interdites en septembre 1939 après la signature du pacte germano-soviétique et l'invasion de la Pologne). Elle organise des collectes dans le 10e arrondissement en faveur des militants communistes internés. Elle devient responsable de la propagande et se charge d'organiser la diffusion de tracts dans le 10e arrondissement sur les marchés, dans les stations de métro et dans les différents lieux de rassemblement.
Après l'attaque de l'Allemagne contre l'URSS en juin 1941, elle s'implique dans les actions menées pour dénoncer la politique de l'occupant nazi. Elle participe aux manifestations organisées le 14 juillet 1941 et le 1er août 1941. Raymonde est arrêtée avec sa mère le 11 mai 1942 et après 6 mois de détention au fort de Romainville, elles sont toutes deux transférées brièvement à Drancy pour être déportées -en donnant pour date 1942 comme année de leur disparition -.
Cela m'a donné envie de repartir de ses informations pour en savoir plus.
Dans les archives de l'état civil du 12e arrondissement, j'ai retrouvé l'acte de naissance de Raymonde Royal. On y découvre qu'en fait son prénom était Rébecca et qu'initialement, à sa naissance, elle avait pour nom de famille celui de sa mère : Sawikin :
Sa mère Henka Sawikin était née le 16 février 1892, en Pologne, à Doboroska-Ramdomwka, une localité que je n'ai pas réussi à situer (il existe une ville appelée Doboroska, mais elle est en République Tchèque à la frontière avec la Pologne). Il est indiqué qu'Henka habitait, en 1923, au 122, rue Oberkampf (Paris 11e).Dans la marge de l'acte de naissance, il est indiqué que Rébecca Sawikin a pris le nom de Royal suite au mariage de sa mère Henka avec Chamen Royal, à la mairie du 11e arrondissement, le 5 décembre 1925. A cette occasion, l'époux a reconnu Rébecca comme sa fille légitime :
Cela m'a conduit à recherche l'acte de mariage du 5 décembre 1925 de Chamen Royal et Henka Sawikin dans l'état civil de la mairie du 11e arrondissement :
On y apprend que Chamen Royal était tailleur et qu'il était né à Minsk (en actuelle Biélorussie) le 15 janvier 1899. Son père Gabriel Royal était tourneur et habitait, en 1925, Varsovie. Quant à Henka, son père était décédé mais sa mère, Golda, était, elle aussi, domiciliée à Varsovie. Les nouveaux époux, Chamen et Henka, habitaient 122, rue Oberkampf (Paris 11e), l'adresse où habitait déjà Henka en 1923.L'acte de naissance de Rébecca Royal présente en marge deux informations très intéressantes :
Une première mention, ajoutée le 22 mars 1963, précise que le 19 mars 1963, dans l'état civil du 3e arrondissement, l'acte de décès de décès de Rébecca a été retranscrit en indiquant qu'elle était décédée à Drancy le 11 février 1943.
Une deuxième mention, ajoutée le 10 octobre 2001, rectifie, suite à une décision du ministre de la Défense en date du 16 octobre 1998, l'information donnée en 1963 en indiquant que Rébecca Royal est décédée à Auschwitz en Pologne, le 16 février 1943, avec la mention "Mort en déportation".
J'ai retrouvé sur le site Légifrance, l'arrêté du Ministère de la Défense du 16 octobre 1998, concernant Rébecca Royal. Cela m'a permis de me rendre compte que sa mère aussi, Henka, avait été déportée et était morte, à Auschwitz, le 16 février 1943 :
Je n'ai pas réussi à retrouver le convoi par lequel Henka et Rébecca Royal ont été déportées à Auschwitz. Tout laisse penser qu'il s'agit soit du convoi n°47 (parti de Drancy le 11 février 1943) ou bien le convoi n°43 (parti de Drancy le 13 février 1943) mais je n'ai pas trouvé leurs noms dans la liste des déportés que j'ai réussi à consulter.
Il semble pourtant bien qu'elles ont été déportées en 1943 [et pas en 1942 comme cela est indiqué sur le site pourtant très bien informé du "Musée en ligne de la résistance" ou dans l'ouvrage Combattant, héros et martyrs de la résistance, édition Renouveau, publié en 1984 par de David Diamant qui page 95 indique que Raymonde a été gazée en juillet 1942]. Sur le mur des noms au Mémorial de la Shoah. Rébecca et sa mère apparaissent dans la liste des déportés de l'année 1943 (et sur ce mur sont indiqués en fonction de leur année de déportation). Les noms et les années de naissance correspondent : 1892 pour Henka et 1923 pour Raymonde (qui rappelons-le semble avoir été le prénom d'usage de Rébecca) :
J'ai retrouvé un témoignage présenté, le 15 décembre 2006, par Robert Endewelt, à l'Hôtel de Ville de Paris, lors d'un colloque ayant pour thème "Les juifs ont résisté en France (1940-1945)". On y apprend que Raymonde (c'était bien le prénom d'usage de Rébecca) faisait partie du Club de la fédération sportive et gymnastique du travail (CFSGT) qui se réunissait dans un gymnase de la rue Paradis dans le 10e arrondissement. Ce réseau a été organisé, le 10 mai 1942, un attentat par les FTP contre un hôtel du square Montholon (Paris 9e) qui hébergeait des soldats allemands. Raymonde (ou Rébecca d'après l'état civil) et Henka ont été arrêtées le lendemain, le 11 mai 1942, dans le cadre de la répression qui a suivi cette action de la résistance communiste. A cette époque, Rébecca (ou Raymonde) avait 18 ans.
Le site du Musée de la résistance en ligne présente une photographie de Raymonde (ou Rébecca) Royal que je publie en fin d'article pour montrer les traits de cette jeune femme française, d'origine juive et polonaise, qui alors qu'elle était une très jeune femme quand elle s'est engagée dans la résistance :











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