Au 12, rue du Quatre-Septembre (Paris 2e), on peut voir un très bel immeuble qui date du 2nd empire. Il m'a intéressé car le portail est décoré par deux caryatides sculptées par Aimé Millet que j'ai évoqué propos de l'immeuble du 14, quai de la Mégisserie (Paris 1er) (voir article du 26 mai 2026).
Le portail du 12, rue du Quatre-Septembre est d'une grande élégance :
L'ensemble de la façade ne manque pas d'harmonie avec ses cinq étages (si on considère que l'on trouve au 2e niveau un entre-sol) et ses quatre colonnes centrales qui décorent les 2e et 3e étages :
Cet immeuble occupe un espace particulier dans la rue du Quatre-Septembre : il est légèrement en biais par rapport à son axe en marquant le début de la rue Ménars qui est orientée un peu plus vers le Nord :
L'immeuble date de 1865. Il date donc de l'époque où la rue du Quatre-Septembre (qui s'appelait, jusqu'en 1870, la rue du Dix-Décembre) a été percée entre 1864 et son achèvement en 1868 (voir mon article du 10 décembre 2020). Il a été dessiné par l'architecte André Cheviron, né à Paris, le 17 septembre 1823, et mort dans le 8e arrondissement de Paris, le 11 octobre 1892. Merci à @Stefdesvoges d'avoir retrouvé son acte de décès (jusqu'ici sa date de décès n'était pas précisée dans les notices biographiques qu'on peut trouver sur Internet) :
Un détail à propos de cet immeuble a attiré mon attention : les trois lettres situées dans le médaillon tenue par les deux caryatides :
Une recherche rapide m'a permis de comprendre qu'il s'agissait de la Banque Nationale du Crédit. Cependant, un établissement bancaire fondé le 25 juin 1913 (en reprenant le réseau du Comptoir d'escompte de Mulhouse). Cette nouvelle banque a joué un rôle important pendant la Première Guerre mondiale. On trouve son nom sur de nombreuses affiches des emprunts destinés à financer l'effort nationale (comme celle-ci pour le 4e emprunt de 1918) :La banque avait initialement son siège social 20, rue Le Pelletier (Paris 9e) et il a été transféré au 16, boulevard des Italiens en novembre 1917. Le 12, rue du Quatre- Septembre semble donc avoir été un prolongement, dans le 2e arrondissement, de ce siège social situé dans le 9e arrondissement quelques centaines de mètres plus au nord. Il s'agit du même pâté de maisons.
A la fin des années 1920, la BNC est devenue la 4e banque française mais, dirigée à partir d'un financier aux méthodes peu scrupuleuses, André Vincent (19 juillet 1872 - 26 décembre 1949). Celui-ci a conduit la banque à sombrer en septembre 1931 dans le contexte de la crise économique financière provoquée par l'onde de choc du Krach de Wall en octobre 1929. En 1932, la banque a pris un nouveau nom : la BNCI (Banque Nationale du Commerce et de l'Industrie). André Vincent a été condamné, le 11 juillet 1934, pour escroquerie, à 3 ans de prison et 3000 francs d'amende.
Quoi qu'il en soit, le monogramme BNC ne peut pas dater de 1865. Il est certainement apparu entre 1917 et 1931. Restait à savoir ce qu'on y trouvait avant.
Par chance, il existe une vue prise en 1916, par Charles Lansiaux qui représente justement ce portail du 12, rue du Quatre-Septembre :
Une comparaison permet de voir comment le bas relief situé au-dessus du portail a été modifié :On voit qu'entre les deux figures féminines, il y avait un globe et, au ,on voit écrit la société qui avait son siège à cette adresse :
Il s'agit de la société d'Assurance Le Monde et on voit précisé"Assurance sur la vie et contre l'incendie".Le globe servait de logo à cette société comme le montre cette enseigne :
et comme on le voit aussi sur cette affiche plus ancienne :
On y lut dans la partie supérieure l'adresse qui correspond bien au 12, rue du Quatre Septembre :
Le logo est à observer attentivement car on y voit deux femmes ailées :Il est intéressant de voir qu'on peut y voir un lien avec les deux figures sculptées par Aimé Millet pour le portail du 12, rue du Quatre Septembre :
Cette vue de Charles Marville qui date de vers 1877 (voir le site vergue.com) montre l'immeuble une dizaine d'années après sa construction : on y voit les deux figures ailées et le globe :Reste un mystère. A l'imposte, entre la porte et le bas-relief de l'arcade, on trouve aujourd'hui un superbe travail en ferronnerie avec les lettres D et V enlacées :On trouvait initialement, sur les vues de 1877 et de 1916 un vide :
J'ai initialement pensé au financier, un peu mégalomane, qui a provoqué la ruine de la BCN en 1931 mais il s'appelait André Vincent. Cela peut expliquer le V mais par le M. Cela aurait pu correspondre au nom de famille de son épouse mais elle s'appelait de son nom de jeune fille Planques et donc cela n'est pas non plus l'explication.
Peut-être quelqu'un pourra-t-il éclairer ce mystère ? Il ou elle peut laisser une explication en commentaire.





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