Cet encorbellement que l'on voit en pleincentre de la photographie a un aspect pour le moins insolite :Inutile de cherche cet encorbellement aujourd'hui. Il a disparu et la rue de Turenne a bien changé depuis comme on s'en rend compte en se plaçant depuis le même endroit (approximativement à l'endroit où la rue de Jarente forme un angle droit avec la rue de Turenne) :
La carte n'est pas datée. Au dos rien n'est écrit qui puisse donne le moindre élément de datation. J'ai essayé d'en savoir plus sur ce qui apparaissait sur vue.
Je me suis d'abord référé au plan Turgot des années 1730 qui représente assez fidèlement les façades quand elles sont tournées vers l'Ouest et le Nord ce qui est le cas du côté pair de l'actuelle rue de Turenne.
On voit qu'à l'époque cette partie de la rue s'appelait "rue des égouts Sainte-Catherine". En regardant de plus près on voit une partie en saillis à la hauteur de ce qui est aujourd'hui le 12, rue de Turenne :En faisant un bon dans le temps, on peut observer le plan cadastre Vasserot des premières décennies du XIXe siècle :
On voit une partie qui est peut-être l'encorbellement :Le musée Carnavalet possède une vue prise par Eugène Atget, en 1911, depuis la rue de Jarente qui permet de voir de manière plus précise quel était l'aspect de cet encorbellement :
Voici un zoom sur la partie centrale :Voici une vue prise depuis le même endroit aujourd'hui :
Cependant, d'autres éléments sont intéressants sur cette carte postale. En regardant, à l'arrière-plan, on observe un décor qui a lui aussi été complètement transformée :
Le musée Carnavalet possède une photographie prise par Eugène Atget mais non datée qui représente le 14, rue de Turenne :mais ce musée possède un vue anonyme de 1914 qui permet de bien comprendre de quoi il s'agit :
Cela permet de se rendre compte qu'on trouvait à cet endroit le siège social de la Fonderie d'Harfleur :
Le siège de la fonderie a été présente au moins au début du XXe siècle. J'ai trouvé deux entreprises qui se sont accédées :
- avant la Première Guerre mondiale, la société HUBIN
- après la Première guerre mondiale, dans les années 1920, elle avait été repris par l'entreprise Marcel Bassot.
Le 14,rue de Turenne a aussi radicalement changé d'aspect et qui est amusant et qu'on a l'impression qu'il a toujours eu celui-ci alors que ce n'est pas le cas :
Voici une compaison début du XXe siècle et aujourd'hui qui montre la transformation radicale du 14, rue de Turenne :
Ce qui est intéressant est ce que l'on voit encore après sur la gauche de la photographie du 14, rue de Turenne est aussi intéressant :
Voici un agrandissement :On se rend compte qu'il s'agissait la aussi d'une entreprise liée à la métallurgie :
On peut lire 'Aciers et toles corrodées et fondues" ainsi que "fourches et outils américains".On trouvait donc dans cette partie de la rue de Turenne, dans des hôtels particuliers qui à l'Est donnait sur la place des Vosges des entreprises industrielles spécialisées dans la métallurgie. Le passé populaire et industriel du Marais.
Je n'ai pas trouvé à quel moment l'encorbellement du 12, rue de Turenne a été démoli. Il s'agit peut-être de 1924. En effet, juste à côté du 12, l'immeuble du 14, rue de Turenne date de cette année là :
Cet immeuble a la façade assez simple date de 1923. Le permis de construire a été déposé le 6 juillet 1923 par les propriétaires dénommés Hudry, qui avaient pour adresse le passage Genty. Il était prévu un magasin avec trois étages. Dès le 1er novembre 1923, un permis de construire complémentaires autorisait une surélévation d'un étage.
Quand on voit la configuration des lieux,on peut être à peu près certain que l'encorbellement a disparu à de moment là car le 14, était dans l'alignement du 12.
Il est en tout cas assez surprenant que ce décor architecturale ait disparu ainsi, alors que la carte postale semble laisser entendre qu'il suscitait un certain intérêt. C'est d'autant plus étonnant que cet encorbellement était une création de Jules-Hardouin Mansart. Il est cité par Jean-Pierre Babelon, page 508, de l'"histoire de l'architecture du XVIIe siècle" (annuaires de l'école pratiques des Hautes études de 1973) :
En tout cas, il est impressionnant de constater combien en 100 ans, cette partie de la rue de Turenne qui semble avoir un aspect très ancien a, en fait, profondément été transformée.


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