dimanche 19 novembre 2023

MMDCXLIV : Au 35 boulevard des Capucines, le lieu où a eu lieu une exposition qui a fait entrer l'impressionnisme dans l'Histoire de l'Art il y aura bientôt 150 ans

 

Boulevard des Capucines, à la hauteur du 35, on trouve un immeuble qui a joué un rôle capital dans l'histoire de l'Art. Nadar y avait installé en 1860 son atelier photographique. Un lieu où de nombreuses personnes sont venues à l'époque se faire tirer le portait. Cela est signalé par une plaque qui n'est pas très visible :

Ce qui me conduit à ressentir une émotion particulière c'est que -comme cela est signalé sur la plaque- , à cet endroit, a eu lieu en 1874 l'exposition d'artistes qui est à l'origine de l'impressionnisme (nom pris suite à une remarque acerbe d'un critique évoquant un des tableaux  présentées, celui de Claude Monet "Impression, Soleil levant").

On célèbrera le 15 avril prochain dans moins de six mois, le 150e anniversaire de l'ouverture de cette exposition qui a duré un mois du 15 avril 1874 au 15 mai 1874. Cela m'a donné envie d'en savoir plus et j'ai consulté le catalogue de l'exposition que l'on peut trouver sur Gallica :

En le lisant, on peut découvrir plusieurs informations que je trouve intéressantes :

1°) Le nombre total d'artistes qui étaient présents étaient de 30 pour un total de 161 œuvres.  Cela fait donc en moyenne d'un peu plus de 3 œuvres par artiste. En regardant de près, on se rend compte que seulement deux artistes présentaient 10 œuvres : Edgard Degas (les n° 54 à 63) et Auguste-Louis-Marie Ottin (les lots n°119 à 128). Celui-ci était un sculpteur et présentait donc des statues. L'une d'elle (n°122) était la réduction d'un nymphe chasseresse, une sculpture qui orne la fontaine Médicis au jardin du Luxembourg.

2°) On peut se demander comme les œuvres étaient rangées. Cela est indiqué sur le catalogue : une fois les ouvrages rangés "par grandeur", "le sort a décidé de leur placement" :


 3°) J'ai aussi été très intéressé par les horaires indiqués aussi sur le catalogue : l'exposition était ouverte tous les jours de 10h du matin à 18h, puis de 20h à 22h.

En  journée et tous les soirs de 20h à 22h, n'est-ce pas formidable ?

4°) Je me suis demandé quel était l'âge moyen des artistes. J'ai eu une première difficulté car l'un des peintres est difficile a identifier : Léopold Robert. Il présentait deux œuvres :

Or un peintre porte bien ce nom Louis-Léopold Robert mais il est né en 1794 et mort en... 1835. Grâce à un site on apprend qu'en fait le peintre présent à l'exposition de 1874 s'appelait Léon Paul Joseph Robert. On y indique une naissance à Bagneux (Hauts-de-Seine) né en avril 1849. J'ai vérifié dans l'état civil de cette ville. Il semble qu'en fait ce peintre était né le 7 juin 1849 :

 Ce Léopold Robert (qui s'appelait donc en fait Léon Paul) était le plus jeune exposant puisqu'il n'avait pas 25 ans en avril 1874 et il a eu par la suite une carrière assez courte puisqu'il est mort en 1888 à Alger. à l'age de 39 ans.

Le 2e artiste le plus jeune après lui était Joseph De Nittis (Giuseppe De Nititis) qui était né en 1846. Il présentait pour sa part quatre œuvres :

 De Nittis était un des rares exposants d'origine étrangère (il était italien) avec les peintres Auguste de Molins (qui était suisse) et Alfred Sisley (qui bien que né à Paris avait la nationalité britannique).

Un autre des 30 artistes était né après 1844 (et donc avait moins de 30 ans au moment de l'exposition) : Antoine-Ferdinand Attendu né à Paris le 25 avril 1845. Il s'agissait d'un artiste spécialiste des natures mortes:

Ayant la date de naissance  de l'ensemble des artistes de l'exposition, j'ai donc pu calculer leur âge moyen. Cette exposition présentée par certains par la suite comme révolutionnaire n'étaient pas le fait d'artistes majoritairement jeunes. L'année moyenne de naissance 1832, ce qui signifie que les artistes avaient en moyenne 42 ans et donc ils avaient déjà une carrière assez longue derrière eux (mais bien sûr je n'oserai affirmer que l'on est "vieux" à 42 ans !)..

L'artiste le plus âgé était Adolphe Félix Cals né à Paris le 17 octobre 1810 (et qui avait donc 63 ans au moment de l'ouverture de l'exposition). Il présentait 5 œuvres :

 Un de ces tableaux est exposé au musée Eugène Boudin de Honfleur avec pour titre "Le vieux pêcheur".

Le 2e artiste le plus âgé était Auguste-Louis-Marie Ottin né le 11 novembre 1811 et dont il a été question plus haut : il s'agit du sculpteur qui a proposé 10 statues. Il avait donc lui aussi plus de 60 ans en avril 1874.

Six artistes avaient plus de 50 ans dont Eugène Boudin (né en 1919) qui présentait 

5°) Un de mes peintres préférés -pour ces paysages de Paris- Stanislas Lépine présentait trois œuvres : 

Parmi ceux-ci le n°83 représente la rue Cortot. Il s'agit peut-être de celui-ci qui porte le même titre vendu chez Christie's le 15 décembre 2022 :

5°) La seule femme artiste présentée était Berthe Morisot. Celle-ci, né le 14 janvier 1842 avait alors 32 ans. Celle-ci était encore célibataire (puisqu'elle a épousé Edgar Manet le 22 décembre 1874). C'est pourquoi elle est désignée sous le nom de "Mademoiselle Morisot". Elle présentait neuf peintures (les lots 104 à 112) :

L'un deux m'a particulièrement intéressé le n°108 : "portrait de Mademoiselle M.T."  Ayant quelques lumières sur la famille maternelle de Berthe Morisot, je peux affirmer qu'il s'agit de Madeleine Thomas qui était sa cousine (la mère de Berthe Morisot avait pour nom Cornélie Thomas). Voici ce tableau qui aujourd'hui est à New York dans une collection privée :

Parmi les oeuvres présentées, on trouvait celles de Camille Pissarro qui présentait cinq oeuvres :

Le lot n°137, "Gelée blanche" est aujourd'hui au Musée d'Orsay :

Quant à Paul Cézanne, il présentait trois oeuvres :

Parmi ces peintures, en voici deux qui sont au musée d'Orsay :

- le n°42 "La maison du Pendu à Auvers-sur-Oise" :

- le n°43 : "Une moderne Olympia". 

Il est précisé sur la catalogue que ce tableau appartenait... au docteur Gachet d'Auvers-sur-Oise. Un personnage rendu célèbre quelques années plus tard en 1890 grâce à Van Gogh. En 1874, le médecin venait de s'installer à Auvers depuis moins de deux ans.

Enfin Claude Monet présentait neuf peintures :


 Celle qui est devenue la plus célèbre porte le n°98. "Impression, soleil levant". Il s'agit du tableau que l'on peut admirer au musée Marmottan :


Je conclus avec ce qui conclut le catalogue de l'exposition :



P.S. J'attends bien sûr avec hâte l'exposition qui se tiendra au musée d'Orsay au printemps 2024 à propos de cette exposition de 1874. Je ne manquerai pas de consacrer un nouvel article à ce sujet.

jeudi 16 novembre 2023

MMDCXLIII : Les statues de l'Hôtel de Ville : Série sur les Villes de France (17e volet) : Bordeaux par Jacques Maillet

  

Voici le 17e épisode de la série consacrée aux statues des villes de France qui ornent la façade de l'Hôtel de Ville de Paris. Il concerne la statue de la ville de Toulouse qui est la 3e en partant de la droite de la façade principale qui donne sur la place de l'Hôtel de Ville :

La statue tient dans la main droite un gouvernail ce qui rappelle la vocation portuaire de Bordeaux :


 Cette statue est une œuvre de Jacques (Jacques-Léonard) Maillet, né à Paris le 12 juillet 1823 et mort dans le 16e arrondissement de Paris le 14 février 1894. On lui doit aussi la statue de Lavoisier dans la cour du Louvre.


lundi 13 novembre 2023

MMDCXLII : Un reportage photo de la marche contre l'antisémitisme du 12 novembre 2023

Esplanade des Invalides, 15h02

Hier j'ai fait partie des plus de 100 000 personnes qui ont participé à la marche contre l'antisémitisme. Voici un reportage en 10 photos de ce moment citoyen qui a été marqué par une très grande dignité.

Le long du quai d'Orsay,15h57. La foule est tellement nombreuse que nous n'avons pas avancé que de quelques  mètres.

15h58 : "Nous ne laisserons pas l'histoire se répéter, ni bégayer"



16h15 : arrivée devant l'Assemblée Nationale

16h17 : Arrivée à l'extrémité Est du boulevard Saint-Germain

16h27 : boulevard Saint-Germain avec à droite des drapeaux du Parti Communiste


17h31 : Arrivée devant la statue de Danton. "De l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace".
















samedi 11 novembre 2023

MMDCXLI : Les façades de Paris Centre : Un autre très bel immeuble Art Déco construit en 1931 au 280 rue Saint-Honoré

 

Le style Art  Déco a essaimé de très belles façades dans tout Paris Centre. Parmi celle-ci celle du 280 rue Saint-Honoré. Cet immeuble possède un très bel oriel (ou bow-window) dans sa partie centrale :


 La partie supérieure, que l'on voit en se reculant, est aussi superbe :

Le portail est situé dans la partie tout à gauche de la façade :

et la porte elle-même comporte un décor Art Déco :

La partie de la façade qui accroche le plus l'oeil est le décor du linteau du portail avec des chérubins :

Le permis de cet immeuble a été déposé le 9 février 1931. Le propriétaire de l'immeuble était l'architecte qui l'a conçu : Henri Sabatier, dont le cabinet était situé 100 ter avenue Saint-Mandé (Paris 12e). Son nom apparaît sur la droite du linteau :


mercredi 8 novembre 2023

MMDCXL : Les anges du Coeur de Paris : le fronton et la frise de l'église de la Madeleine

  

En cet été 2023, les travaux de la façade de l'église de la Madeleine se sont achevés. L'église est située dans le 8e arrondissement (et donc pas dans "Paris Centre") mais on peut la voir depuis le trottoir du 2e arrondissement et de plus ce blog s'appelle "L'Indépendant du Cœur de Paris" ce qui me permet de consacrer quelques articles à des lieux à la périphérie de Paris Centre.

Je tenais à le faire car j'ai vraiment ressenti une forte émotion en redécouvrant cette façade nettoyée et restaurée. Je ne suis pas le seul puisqu'un des tweets (je ne sais plus comment il faut dire puisque désormais twitter s'appelle "X") a fait 14 000 vues, un succès relatif mais assez rare sur les réseaux socieaux pour un contenu qui ne véhiculait un message positif :

J'ai décidé d'inscrire cet article dans une série qui a débuté sur ce blog dès 2008 : celle consacrée aux anges du Coeur de Paris. En effet, quand on regarde le décor du monument de près, ce qui est désormais possible on se rend compte que les anges ne manquent pas :

 Dans la partie centrale sur le fronton représentant le Jugement dernier, Jésus est entouré par deux anges. L'un à sa droite tenant une trompette, l'autre à sa gauche avec une épée pour repousser les malheureux damnés :

dans l'angle tout à gauche, un ange assiste un mort en train de ressusciter

A l'angle opposé, tout à droite, et donc tout à la gauche du christ, un ange démoniaque (comme le montre ses oreilles) violente une femme.

Cependant, on trouve un nombre incommensurables d'anges dans ce décor si on regarde de près la frise qui court le long de tout le monument :

Ce sont cette fois-ci des angelots, des "Putti", beaucoup plus bambins et moins "beaux gosses" que ceux du fronton :

Je ne les ai pas comptés mais ils sont vraiment très nombreux !

Le fronton de la Madeleine est une œuvre du sculpteur Henri Lemaire auquel on doit des statues de la Cour du Louvre : celle de Pierre Corneille (article du 26 mars 2023) et celle de Froissart (article à paraître bientôt).

dimanche 5 novembre 2023

MMDCXXXIX : Au 12, rue Saint-Anastase : Une plaque dans une rue où Juliette Drouet ET sa fille Claire Pradier ont habité pendant plus de 10 ans

 

Au 12 rue Saint-Anastase (Paris 3e) , une plaque signale que Juliette Drouet (1806-1883) a habité à cet endroit. 

La plaque est sur le n°12 où Juliette Drouet a habité de février 1845 à 1848 mais il est intéressant de noter qu'elle a habité juste avant au n°14 de 1836 à 1845. Elle a donc passé plus de dix ans dans cette rue. 

Rappelons que Juliette Drouet était né le 10 avril 1806 à Fougères (Ille-et-Vilaine) sous le nom de Julienne Joséphine Gauvain. Actrice, elle avait été la maîtresse du sculpteur James Pradier avant de devenir celle de Victor Hugo à partir de février 1836. Le grand écrivain habitait avec sa femme à quelques centaines de mètres là, place des Vosges, où il s'était installé en 1832 et où il a vécu jusqu'en juin 1848. Juliette Drouet a suivi le grand écrivain dans ses pérégrinations, notamment pendant son exil à Jersey et Guernesey de 1852 à 1870.

Juliette Drouet en 1832 par Alphonse-Léon Noël

 On peut aussi remarquer que Juliette Drouet n'habitait pas seule au 14 puis au 12 rue Sainte Anastase puisqu'elle élevait sa fille Claire Pradier qui a eu à cet endroit un triste destin puisqu'elle est décédée à l'âge de 20 ans en 1846. Victor Hugo a écrit l'épitaphe sur l'on peut lire sur la tombe de le jeune femme qui repose aux côtés de sa mère au cimetière de Saint-Mandé : "Voilà donc que tu dors sous cette pierre grise, voilà que n'es plus ayant à peine été ! L'astre attire le lys et te voilà reprise. O Vierge, par l'azur, cette virginité !". A Hauteville House, au musée Victor Hugo de Guernesey, on peut voir un buste sculpté par Victor Vilain de cette jeune femme :

Cette jeune femme avait échoué en mars 1846 à l'examen lui permettant devenir institutrice et elle est morte quelques semaines plus tard d'une tuberculose le 21 juin 1846. Un nouveau moment de tristesse pour Hugo, trois ans après la disparition de sa fille Léopoldine à l'âge de 19 ans le 4 septembre 1843. Claire Pradier était le le 12 novembre 1826, elle avait donc elle aussi 19 ans. 

En 1994, une biographie de cette jeune femme écrite par Claudette Combes est parue :

Cette jeune femme avait déjà été la source d'inspiration d'un texte écrit par Paul Souchon en 1950 : 


jeudi 2 novembre 2023

MMDCXXXVIII : Les façades, les anges et les lions de Paris Centre : le 51 boulevard Beaumarchais

 

Voici un nouvel épisode de la série consacrée aux façades de Paris Centre : il concerne le 51 boulevard Beaumarchais (Paris 4e). Cette façade a attiré mon attention en raison d'un ange qui orne le linteau. Quand on passe rapidement devant, on ne le remarque pas nécessairement :

Quand on regarde de près la façade, elle comporte d'autres décors sculptés intéressants comme des lions (ou des félins) aux dessus de certaines fenêtres du 2e étage :

De même les portes comportent d'étonnantes ferronneries avec de surprenants personnages fantastiques :

Cet immeuble date de 1864 et son architecte avait pour nom "A. Sibert" comme cela est indiqué sur la façade.

D'après le site CTHS de l'école des chartes, Adrien Rose Sibert est né à Paris le 3 mai 1819 et il est mort à Croissy-sur-Seine le 16 août 1864. On lui doit d'autres façades dans Paris dont celles du 10 rue d'Aumale dans le 9e arrondissement. Il avait épousé le 30 octobre 1844 Marie-Louise-Félicité Osselin à l'église Saint-Nicolas-des-Champs.

Cet immeuble du 51 boulevard beaumarchais a donc été elévé l'année même du décès de son architecte qui était âgé seulement de 45 ans. Peut-être que ce bel ange était chargé de perpétuer sa mémoire.