jeudi 14 avril 2022

MMCDXVII : Fontaine des Innocents (1er volet) : Les différents emplacements de la fontaine...

 

Les travaux de restauration de la fontaine des Innocents semblent démarrer -enfin- en ce mois d'avril 2022 (comme l'a annoncé Karen Taïeb, maire adjointe de Paris en charge du Patrimoine). Pour célébrer cela j'ai décidé de lui consacrer non pas un mais plusieurs articles.

Le 1er concerne une question dont on n'a pas forcément conscience en voyant ce célèbre monument parisien. La fontaine des Innocents n'a pas toujours été à cet endroit et surtout son aspect a profondément changé à deux reprises.

Pour s'en rendre compte, on peut regarder un plan Turgot des années 1730. On voit que la fontaine était située à un angle formé par la rue Saint-Denis et une rue appelée "rue aux fers" :

Cette fontaine avait été édifiée à cet endroit en 1549 pendant le règne d'Henri II dans un angle du pourtour du cimetière des Innocents et de l'église qui lui était rattachée : l'église... des Innocents.

Cette fontaine en angle avait une forme en L dont la partie la plus courte donnait sur la rue Saint-Denis alors que la partie la plus longue suivait la rue aux fers :

Voici une gravure qui montre les deux faces, celle le long de la rue Saint-Denis (avec deux nymphes) :

et celle sur la rue aux fers (avec trois nymphes) :

 Les cinq nymphes étaient des merveilles dues au sculpteur Jean Goujon.

Au musée Carnavalet, on peut voir un tableau de Pierre-Antoine Demachy qui montre la destruction de l'église des Innocents (à la même époque que la fermeture du cimetière des Innocents) en 1787. La fontaine apparaît sur la droite :


 Voici un détail qui montre mieux cette partie du tableau :

La fontaine a échappé à la destruction grâce à un personnage hors du commun Antoine Chrysostome Quatremère de Quincy (1755-1849) qui s'est déené pour sauver cette merveille de la Renaissance. La fontaine a été remodelée et placée au centre de l'espace libéré par la fontaine. Les travaux ont été dirigés par Jean-Guillaume Legrand, Jacques Molinos et Bernard Poyet.. Il a fallu ajouter un arche à la fontaine pour qu'elle prenne la forme du cube qu'on lui connaît aujourd'hui. Le sculpteur Auguste Pajou a été chargé de ciseler les trois nymphes qu'il fallait ajouter pour compléter celles de Jean Goujon (pour passer d'une total de cinq à neuf nymphes).

Voici une vue qui montre l'aspect qu'elle devait avoir vers 1804 (ou aurait dû avoir car je ne sais pas s'il s'agit du projet ou d'une vue réelle) :

Au musée de la Porcelaine à Sèvres, on peut aussi admirer une assiette qui semble dater de cette époque

La fontaine a été à nouveau transformée dans les années 1810. Un marché a été créé tout autour de la fontaine et elle a de nouveau été transformée : des lions ont installés de part et d'autre. On peut voir au musée Carnavalet une peinture du peintre Suisse John James Chalon qui montre l'aspect que la fontaine avait en 1822. 

Voici un détail qui montre mieux la fontaine :

Au musée de Sèvres, on peut aussi observe une porcelaine qui représente la fontaine quand elle avait cet aspect :

La fontaine était située au centre d'un marché comme on peut s'en rendre compte sur ce plan de 1820 :

Une photographie du milieu du XIXe siècle de Charles Marville fait apparaître la fontaine au centre de ce marché :

La fontaine à de nouveau complètement changé d'aspect dans les années 1860 : la création des Halles de Baltard a permis la disparition du marché des Innocents. Une partie de l'espace (la partie Ouest) a été lotie et la rue Berger a été placée dans le prolongement de la rue Aubry le Boucher (un peu plus au Nord que la rue aux Fers). L'espace occupé précédemment par le marché a donc été réduit au Sud et à l'Ouest. Pour que la fontaine reste au centre de l'espace ainsi dégagé, elle a été légèrement déplacée vers l'Est. Sur ce plan, j'ai représenté en rouge l'espace qui correspondait au marché des Innocents et en jaune, celui conservé au tour de la fontaine après la transformation des années 1860 :

La fontaine a donc été déplacée ainsi :

Par contre, un aménagement typique de l'époque de Haussmann a été décidé : la création d'un square fermé autour de la fontaine. On peut le voir sur cette carte postale qui fait partie de ma collection personnelle :

au 2nd plan on voit bien à droite les grilles qui servaient de limite à ce square :

et à gauche, il semble que deux personnes sont installées dans ce parc :

La fontaine elle même a été remanie : les lions et les cuves du début du XIXe siècle ont été supprimés et remplacés par un série de marches qui permet à l'eau de tomber en cascade :

voici une comparaison avant/après de la base :

La fontaine a ensuite -semble-t-il- garder le même aspect pendant plus de 100 ans. Elle a échappé aux profondes transformations qu'a connu le quartier dans les années 1970 lors de la destruction des Halles de Baltard. On la voit tout à gauche sur cette vue aérienne de 1974 :

 Peu de temps après, les trou des halles s'est étendu jusqu'à la fontaine elle-même avec cette étonnante vue qui doit dater du milieu des années1970 qui montre la place vue depuis l'angle Sud-Ouest :

Le square a été remplacé par un  espace assez minéral appelé depuis 1985 place Joachim Du Bellay que nous connaissons aujourd'hui.

Un seul changement cependant a relevé depuis. Des années 1980 au début des années 2010, on pouvait avoir depuis la fontaine une jolie perspective sur l'église Saint-Eustacle en se plaçant dans la partie Ouest de la place :

Ce qui n'est plus le cas depuis que la "canopée" a été construite dans les années 2010 :

==> Suite : 2e volet : Parmi les nymphes de la fontaine, quelles sont celles qui ont été sculptées par Jean Goujon ? (article du 15 juillet 2022).

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