lundi 7 novembre 2022

MMCDXCVI : Les façades de Paris Centre : Une (autre) très belle demeure de la première moitié du XVIIIe siècle au 13 rue Tiquetonne, anciennement rue du Petit Lion Saint-Sauveur

La rue Tiquetonne est une rue située entre la rue Saint-Denis et la rue Etienne Marcel. Il faudra que je luis consacre un article mais celui-ci est consacré à la façade de l'immeuble que l'on peut voir au n°13 car elle est vraiment très belle :

On peut surtout admirer la partie centrale au dessus du portail avec un très beau décor rocaille 

avec un mascaron situé au dessus de la fenêtre du 1er étage :

Les fenêtres sont superbes :

avec notamment les garde-corps :

et les consoles :

Cette façade a été dessinée par et pour Gilles-Marie Oppenord (né à Paris le 27 juillet 1672 et mort dans la même ville le 13 mars 1742) qui était architecte mais aussi un graveur et un dessinateur :

Voici un exemple d'un décor rocaille qu'il a dessiné :

 Gilles-Marie Oppenord a élégamment placé son chiffre, ses initiales, au centre du balcon central

Sur le plan Turgot des années 1730, on se rend compte que la partie de la rue Tiquetonne où est situé cet immeuble avait un autre nom. L'immeuble est situé approximativement à l'endroit encerclé ci-dessous :

Le nom complet de cette rue était "Rue Petit Lion Saint-Sauveur". Voici ce que dit le Dictionnaire administratif et historique des rues des Paris de 1844 à propos de cette rue :

Le cadastre du début du XIXe siècle permet de retrouver l'aspect du côté impair (sud) de cette rue où est situé l'actuel 13 rue Tiquetonne :

J'ai fait apparaître avec le rectangle rouge et la flèche jaune ce qui désigne l'immeuble construit par Oppenordt au XVIIIe siècle :

On voit qu'à l'époque, l'immeuble était situé au n°17 alors qu'aujourd'hui il est au numéro 13 :


vendredi 4 novembre 2022

MMCDXCV : La nef de Paris dans Paris Centre (52e volet) : une nef du XVIIe siècle que l'on peut voir au musée Carnavalet mais qui jadis se trouvait dans le quartier des Halles

Voici un nouvel article consacré à la nef de Paris. On peut la voir sur un des pavillons d'une des cours de l'Hôtel Carnavalet. 

Cette nef m'a conduit à me pencher sur la corporation des Drapiers. En effet, on peut lire au musée Carnvalet que cette façade décorait la façade du "bureau et de la maison des marchands drapiers".

En voyant ce cartel, j'ai immédiatement pensé à la corporation des Marchands drapiers d'Amsterdam peinte par Rembrandt en 1665 :


Or mes investigations m'ont cuit à en apprendre beaucoup plus sur les Marchands drapiers de Paris. Dans le Dictionnaire Historique et Administratif de Paris de 1844 on peut lire que cette corporation était très puissante depuis le Moyen Age. Elle avait installé son bureau rue des Déchargeurs au milieu du XVIIe siècle. L'édifice a été inauguré en 1660 :

Cependant contrairement à ce qu'affirme ce document, cet édifice était dû non pas à Libéral Bruant mais à Sébastien Bruant. La parcelle avait été achetée par le corporation en 1648. Le pavillon fut finit en 1660 par son fils Jacques Bruant (frère de Sébastien Bruant à qui on doit l'Hôtel des Invalides).

On peut voir sur le plan Turgot des années 1730, la localisation de ce bureau de la Corporation des Drapiers, rue des Déchargeurs au sud des Halles :

On peut lire dans le même Dictionnaire historique et administratif de Paris de 1844 que la corporation des Drapiers était très puissante et qu'elle prétendait avoir la prééminence sur les autres :

Le plan cadastral du début du XIXe siècle montre l'aspect qu'avait encore cette construction située rue des Déchargeurs :

La parcelle était assez réduite et correspondait presque uniquement à la largeur de la façade du pavillon que l'on peut voir actuellement au Musée Carnavalet :


 Cet édifice a été détruit pour le percement de la rue des Halles en 1868. On peut voir son état en 1865 sur cette gravure juste avant sa destruction :

On peut se rendre compte que juste avant sa démolition, la façade avait perdu une partie de son décor :

Une comparaison avec la façade que l'on peut voir avec celle que l'on peut voir au Musée Carnavalet montre qu'une partie des décors, notamment la nef, avait déjà été démontés :

 Le musée Carnavalet possède aussi une gravure de 1866 par Michel-Charles Fichot de la rue des Déchargeurs avant le déplacement de la façade du bureau des Drapiers :

Voici l'aspect de cet endroit aujourd'hui : la rue des Déchargeurs y croise la rue des Halles et elle a été remplacée par un immeuble haussmannien construit à la fin des années 1860 qui forme un angle :


 

Cette recherche m'a conduit à me demander où était située la Halle des marchands drapiers -pour être honnête ma recherche a commencé par là car je pensais que le bureau des Marchands Drapiers était situé au même endroit que la Halle des Drapiers-. Or, tel n'était pas le cas d'après le Dictionnaire Historique et Administratif de Paris de 1844. En effet, la Halle des Drapiers était située rue de la Poterie :

Cette halle se trouvait un peu plus au nord et à l'ouest du bureau des Marchands drapiers. J'ai représenté le bureau (rue des Déchargeurs) par un point rouge sur le plan Turgot ci-dessous et j'ai entouré en jaune la halle aux Draps et aux Toiles désignée par la flèche blanche :

Voici un agrandissement qui monte l'aspect de cette halle aux draps :

Le plan de Bâle du milieu du XVIe siècle montre l'aspect de cet construction un siècle plus tôt :

En regardant de près on voit qu'à cette époque, un jeu de paume était situé le long de cette Halle :

Cette Halle aux draps a été rénovée à plusieurs reprises. Ses dimensions étaient impressionnantes : 122m de long et 17m de large. On peut s'en rendre compte sur le plan cadastral du début du XIXe siècle :

Pour en revenir, au sujet de cet article, la nef qui apparaissait sur le pavillon des Drapiers n'était donc peut-être pas celle de Paris mais celle des Marchands drapiers :

On peut voir l'aspect précis de cette nef sur les médailles frappées par la corporation comme celle-ci qui date de 1699 avec la devise "Ut Caeteros dirigat" :


Or la nef que l'on peut voir aujourd'hui au Musée Carnavalet ne comporte pas la devise de la Corporation des Drapiers mais celle de Paris :

Quant à la nef elle-même, il s'agit d'un bateau de ligne utilisé pour les batailles navales au milieu du XVIIe siècle :

Ce bateau compte 28 canons. C'est plus que les 11 canons de la fontaine Maubuée (voir article du 17 mai 2011) et les cinq canons de la fontaine Vertois (article du 8 février 2021).

mardi 1 novembre 2022

MMCDXCIV : "La France impériale protégeant l'Agriculture et les Sciences" : un fronton du pavillon de Flore par Jean-Baptiste Carpeaux

 

Parmi les splendeurs que l'on peut voir au musée d'Orsay, mon attention a été attirée par cet immense décor sculpté que l'on peut voir à l'extrémité de la nef principale.

Le cartel permet d'apprendre qu'il s'agit d'une oeuvre d'un des plus grands sculpteurs français du milieu du XIXe siècle, Jean-Baptiste Carpeaux.

Il représente "La France impériale protégeant l'Agriculture et les Sciences". C'est une œuvre en plâtre qui a été présentée au Salon de 1866. Un modèle en demi-grandeur du décor sculpté du pavillon de Flore pour le Louvre.

Je me suis donc demandé, de quel fronton du pavillon de Flore, il s'agissait. Je me suis donc rendu sur place, de l'autre côté de la Seine.

Le Pavillon de Flore est celui qui se trouve le long de la Seine, à l'extrémité Ouest du Louvre :

Le fronton concerné est facile à trouver puisque c'est celui qui est juste dans l'axe du Pont Royal (auquel j'ai consacré un article paru le 20 février 2021) :


 Avec une bonne vue, des jumelles ou -ce qui est mon cas- un appareil photographique avec zoom,  on reconnaît facilement le fronton sculpté par Carpeaux :

Au centre, la France impériale est représentée par un aigle impressionnant :

L'homme situé su la gauche représente les sciences :

et celui de droite l'agriculture : 

Il est représenté avec une ruche à l'arrière de ses jambes et une vache qui semble très affectueuse. On peut remarquer que Carpeaux a choisi de mettre particulièrement en valeur les attributs virils de ce personnage.

Le pavillon de Flore avait été construit au XVIe siècle pour relier le musée du Louvre au Palais des Tuileries. On le voit par exemple sur le plan Turgot des années 1730 :

On peut se rendre compte sur cette gravure du début du XIXe siècle qu'il avait un décor assez sobre :

On le voit mieux sur cet agrandissement :

Ce pavillon menaçant de s'effondrer il a été démoli dans les années 1860 pour être reconstruit dans le cadre du projet du grand Louvre en 1864/1868 avec dont l'intervention de très grands artistes comme Carpeaux.

On peut voir au Louvre dans la partie sur l'Histoire du palais un tableau qui montre l'emplacement du pavillon de Flore :


 Après l'incendie des Tuileries en 1871 puis la décision de détruire ce palais, le Pavillon de Flore a lui été préservé avec donc son décor louant la France impériale de Napoléon III comme le suggère l'aigle (symbole de l'empire) :

Dans la partie sur l'Histoire du Louvre, on peut voir aussi des esquisses en plâtre des deux statues qui représentent les sciences et l'agriculture :