dimanche 16 juin 2024

MMDCCXXIII : Les statues du Louvre : Série les personnages (23e volet) : Suger par Nicolas Raggi

 

 Voici le 23e épisode de la série relative aux statues qui décorent la cour du Louvre. Il concerne la statue de Suger que l'on peut voir dans l'aile Colbert  :


 La statue de la Suger est la 5ème en partant de la gauche :


 ou la 6e en partant de la droite 

Suger a été un ecclésiastique et un homme d'Etat important de la 1ère moitié du XIIe siècle en tant qu'abbé de Saint-Denis de 1122 à sa mort en 1151. Il a réformé son abbaye et a commencé la reconstruction de la chapelle abbatiale dans un style tout nouveau : le gothique. Il a été un des principaux conseillers de Louis VI (de France de 1108 à 1137) et de son fils Louis VII (roi de 1137 à 1180). En tant qu'abbé de Saint-Denis, il était en charge de la garde des insignes royaux, les regalia. C'est pourquoi il est représenté avec la couronne royale derrière son côté droit :

La statue est une oeuvre de Nicolas Raggi né à Carrare (Italie) le 13 octobre 1790 et mort le 24 mai 1860 dans le 6e arrondissement de Paris. En 1814, il s'est installé à Marseille et il a été naturalisé français en 1828.

jeudi 13 juin 2024

MMDCCXXII : La fontaine de la rue Charlemagne

  

J'ai consacré en 2016 un article à la nef de Paris qui orne la fontaine de la rue Charlemagne qui se situe dans la rue du même nom (article du 5 octobre 2016). Dans cet article, je souhaite m'intéresser à la fontaine elle-même et en particulier à la partie centrale qui représente un enfant déversant de l'eau depuis une coquille qu'il porte sur la tête :


 Cette statue est une oeuvre d'Hubert Lavigne ((né à Cons-la-Grandville [Meurthe-et-Mosele] le 11 juillet 1818 et mort le 15 janvier 1882 à Paris). On doit à ce sculpteur une autre statue que l'on peut voir dans le 4e arrondissement : la statue de Montpellier sur l'Hôtel de Ville (article du 26 septembre 2023). Il semble -mais il y a des débats à ce sujet- que la statue soit postérieure à la date qui apparaît dans la partie supérieure (1840).

A la base, on peut voir cinq dauphins :

En arrière-plan, dans la partie supérieure l'alcove est aussi décorée par un riche décor d'inspiration marine :

Cette composition n'est pas sans rappeler la "Fontaine Joyeuse" (Paris 3e) qui est date de 1847 (voir article du 12 février 2022).

A noter que la fontaine Charlemagne a été restauré. A cette occasion, au printemps 2022 elle avait pris une curieuse couleur vert caca d'oie mais finalement l'erreur suite à la mobilisation des amoureux du patrimoine a été corrigée. Je ne suis daltonion mais même moi je trouve que ça piquait les yeux :



lundi 10 juin 2024

MMDCCXXI : La vue sur l'Hôtel de Ville depuis la Tour Saint Jacques au début du XXe siècle et un curieux message de 1905

  

Voici une carte postale dont j'ai récemment fait l'acquisition. Elle représente la place de l'Hôtel de Ville et l'Est de Paris vu depuis la tour Saint-Jacques. Ce point de vue m'a frappé car en 2014 j'avais effectué la même prise de vue (voir mon article du 14 septembre 2014).

Cela m'a permis de faire une juxtaposition des deux vues pour montrer que le paysage a très peu changé :


 En regardant au dos de la carte postale, on peut voir qu'elle a été envoyée le 28 décembre 1905 et est arrivée en Charente Maritime le 29 décembre :

La carte postale date donc d'avant décembre 1905, et certainement de la décennie qui précède, donc elle représente la vue vers 1900.

On observe peu de différences. Parmi celles-ci on observe les établissements de bain qui se trouvait à la pointe de l'île Saint-Louis au niveau du Pont Louis-Philippe :

Certains immeubles ont apparemment très peu changé mais on peut observer de petites différentes qui sont amusantes à noter. Par exemple on observe des changements dans les ouvertures des toits des bâtiments où sont situés les bureaux de l'Hôtel de Ville (à gauche) et l'ancien siège de l'APHP (à droite) :

Certaines ouvertures ont été modifiées avec le temps : des œils-de-bœuf sont devenues des lucarnes :

Des lucarnes ont été rétrécies ou transformées en mansardes :

L'un des principaux intérêts de la vue est d'observer la place de l'Hôtel de Ville mais on en voit qu'une toute petite partie :

Je possède une autre carte postale -mais non datée et sans texte- qui montre l'aspect qu'avait la place de l'Hôtel de Ville au début du XXe siècle. On voit qu'il existait deux vastes terre plein à droite et à gauche de la façade.

Autre détail intéressant, sur la carte postée en décembre 1905, on voit le foisonnement d'activité sur la rue de Rivoli :


Pour finir, je soumets une énigme à mes lecteurs. Le texte de la carte postale est pour le moins intriguant :

Si un expert en cryptage est capable de comprendre ce message je suis intéressé !




vendredi 7 juin 2024

MMDCCXX : Les façades de Paris Centre : Au 21 rue de Richelieu : l'Hôtel Dodun, une superbe demeure de la 1ère moitié du XVIIIe siècle

  

Au 21 rue de Richelieu, on trouve une superbe façade. Il s'agit de l'Hôtel Dodun. L'édiice est ainsi décrit dans l'inventaire des immeubles qui font l'objet d'une protection patrimoniale du 1er arrondissement : "Hôtel du receveur général à Bordeaux André Gaspard Dodun reconstruit en 1725 par l'architecte Jean-Baptiste Bullet de Chamblain sur un premier hôtel de 1639. "L'architecte mourut en 1726 et la réalisation fut dirigée par un de ses confrères que nous ignorons, mais avec une parfaite fidélité. L'autorisation d'étayer les maisons mitoyennes et d'ouvrir les tranchées de fondation fut délivrée par les Trésoriers de France en juillet-août 1727. Entre la rue de Richelieu et la rue Molière, Bullet de Chamblain a tiré parti d'un terrain étroit. Dans le corps de logis du fond, l'escalier d'honneur est un espace séduisant par l'élégance de ses voûtes et de ses ferronneries, par la légerté de ses stucs;".

J'ai trouvé un article très complet à son sujet sur le site Paris Promeneurs et je ne pense pas trouver d'informations plus complètes donc je renvoie à cet article. ==> LIEN vers le site Paris promeneurs.

Voici deux détails de la façade :

De plus j'ai retrouvé sur le plan cadastre Vasserot du début du XIXe siècle, l'emplacement de cet hôtel particulier. A l'époque, il était situé au 25 de la rue de Richelieu (en bas sur le plan ci-dessous) :

Cela permet d'avoir une idée de la disposition des bâtiments intérieurs :

Eugène Atget a photographié l'escalier d'honneur de cet hôtel particulier en 1910 :


mardi 4 juin 2024

MMDCCXIX : Voir l'exposition "Les arts en France sous Charles VII" pour admirer des personnes qui ont habité dans Paris Centre il y a plus de 500 ans.

 

Jusqu'au 16 juin 2024, au Musée de Cluny (Paris 5e) se tient une exposition consacrée aux "arts au temps de Charles VII". Cette exposition est très pédagogique et permet un survol clair et intéressant de la création artistique pendant le règne de Charles VII (roi de 1422 à 1461), une période charnière de la fin de la Guerre de Cent ans qui marque le passage du Moyen Âge à la Renaissance.

Parmi les nombreuses oeuvres présentées deux ont particulièrement retenues mon attention car elles sont relatives au 4e arrondissement.

Le 1er est un tombeau :


 Il s'agit de celui d'Anne de Bourgogne  (1404-1432), duchesse de Bedford. Celle-ci a joué un rôle particulièrement important pour l'histoire de Paris. Fille du duc de Bourgogne Jean Sans Peur, son mariage avec Jean de Lancastre,.duc de Bedford, frère du roi Henry V d'Angleterre a scellé l'alliance entre la Bourgogne et l'Angleterre pendant la Guerre de 100 ans. En effet quand le mariage a été célébré le 14 juin 1423, le duc était le régent du roi d'Angleterre Henry VI qui était officiellement aussi roi de France en vertu du traité de Troyes de 1420. Le duc de Bedford était donc régent pour l'Angleterre et la France. Il a longtemps séjourné à Paris dans ce qui est devenu par la suite l'Hôtel d'Angoulème  puis la place des Vosges. De 1423 à sa mort en 1432, Anne de Bourgogne a donc été très souvent une résidente de l'actuel 4e arrondissement.

C'est certainement pourquoi, après la libération de Paris de la domination anglais, et la réconciliation entre le roi de France Charles VII et le duc de Bourgogne Philippe III dit Philippe le Bon, duc de Bourgogne de 1419 à 1467, a fait financer le tombeau de sa soeur Anne. Il a choisi le couvent des Célestins qui se trouvaient sur l'actuel boulevard Henri IV au niveau de la caserne de la Garde Républicaine et qui était une nécropole pour de nombreux personnages importants. (voir notamment article du 10 janvier 2012).

Le tombeau a été commandé entre 1436 et 1442 et mis en place en 1456.

Il est superbe. Tant pour les traits de la duchesse :

que pour les petits chiens -symbole de fidélité et de loyauté- qui se trouvent à ses pieds :

Voici le cartel de ce tombeau qui se trouve aujourd'hui au Louvre : 

La 2e petite merveille en lien avec le 4e arrondissement est un triptyque qui jadis se trouvait dans l'église Saint-Gervais-Saint-Protais :

Il a été commandé par Dreux Budé qui a vécu entre 1396 et 1479. Il a été secrétaire des rois Charles VII et Louis XI et exercé la charge de prévôt des Marchants en 1452.

Le triptyque représente la passion du Christ :

A gauche, Jésus lors de son arrestation au Mont des Oliviers :

au centre, la crucifixion (avec dans la partie droite Jésus sortant des enfers) :

à droite, la résurrection :

Ces trois tableaux sont exceptionnellement réunis puisque le 1er est conservé au Louvre, le panneau central est à Los Angeles au Getty Museum et le 3e à Montpellier au musée Fabre.

Ce qui est intéressant c'est que Dreux Budé est représenté tout à gauche du panneau de gauche : 

derrière lui se tient son fils Jean III Budé (1425-1501) qui lui-même sera le père de Guillaume Budé prévôt des Marchands et fameux humaniste (voir article du 15 janvier 2011).
 

Tout à droite sur le panneau de droite on peut voir les femmes de la famille :

Ces personnes ont vécu à Paris il y a plus de 500 ans !

Voici le cartel de ces trois tableaux :






samedi 1 juin 2024

MMDCCXVIII : Plaque en l'honneur des résistants "A la Cloche des Halles" du 14 rue Sauval. Sur les traces d'un Américain mort pour la France

 

Au 14 rue  Sauval, une plaque rend hommage au groupe de résistant s"Les Cloches des Halles" qui était affilié au réseau "Libération Nord". 


On peut y lire, le nom de résistantes et de résistants qui sont morts soit fusillés, soit en captivité. Mon attention -comme j'enseigne en section internationale anglophone- a été attirée par le nom d'un des disparus mentionnés par sa consonance anglophone :

Je me suis demandé qui était "Cuningham Orville" qui apparaît parmi les morts pour la France disparus en captivité :


Une recherche rapide m'a conduit à une (re)découverte qui n'est pas négligeable. Sur de nombreux sites, on se rend compte que James Cuningham orville était américain. Il était originaire du Kansas et était né en 1894. 

Voici tout d'abord ce qu'on peut lire sur le site Le Maitron :  "Orville Cunningham était le fils de James Stephen Cunningham et de Lillie Blankenship, son épouse, fermiers. En 1910, il vivait à Prairie Township, Wyandotte (Kansas) ; Il se maria le 31 juillet 1920 à Paris XVIe arr. (Seine, Paris) avec Louisette Eugénie dite "Louise" Cavelier. Il était alors chef mécanicien et habitait 9 rue Chaillot, Paris XVIe arr.Durant la seconde guerre mondiale, il exerçait le métier de commerçant et était domicilié 23 rue Boissy-d’Anglas, à Paris (VIIIe arr.). Il entra dans la résistance au groupe "Les Cloches des Halles", affilié au mouvement Libération-Nord, dont il devint le trésorier. Il fut arrêté le 24 septembre 1942 et exécuté le 4 décembre 1943."

Sur le site American War Memorial Overseas,  on peut lire "Orville J. Cunningham was an American citizen living in Paris during WWII. He was the paymaster for the French resistance group called the Bells of Les Halles, part of the Northern Liberation movement, which suffered severe losses during the war. (Of 130 members, 17 were killed fighting at the barricades, 11 were shot by firing squads, and 33 were deported, of which 23 did not return alive.) Cunningham was arrested on 24 September 1942 and was executed on 4 December 1943.". Il est aussi ici mentionné comme le trésorier du groupe "Les Cloches des Halles".

  La tombe d'Orville Cunningham est située au cimetière de Neuilly-sur-Seine (voir lien suivant).

Voici un photographie de Orville Cunningham :


Ce personnage conduit à plusieurs interrogations :

1. Que faisait cet américain en France ? Il s'était marié dans le 16e arrondissement en 1920. Peut-être faisait-il partie des Yankees venus en France après l'entrée en guerre des Etats Unis aux côté des alliés en avril 1917 et qui a trouvé l'amour en France.

Voici l'acte de mariage le 31 juillet 1920 en mairie du 16e qui montre qu'Orville Cunningham était bien en France dès cette époque et que sa femme était fille de restaurateurs originaires de l'Aveyron :


 

2. On peut se demander dans quelles circonstances Orville Cuningham a été arrêté le 24 septembre 1942 (par les Allemands ? par les Français ?) et pourquoi il a été exécuté plus d'un an plus tard le 4 décembre 1943.

3. Toutes les informations que j'ai trouvées parlent d'une exécution. A-t-il été fusillé ? A-t-il été préalablement jugé ? Je n'ai aucune piste à ce sujet. Sur son acte de décès à la mairie du 16e arrondissement, il semble qu'il soit écrit qu'il est mort à son domicile à 3h du matin.

4. Les autorités américaines se sont-elles souciées du sort de ce ressortissant ? On peut aussi se demander si beaucoup d'Américains ont fait partie des rangs de la Résistance parisienne et parmi eux combien ont payé cet engagement de leur vie.

5. Alors que cet américain a eu un sort si extraordinaire -et qui devrait donc avoir retenu l'attention sur le sort qui lui a été réservé-, pourquoi la plaque du 14 rue Sauval le fait-elle figuré dans la liste des Résistants morts en déportation ? 

Cet article pose donc plus de questions qu'il ne donne de réponses, mais comme c'est souvent le cas, un personnage aujourd'hui oublié par beaucoup semble -dans des circonstances horribles- avoir eu un destin extraordinaire et je trouvais utile de lui rendre hommage.