samedi 7 janvier 2023

MMDXXII : Une enquête sur les frises de la Cour Batave et sa... si belle fontaine !

 

Pendant l'été 2022, j'ai conçu un petit rally pédestre pour des amis avec pour thème les représentations des chevaux dans Paris Centre. Mon attention à cette occasion a été attirée par un décor auquel je n'avais jamais fait attention jusque-là : celui qui orne l'angle Sud-Est de la rue de la Cossonnerie et la rue Saint-Denis. On y trouve une frise entre le 4e et le 5e étage sur laquelle on peut voir -notamment- des chevaux.

Cette frise est divisée en 10 cartouches séparés par des triglyphes. On en compte quatre sur la face qui donne sur la rue de la Cossonnerie, deux sur sur l'angle :

et quatre dans la façade qui donne sur la rue Saint-Denis :

L'ensemble représente une procession religieuse antique avec des scènes d'offrandes :

en partant dans la partie la plus à gauche, -donc rue de la Cossonnerie- la 1ère scène représente deux chevaux chargés et avec une tenue d’apparat conduit par un guide. Ils avancent vers la droite :

puis la 2e scène représente dans un cartouche plus longue une composition plus complexe avec au centre le dieu Mercure que l'on reconnait à son caducée qui reçoit une offrade de la part d'une femme qui tient une corne d'abondance chargée de fruits. A gauche, un personnage tient une coupe de fruits, puis un personnage joue du cor puis on voit un ange qui semble tenir une couronne.  A Droite, on voit d'abord une danseuse, puis une joueur de flute et une servante qui emporte un coffre.

La 3e scène s'inscrit aussi dans le un cartouche long avec une scène non moins complexe : on voit au centre une femme sur un trône entourée par des lions puis de façon symétrique à droite et à gauche deux serviteurs qui portent un bâton et tendent une coupe puis deux centaures musiciens, l'un à gauche jouant de la lyre et l'autre à droite de la flute. A l'extrémité à gauche une homme dénudé tient un bâton et tout à droite on retrouve le joueur de cor qui apparaissait dans le cartouche précédent :


On arrive ensuite à un cartouche plus court juste avant l'angle, le 4e. On retrouve une scène avec un cheval qui porte des offrandes qui semblent être contenues dans une boîte en forme de temple antique. Ce cheval est suivi par un guide qui tient un bâton (comme dans le 1er cartouche) et devant lui on voit une femme qui tient une boite (comme dans la partie tout à droite du 2e cartouche). Ils avancent vers la droite.

On arrive ensuite à la partie qui est dans l'angle avec deux cartouches.

Le 5e représente quatre personnages. Deux femmes portent un plateau sur lequel on voit une cruche et une grande gerbe de blé. A l'arrière, une femme repositionne une partie de la gerbe. A l'avant, un personnage tient un bâton. Les quatre personnages avancent vers la droite.

La 6e scène complète l'impression d'un cortège. On y trouve trois personnages masculins dénudés. Celui de gauche tient une coupe de fruit en hauteur pour éviter qu'une chèvre ne mange une partie de son contenu. Cette scène donne beaucoup de vie à la représentation. Puis sur la droite, un personnage tient une coupe devant lui et le personnage tout à gauche tient un bâton (et a le même aspect que le personnage tout à gauche du 3e cartouche) :  

On arrive ensuite dans la partie qui donne sur la rue Saint-Denis. La 7e partie est située sur une partie qui forme un angle droit. Deux femmes qui ressemblent à des prêtresses (celle de gauche tend une couronne, celle de droite une balance) sont situées autour d'un autel au dessus duquel on voit le caducée et le casque ailé du dieu Mercure. Tout à gauche, dans la partie perpendiculaire, une femme tient des offrandes

Avec le 8e cartouche, on retrouve une format plus long et un cortège avec en tout cinq chevaux. Tout à droite on voit d'abord un personnage avec deux chevaux costumés portant des offrandes (identique au cartouche 1), puis à nouveau un personnage (mais avec une posture différente car il regarde devant lui) qui est derrière deux chevaux. Tout à droite on retrouve un cheval qui porte une boîte en forme de temple comme dan le 4e cartouche :

Le 9e cartouche montre par contre des animaux qui n'avaient pas encore été mis en scène. En effet sur la gauche on voit un char tiré par deux bovins. Le char contient un tonneau. A l'avant du char on voit une femme qui tient un enfant dans ses bras. Tout à gauche, à l'arrière du char, une femme tient ce qui ressemble à une amphore. A droite on voit un personnage casqué qui est précédé par un cheval qui sur le côté semble porter une corbeille vide ou un tambourin :

On arrive à la 10e scène, la dernière, tout à droite. Sur la gauche, un personnage tient une vase avec un récipient et son couvercle. Au centre on voit un bœuf qui est paré et qui semble voué au sacrifice avec en arrière plan un personnage qui tient une hache. Enfin tout à droite une femme qui ressemble à une prêtresse.

On compte donc en tout 9 chevaux dans cette frise (si on ne tient pas compte des deux centaures du 3e cartouche) pour répondre à la question que j'avais posée dans le jeu de piste qui est à l'origine de cet article...

Cela m'a bien sûr conduit à vouloir en savoir plus en ce qui concerne cet étrange décor antique. Il est facile de trouver un indice puisque sur chaque face on peut voir la mention "Maison Batave" rue la Cossonnerie:

tout comme rue Saint-Denis :

Dans les deux cas, les dates 1795 / 1858 apparaissent avec l'indication de ce nom.

Cette "maison batave" a déjà conduit à la publication d'excellents articles sur d'autres blogs relatifs à Paris et son Patrimoine : Paris Bise-Art, Paris Promeneurs et Secrets et Lumières de Paris et d'Ailleurs.

J'ai repris l'enquête de mon côté car j'ai cherché à savoir si cette frise a toujours été ainsi disposée et je pense être parvenu à obtenir des informations complémentaires. J'ai tout d'abord voulu retrouver des informations sur l'histoire de cet endroit. 

Ma perplexité a commencé en observant le plan cadastral de Paris au début du XIXe siècle. Je pensais en effet retrouver l'ange de la rue de la Cossonnerie et de la rue Saint-Denis qui semble avoir été préservé dans la disposition actuelle. Or je me suis rendu compte qu'à cette époque, la "Cour Batave" faisait partie du pâté de maisons et qu'à l'époque la rue de la cossonnerie ne se prolongeait pas côté pair de la rue Saint-Denis :

J'ai alors regardé un plan Turgot des années 1730 pour me rendre compte que la rue de la Cossonnerie ne se prolongeait pas non plus au XVIIIe siècle du côté Est de la rue Saint-Denis :

On trouvait à cet endroit l'église du Saint-Sépulcre qui dans sa partie Nord était prolongé par un jardin :

En remontant encore dans le temps, le plan de Bâle des années 1550 montre aussi cette église du Saint-Sépulcre :

on se rend compte que la façade était impressionnante :

En voici une représentation au XVIIIe siècle :

 Sur l'histoire de cette église, on peu lire une notice très intéressante dans l'article sur la Cour Batave du Dictionnaire historique et administratif des rues de Paris  de 1844 :

On y apprend que la première pierre de l'église avait été posée en 1326 mais qu'elle n'a été "dédiée" (c'est-à-dire consacrée) qu'en 1526 et que l'édifice n'a été achevé qu'en 1655.

Par contre cet article est très très bref sur le descriptif et le l'histoire de la cour Batave dont on apprend juste que les constructions ont été achevées en 1795 (ce qui correspond à la date indiquée sur la façade aujourd'hui).

Sur le plan cadastral du début du XIXe siècle j'avais cependant été impressionné par les dimensions de cette cour Batave. On y entrait par le 60 rue Saint-Denis mais il y avait un passage qui menait jusqu'à la rue Quincampoix au niveau de l'actuelle rue de Venise :

Le plan permet de voir la disposition des boutiques autour de cette cour :

Cela m'a conduit à retrouver un document déjà publié sur d'autres blogs : le plan de cette cour dressé en 1801 par un dénommé Ransonnette (avec une orientation inversée puisque sur celle-ci l'Est est en haut) :

On peut aussi trouver deux autres documents passionnants : une gravure qui montre la cour :

et une autre qui montre la façade rue Saint-Denis :

J'ai été particulièrement intéressé par ce qu'on peut voir dans la partie supérieure de chacun de ces documents : on voit que cette la frise avec les bas-reliefs était très longue puisqu'elle couvrait l'ensemble des façades.

De plus tant sur les gravures que sur le plan on ne voit pas de partie bisotée comme celle formée aujourd'hui par l'angle des deux rues : 

On peut donc en conclure que tous ces bas-reliefs ne sont pas du tout à leur emplacement initial. On peut s'en convaincre aussi en observant le décrochement que forme la façade côté rue Saint-Denis sur la gauche :

Ce décrochement forme un angle en L ou la frise a donc une forme perpendiculaire. 

Il est donc fort probable qu'initialement cette partie de la frise (le cartouche 7 dans ceux que j'ai évoqué plus haut) était situé à un angle de la cour puisqu'on ne voit pas de tel angle sur la façade initiale rue Saint-Denis :

Un autre élément montre que l'ensemble a été complètement reconfiguré. Je m'en suis convaincu en découvrant dans les Archives de la Bibliothèque Nationale un ouvrage passionnant qui recense toutes les fontaines de Paris en 1812 :

On y trouve un passage passionnant relatif à la fontaine de la cour Batave qui permet de se rendre compte du très riche décor que l'on trouvait à cet endroit.

Sur le plan de 1801 déjà évoqué plus haut, on comprend la localisation de cette fontaine qui était dans l'axe au fond de la cour : 

On la voit aussi sur la gravure au fond de la cour  :


La noticee de l'ouvrage de 1812 sur la fontaine écrite par Amaury Duval est très intéressante sur l'aspect de la Cour Batave. Elle rappelle tout d'abord l'historique de la Cour :

On y apprend ainsi que les travaux ont coûté 1 800 000 francs et que les architectes étaient appelé Sobre et Happe.

La description de la fontaine est encore plus passionnante :

On y lit la description de la fontaine qui était décorée par une femme assise ayant chaque main sur la tête d'un lion placé de côté et que cette sculpture "lourdement" traitée était d'un dénommé Augé.

Il est intéressant de noter que cette fontaine n'était plus alimentée en eau depuis quelques années au grand désespoir de l'auteur :

Le plus impressionnant est que cet ouvrage de 1812 est accompagné par des planches signées M. Moisy. On y voit d'abord le plan de cette fontaine qui était située sur un socle au milieu d'un bassin :

mais surtout une représentation de la fontaine elle-même :

un agrandissement permet de mieux voir le détail :


 Dans ce dessin j'ai reconnu un élément d'un des bas-relief que j'ai présenté en début d'article, le n°3 (qui donne rue de la Cossonnerie) : 

Voici un détail pour mieux voir :

Un détail de cette frise non montre ainsi un détail de la fontaine qui se trouvait au centre de la Cour Batave ce que je pense être le premier à montrer. 

Cette représentation d'une femme assise entre deux lions correspond à la déesse Cybèle comme on peut la voir ici :

Pendant l'Antiquité, elle était considérée comme la Déesse mère et la déesse de la nature sauvage, d'où la présence des lions à ses côtés.

Pour bien comprendre où était localisée la cour Batave, je l'ai encerclé sur ce plan dit Girard de 1820 :

Elle a complètement disparu avec le percement du boulevard Sébastopol dans la 2e moitié des années 1850 : 

Je pense avoir prouvé par cet article que la disposition actuelle des frises n'a plus rien à voir avec la disposition initiale. Il s'agit d'un remploi.

De plus, je pense pouvoir affirmer qu'une partie importante de la frise initiale a disparu ou bien elle a été conservé dans des résidences privées en remploi. Si certains ont dans leur hall d'immeubles (construit dans les années 1850/1860) un décor avec une femme assise entre deux lions, il provient peut-être de l'ancienne Cour Batave... Vous pouvez me contacter pour me le signaler !


mercredi 4 janvier 2023

MMDXXI : Un souvenir du faste du salon de l'Empereur à l'Hôtel de Ville

 

Au Petit Palais, on peut admirer cette oeuvre du peintre Jean-Dominique Ingres. Le cartel indique qu'il s'agit d'une esquisse de 1853 pour le salon de l'Empereur à l'Hôtel de Ville de Paris, ce qui m'a conduit à creuser le sujet.

Le cartel donne plusieurs informations très intéressantes. Il permet notamment de localiser l'endroit où se trouvait cette salle dans l'Hôtel de Ville avant son incendie en 1871. Il est en effet précisé que cette salle se trouvait au sud de la Galerie des fêtes :

Sur un plan de l'Hôtel de ville à cette époque, j'ai indiqué par un "1" le grand escalier d'honneur, par un "2" la galerie des fêtes et par un "3" le salon de l'empereur :

Je n'ai trouvé qu'une photographie représentant ce salon :

On voit qu'au dessus de la cheminée le portrait de l'empereur Napoléon Ier en tenue de sacre par le baron Gérard, mais comme il l'est indiqué dans le cartel, l'apothéose de Napoléon Ier par Ingres se trouvait au plafond. On l'aperçoit sur ce tableau de 1855 peint à l'occasion de la visite officielle de la reine Victoria :

Malgré le lustre on voit dépasser les pattes des chevaux qui tirent le char qui conduit Napoléon Ier vers son apothéose :

Ce décor a disparu avec l'incendie de l'Hôtel de Ville en mai 1871. Atget a pris une photographie de cette salle alors qu'elle n'était plus qu'en ruines :

Cette apothéose de Napoléon Ier par Ingres devait servir le dirigeant qui l'avait commandé : l'empereur Napoléon III. La ville de Paris a frappé une monnaie qui permet de le montrer :

Cette monnaie date de 1854 comme on peut s'en rendre compte au revers :

Elle a fait l'objet d'un article dans l'édition du 9 mai 1857 du Monde illustré (page 15). On voit apparaître encore mieux que sur la monnaie un détail intéressant :


 On peut lire "IN NEPOTE REDIVIVUS", ce qui signifie "dans le neveu, revenu" ce qui laisse entendre que grâce à Napoléon III, neveu de l'empereur Napoléon Ier, la France a retrouvée sa grandeur.

Le journaliste dans son enthousiasme à louer le régime en place s'est risqué à estimer que ce plafond de l'Hôtel de Ville serait pour longtemps le chef d’œuvre de l'Hôtel de Ville :

Nul ne pouvait prévoir que moins de 15 ans après la publication de cet article, ce décor serait parti en fumée.

Parmi les détails intéressants que l'on voit sur l'esquisse, on peut remarquer la quasi nudité de l'empereur :

et surtout à la base la façon dont Nemesis, la déesse de la Justice placée derrière le trône semble donner un uppercut au Crime et à l'anarchie :


lundi 2 janvier 2023

MMDXX : Un très beau texte des élus du 4e arrondissement sur l'Education

 

En faisant des recherches sur les enfants et l'éducation de le 4e arrondissement, j'ai découvert cette affiche dont le texte a été rédigé pendant une période très complexe : la Commune de Paris. Je ne fais pas partie de celles et ceux qui glorifient cette période pendant laquelle les Françaises et les Français se sont déchiré(e)s et entretué(e)s. Si au lendemain de l'horrible siège de Paris, Paris avait pu s'épargner cette épreuve qui s'est tragiquement finie pendant la semaine sanglante fin mai 1871, cela n'aurait pas été plus mal mais on ne peut pas refaire l'Histoire. Par contre, on peut rendre hommage aux idées,aux valeurs et à ceux qui les ont promus. Sur le site des "amis de la Commune de Paris", j'ai découvert l'affiche qui ouvre ce texte.Je l'ai retranscrite ci-dessous pour qu'on puisse mesurer la portée de chaque mort de ce message relatif aux "écoles publiques et gratuites" et qui s'adresse "aux familles de l'arrondissement" :

 Le texte est divisé en cinq différentes parties en fonction du type de police utilisée  qui alternent d'un passage à l'autre. Il commence par une affirmation des principes en caractères légèrement plus grands que le reste du texte qui suit :

"La sommes des connaissances humaines est un fonds commun dans lequel chaque génération a le droit de poser, sous la seule réserve d'accroître le capital scientifique accumulé par les âges précédents aux bénéfice des générations à venir.

L'instruction est donc de droit absolu pour l'enfant, et sa répartition un de devoir absolu pour sa famille, ou, à défaut, la société.

Seule, l'instruction rend l'enfant, devenu homme, réellement responsable des actes de ses semblables.

Comment en effet, exiger l'observation des lois, si les citoyens n'en peuvent même pas lire le texte ?

L'enseignement, nous le répétons, est le premier devoir de la famille et de la société, si celle-là est impuissante à y pourvoir".

Puis, suit en italique la décision prise :

" Mue par ces principes indiscutables, la Commune de Paris organisera l'enseignement public sur les bases les plus larges possibles.

Mais elle a dû d'abord veiller à ce que, désormais, la conscience de l'enfant fut respectée, et rejeter de son enseignement tout ce qui pourrait y porter atteinte.

L'école est un terrain neutre, sur lequel tous ceux qu aspirent à la science se doivent rencontrer et donner la main.

C'est surtout dans l'école qu'il est urgent d'apprendre à l'enfant que toute conception philosophique doit subir l'examen de la raison et de la science."

Enfin en caractères gras mais dans une police plus petite, le texte annonce l'interdiction faite au membre du clergé d'enseigner dans les écoles :

"La Commune ne prétend froisser aucune loi religieuse, mais elle a pour devoir strict de veiller à ce que l'enfant ne puisse à ton tour être violenté par des affirmations ou que son ignorance ne lui permet point de contrôler ni d'accepter librement.

Nous avons donc écarté des écoles publiques de l'arrondissement les membres des diverses congrégations religieuses qui, contrairement aux principes de liberté de conscience et des cultes, affirmés par la Révolution française, avaient été jusqu'alors investies du droit d'enseigner".

Suit dans une police différente du dernier paragraphe, -en italique- un paragraphe très court qui annonce l'interdiction de tout enseignement religieux :

"Dès aujourd'hui, ces écoles seront exclusivement dirigées par des instituteurs et des institutrices laïques, et nous veillerons scrupuleusement, à l'aide de fréquentes inspections, à ce que tout enseignement religieux, sans exception, soit complètement banni".

Le texte s'achève par une conclusion qui résume les principes de la décision prise (avec un retour à une police normale mais en caractère gras alors que le précédent est en italique).


 "Apprendre à l'enfant à aimer et à respecter ses semblables; lui inspirer l'amour de la justice; lui enseigner également qu'il doit s'instruire en vue de l'intérêt de tous, tels sont les principes de morale sur lesquels reposera désormais l'éducation publique communale.

A vous de nous aider de votre concours, comme vous pouvez compter sur le notre, dans l'accomplissement de cette tâche utile et féconde".

L'affiche s'achève avec le nom des élus du 4e arrondissement élus lors des élections qui ont mise en place la Commune  Amouroux, Arthur Arnould, A. Clémence, E. Gérardin et G. Lefrançais :

 Je publierai d'autres articles concernant ces cinq élus du 4e arrondissement dont certains ont eu une destinée intéressante.

L'affiche ne comporte pas de date mais il semble que cette affiche date du 12 mai 1871. Douze jours plus tard, une partie importante de la mairie du 4e était incendiée lors de la Semaine Sanglante le 24 mai 1871.

Cependant, les institutions mises en place après l'écrasement de la Commune, celles de la 3e République ont progressivement mis en place le programme énoncé dans cette affiche avec deux lois importantes :

- la loi Jules Ferry du 28 mars 1882 , notamment les article 2 et 3

Art. 2. – Les écoles primaires publiques vaqueront un jour par semaine, en outre du dimanche, afin de permettre aux parents de faire donner, s'ils le désirent, à leurs enfants, l’instruction religieuse, en dehors des édifices scolaires.

Art. 3. – Sont abrogées les dispositions des articles 18 et 44 de la loi du 15 mars 1850, en ce qu'elles donnent aux ministres des cultes un droit d'inspection, de surveillance et de direction dans les écoles primaires publiques et privées et dans les salles d'asile, ainsi que le paragraphe 2 de l'article 31 de la même loi qui donne aux consistoires le droit de présentation pour les instituteurs appartenant aux cultes non catholiques.

- la loi Goblet du 30 octobre 1886 qui par son article 17 prévoit " Dans les écoles publiques de tout ordre, l'enseignement est exclusivement confié à un personnel laïque". Cette nom porte le nom d'un dirigeant moins connu que Jules Ferry, René Goblet (1828-1905), ministre de l'instruction publique et des Beaux-Arts d'avril 1885 à décembre 1886. Il fut chef du gouvernement -président du Conseil- de décembre 1886 à mai 1887.

L'affiche des élus du 4e arrondissement m'a fait penser à la lettre envoyée par Jules Ferry aux instituteurs le 27 novembre 1883 dont voici un extrait :

"La loi du 28 mars se caractérise par deux dispositions qui se complètent sans se contredire : d’une part, elle met en dehors du programme obligatoire l’enseignement de tout dogme particulier ; d’autre part, elle y place au premier rang l’enseignement moral et civique. L’instruction religieuse appartient aux familles et à l’Église, l’instruction morale à l’école. Le législateur n’a donc pas entendu faire une œuvre purement négative. Sans doute il a eu pour premier objet de séparer l’école de l’Église, d’assurer la liberté de conscience et des maîtres et des élèves, de distinguer enfin deux domaines trop longtemps confondus : celui des
croyances, qui sont personnelles, libres et variables, et celui des connaissances, qui sont communes et indispensables à tous, de l’aveu de tous . 

Mais il y a autre chose dans la loi du 28 mars : elle affirme la volonté de fonder chez nous une éducation nationale, et de la fonder sur des notions du devoir et du droit que le législateur n’hésite pas à inscrire au nombre des premières vérités que nul ne peut ignorer. Pour cette partie capitale de l’éducation, c’est sur vous, Monsieur, que les pouvoirs publics ont compté. En vous dispensant de l’enseignement religieux, on n’a pas songé à vous décharger de l’enseignement moral ; c’eût été vous enlever ce qui fait la dignité de votre profession. Au contraire, il a paru tout naturel que l’instituteur, en même temps qu’il apprend aux enfants
à lire et à écrire, leur enseigne aussi ces règles élémentaires de la vie morale qui ne sont pas moins universellement acceptées que celles du
langage ou du calcul."