mercredi 12 janvier 2022

MMCCCLXXXIII : Les animaux de Paris Centre : chat, coq, volailles par Jean-Baptiste Huet qui décoraient le salon du graveur Gilles Demarteau, rue de la Pelletterie

 

En 2015, pour la série sur les "animaux de Paris Centre", j'avais pris ces photographies au musée Carnavalet. 

Il s'agissait de détail du salon de Gilles Demarteau qui se trouvait rue de la Pelleterie sur l'île de la Cité. 

Cette rue située entre le Pont au Change et le Pont Notre-Dame a disparu à l'époque des grands travaux d'Haussmann sous le 2nd empire. Elle se trouvait à l'emplacement actuel du marché aux fleurs et du Tribunal de Commerce (donc dans l'actuel 4e arrondissement).

Les photographies que j'avais prises étaient un peu jaunes car j'avais mal réglé mon appareil photo 

Après la longue fermeture du musée Carnavalet pendant plusieurs années, j'ai donc été ravi de retrouver en 2021 ce salon à l'endroit où il était présenté précédemment :

Je ne suis pas complètement convaincu par l'écran tactile (une nouveauté qui m'enthousiasme peu dans le musée depuis qu'il a rouvert) mais malgré tout ce salon a gardé tout son éclat :

et désormais j'ai pu faire des prises de vue avec une lumière de meilleure qualité :

Gilles Demarteau était un graveur né à Liège en 1710 et il est mort à Paris en 1776. Ce salon qui décorait son appartement de la rue de la Pelleterie a été peint dans la 2e moitié des années 1760 à l'époque où Gilles Demarteau est entré -en 1769- à l'Académie. Ce salon a été peint par certains des plus grands peintres du XVIIIe siècle : François Boucher mais aussi Jean-Honoré Fragonard pour les fleurs et Jean-Baptiste Huet pour les animaux. Ce n'est certainement pas un hasard si ce sont aussi les peintres dont Gilles Demarteau a gravé de nombreuses oeuvres.

On peut assez régulièrement acheter en salle des ventes certaines de ces gravures comme celle-ci présentée dans une salle des ventes à Versailles en 2018 et représentant un nu masculin d'après un dessin de Carle Van Loo :


dimanche 9 janvier 2022

MMCCCLXXXII : Les façades d'immeubles de Paris Centre : Au 115/121 rue Montmatre : un immeuble Art déco des années 1950

 

 Voici un autre immeuble Art Déco de Paris Centre. Il est situé à l'angle de rue Léon-Cladel et la rue Montmartre au niveau du 115/119.

L'angle est particulièrement intéressant avec le portail d'angle :

 la partie supérieure de la porte est superbe :

Deux décors féminins ornent cette porte de part et d'autre :


La partie supérieure de l'angle est ornée d'un balcon qui surplombe la rue :

Dans les parties basses, le décor est très intéressant :

voici un détail :

L'immeuble a été construit entre 1951 et 1953 par les architectes Robert Lebret et Fernand Leroy. Robert Lebret (1905-1986) a obtenu son diplôme d'architecte de l'Ecole des Beaux-Arts le 7 juin 1933. Il a succédé à son père Robert Antonin Alphonse Lebret (décédé en mai 1933). Fernand Leroy (1894-1965) a obtenu son diplôme de l'Ecole des Beaux-Arts le 15 novembre 1922. Dans Paris Centre, on doit à Fernand Leroy les immeubles du 83 rue Montmartre, du 4-8 rue Colonel Ledriant,  du 37 rue du Louvre (Le Paquebot) et celui de l’École de la Charte du 65 rue de Richelieu.

En 2016/2017, l'immeuble et tout cet ilot a été mené par l'Agence FS Braun.

Sources :

-  PS-archi  

- Architecte B


jeudi 6 janvier 2022

MMCCCLXXXI : Au 68 rue Jean-Jacques Rousseau, un immeuble où a vécu une grande Dame du XVIIIe siècle

 

 

Au 68 rue Jean-Jacques Rousseau, rue située à l'Ouest de l'église Saint-Eustache, mon attention a été attirée par une plaque que je n'avais jamais remarquée et située à droite du porche d'entrée :

On y apprend qu'à cet endroit Jean-Jacques Rousseau a été le secrétaire de Mme Dupin de 1745 à 1751. Cela m'a donné envie d'aller dans la cour qui est vraiment superbe :

Une fois dans la cour, en se retournant, on peut observer une horloge solaire :

On peut voir cet édifice sur le plan Turgot des années 1730. A l'époque la rue Jean-Jacques Rousseau s'appelait "rue plâtrière" (à ne pas confondre avec la rue du Plâtre située dans le 4e arrondissement) :

Mme Dupin s'est installée dans cet immeuble en 1739 avec son mari Louis Dupin. Ils y ont d'abord été locataires car ils ont dû quitter un autre édifice -célèbre- de Paris Centre qu'ils avaient acquis en 1732, l'Hôtel Lambert :

Ils doivent vendre cet hôtel après la mort en 1739 du très riche et très influent banquier Samuel Bernard dont Madame Dupin était la fille naturelle. Par contre, elle a pu conserver avec son mari une autre superbe propriété achetée elle en 1733 : le château de Chenonceau.

Madame Dupin, née en 1706 sous le nom de Louise de Fontaine a eu un destin exceptionnel. Elle a notamment été peinte par le portraitiste Nattier :

Son salon littéraire et scientifique de la rue Plâtrière était un des plus célèbres du Siècle des Lumières. L'Hôtel particulier où il était installé initialement appelé Hôtel de Vins du nom du locataire qui l'occupait avant les Dupin : le Marquis de Vins d'Agoult de Montauban alors que le propriétaire était Nicolas Bouret de Vezelay (1677-1756). Après la mort de celui-ci, les Dupin qui étaient locataires depuis 1739, ont pu acheter l'hôtel le 22 février 1758. Après la disparition de Louis Dupin à cet endroit même en 1769, l'Hôtel est devenu la propriété du fils de ce dernier, issu d'un premier mariage, Louis Claude Dupin de Francueil qui est lui-même mort en 1786. Il passe alors entre les mains de la fille de ce dernier, Suzanne Dupin de Francueil (1751-1812).

Louise Dupin a gardé la propriété du château de Chenonceau où elle décédée en novembre 1799 à l'âge de 93 ans.

Alors que la rue où était située son hôtel particulier, la rue plâtrière a été rebaptisée rue Jean-Jacques Rousseau par une décision de l'Assemblée Constituante en 1791,  il n'existe pas de rue qui rende hommage à Louise Dupin dans Paris. 

Contrairement à ce qu'on peut lire parfois, George Sand- qui s'appelait Amandine Lucile Dupin- n'est pas l'arrière-petite-fille de "Madame Dupin" car elle descend de Louis-Claude Dupin qui (comme déjà mentionné plus haut) était issu du 1er mariage de Louis Dupin avec Marie-Jeanne Bouilhat de Laleuf (décédée en 1720) et qui en 2e noce a épousé Louise de Fontaine, devenue célèbre sous le nom de "Madame Dupin".

lundi 3 janvier 2022

MMCCCLXXX : La nef de Paris dans le Coeur de Paris (46e volet) : La nef de la la statue de Sainte Geneviève sur le Pont de la Tournelle

 

J'ai déjà consacré plusieurs articles au pont de la Tournelle qui a été reconstruit dans les années 1920 (voir notamment l'article du 11 octobre 2010). Cependant, je n'en avais pas encore publié à propos de la statue de 5,5m de haut située au Sud-Est de ce pont (donc côté 5e arrondissement) et qui représente Sainte Geneviève. Cela fait de très nombreuses années que j'ai pris des photos avec l'idée de publier un article qui lui serait consacré mais je me décide à le faire après avoir visiter le musée Paul Landowski/ Musée des Années 30 à Boulogne.

En effet, ce musée n'est pas particulièrement enthousiasmant mais on peut y découvrir un bel ensemble du sculpteur Paul Landowski (1875-1961) auquel on doit notamment le Christ rédempteur qui domine la baie de Rio de Janeiro depuis 1931. Parmi ses œuvres, on peut noter deux versions de la statue de Sainte Geneviève qui correspond à celle présentée sur le Pont de la Tournelle :

une est en plâtre : 

l'autre en argent : 

Cela permet de voir de beaucoup plus près les détails de la statue (qui au Pont de la Tournelle est situé sur un piédestal haut de 15m). Une femme tient dans ses bras une jeune fille.

Selon les versions, la femme est la Vierge Marie ou bien Sainte Geneviève (je penche plutôt pour cette 2e version) et quoi qu'il en soit elle a un design très inspiré par le style Art Déco des années 20 :

Quant à l'enfant, elle tient dans ses bras... une nef qui bien sûr représente Paris :

Un article qui permet donc de voir une autre représentation de la nef de Paris dans le Coeur de Paris :

Un cartel du musée explique qu'en 1928, Paul Landowski a refusé d'organiser l'inauguration de la statue car il souhaitait que la statue soit tournée vers la cathédrale (alors qu'elle lui tourne le dos) et il trouvait que le piédestal était trop haut. Il n'avait pas tort car avant la visite du musée de Boulogne je ne m'étais jamais rendu compte qu'on pouvait y voir une nef de Paris.

vendredi 31 décembre 2021

MMCCCLXXIX : Un mur entier consacré à des vues du Coeur de Paris à l'exposition de la collection Morozov à la Fondation Louis Vuitton

 

La Fondation Louis Vuitton présente en ce moment une exposition très intéressante consacrée à la collection Morozov. Un mur d'une des salles a particulièrement retenu mon attention dans la "galerie 6". On peut y voir cinq tableaux d'Albert Marquet. Ils ont un point commun : ils montrent tous les cinq des vues de la Seine depuis le Coeur de Paris.

De gauche à droite, voici les cinq tableaux :

Voici de manière plus précise ce que représente chacun de ces tableaux : 

- le tableau 1 est intitulé "Soleil à travers les arbres". Il a été peint en 1905. On reconnaît au 2e plan le pont des Arts (1), puis le dôme de l'Institut (2) et en arrière-plan celui des Invalides : 

Sur cette carte de Paris en 1892, j'ai repéré par un "A" l'angle de vue depuis lequel Albert Marquet a peint ce tableau. Il était placé sur la rive droite, quai du Louvre entre le pont des Arts et le pont Neuf, en direction du Sud-Ouest :

- Le 2e tableau a pour titre "Paris en hiver. Quai de Bourbon". Il a été peint en 1907. Il montre en effet une vue depuis le quai de Bourbon (Paris 4e) dans la partie Nord-Ouest de l'île Saint-Louis, avec au 2e plan le Pont Louis-Philippe (4), l'église Saint-Gervais-Saint-Protais et son clocher (5) et la silhouette des deux pavillons d'angle donnant sur la Seine de l'Hôtel de Ville (6). 

Sur le plan de 1892, j'ai représenté par la lettre "B" l'endroit où était placé Albert Marquet. Cette fois, il regardait en direction du Nord-Ouest :

- le tableau 3 s'intitule "Notre-Dame sous la pluie". Il a été peint en 1910. On reconnaît bien sûr la cathédrale Notre-Dame (8) et au 1er plan le Petit Pont (7). Tout à gauche on voit l'extrémité de la Préfecture de Police :

Voici sur le plan de 1892, l'endroit où était placé Albert Marquet quand il a peint ce tableau : dans les étages d'un immeuble du quai Saint-Michel (Paris 5e). Cette fois, il regardait en direction de l'Est : 

- Le 4e tableau a pour titre "Vue de la Seine et du monument à Henri IV". Il a été peint en 1906. On y voit au 1er plan la statue équestre de Henri IV situé à la pointe Ouest de l'île de la Cité au milieu du Pont Neuf (9), on retrouve -comme dans le 1er tableau- au 2e plan le Pont des Arts (1) et le dôme de l'Académie française (2), puis a l'arrière plan à droite la Grande Galerie du Louvre (10), le Pont du Carrousel (11) avec encore plus en arrière le pont royal (12), enfin tout à gauche la Tour Eiffel (13)

Cette fois Albert Marquet s'est placé dans un immeuble situé à la pointe Ouest de l'île de la Cité dans le pavillon d'angle de la place Dauphine avec une vue en direction de l'Ouest. L'endroit que j'ai représenté par la lettre "D" :

Enfin le 5e tableau est intitulé "Quai du Louvre, vue vers le Pont Neuf". Il a été peint en 1906. Il représenté en effet au 1er plan la partie Nord du Pont-Neuf  (14), puis on voit au Centre le Palais de Justice (16) avec à l'arrière-plan à gauche le Pont-au-Change, puis à nouveau (comme sur le 3e tableau) les tours de Notre-Dame (8) et enfin tout à l'arrière-plan à droite le dôme du Panthéon (17)

Comme dans le 1er tableau, Albert Marquet était dans un immeuble du quai de l'Hôtel de Ville entre le Pont des Arts et le Pont-Neuf de l'endroit que j'ai représenté par la lettre E. Il regardait en direction du Sud-Est : 

voici une synthèse qui récapitule les différent espaces du Cœur de Paris que l'on peut voir grâce à ces cinq peintures :

Ce qui m'a frappé dans quatre de ses tableaux c'est l'omniprésence des bateaux lavoirs où des centaines de blanchisseuses lavaient le linge des Parisiens :

Enfin, à noter sur ce dernier tableau on peut voir une écluse situé en aval du Pont Neuf sur le bras Nord de la Seine :

Voici cette écluse sur un plan de 1892 :