Ces séries de portraits, en noir et blanc, sont bien mis en valeur dans les superbes espaces de la Maison Européenne de la Photographie. En voici un petit aperçu.
Depuis mars 2008, Chronique, histoire(s), culture, patrimoine, vie de quartier du secteur Paris Centre (1er, 2e, 3e et 4e) et autour. Rédacteur Emmanuel DELARUE (Médaille de bronze de la Ville de Paris 2019). Indépendance ne veut pas dire neutralité. Refus du sectarisme et de l'intolérance.
vendredi 20 février 2026
MMDCCCLXXVI : A la MEP : la série Imperial court par Dana Lixenberg
mardi 17 février 2026
MMDCCCLXXV : Les statues de l'Hôtel de Ville : Série sur les Villes de France (28e volet) : Rennes par Louis Demaille
Voici le 28e volet de la série consacrée aux statues des villes de France sur la façade de l'Hôtel de Ville de Paris. Elle concerne la statue de Rennes que l'on peut voir dans la partie Nord-Ouest de la façade principale :
C'est la 6e statue en partant de la gauche (ou la 3e en partant de la droite) :
La ville de Rennes n'est guère facile à identifier. Elle tient dans la main droite une gerbe de blé :
Il s'agit peut-être d'une allusion au blé noir, ou sarrasin, avec lequel sont faites les galettes de Bretagne mais je n'ai pas de certitude à ce sujet.
Cette statue est une oeuvre du sculpteur Louis Cosme Demaille, né à Gigondas dans le Vaucluse, le 23 mars 1937, et mort à Paris le 11 décembre 1906 dans le 15e arrondissement. Voici son acte de décès :
Voici une photographie de Louis Demaille prise en 1897 à Carpentras :
jeudi 12 février 2026
MMDCCCLXXIV : Les façades de Paris Centre : au 17, rue Meslay un immeuble Louis-Philippe construit pour (et par ?) la famille Ballu
Voici quelques détails de cette façade d'inspiration Renaissance qui date certainement années 1840 :
J'aime beaucoup les ferronneries du portail avec les personnages en style Renaissance - que l'on trouve sur de nombreux immeubles de cette époque - :
Il est mentionné dans le texte de protection patrimoniale (qui est en général une source très fiable) que le terrain sur lequel a été bâti cet immeuble appartenait au père de l'architecte Théodore Ballu (à qui on doit la reconstruction de l'Hôtel de Ville après 1871 [voir article du 18 avril 2012]). Louis Ballu était né vers 1786 et mort en 1870 à l'âge de 84 ans. Son fils, Théodore est né le 8 juin 1817. Si c'est vraiment lui qui a dessiné cette immeuble - mais cela ne semble pas certain - cela doit être une oeuvre de jeunesse car l'artiste a été pensionnaire de l'Académie de France à Rome de 1841 à 1845. Il s'agit peut-être d'une commande passé par son père dans la 2e moitié des années 1840 au moment où il s'est établi dans la société parisienne (il s'est marié en mai 1847)samedi 7 février 2026
MMDCCCLXXIII : L'histoire de Saint Gervais et Saint Protais telle qu'on pouvait l'admirer dans l'église Saint-Gervais-Saint-Protais au XVIIe siècle
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| Deux des peintures de la série de Saint Gervais et Saint Protais au musée du Louvre |
Le musée du Louvre, dans son département des peintures françaises du XVIIe siècle, possède trois superbes œuvres qui jadis se trouvaient dans l'église Saint-Gervais-Saint-Protais (Paris 4e). Elles racontent l'histoire de Saint Gervais et Saint Protais. Pour compléter la série, il faut se rendre à Lyon, au musée des Beaux Arts (ce que j'ai fait en avril 2022) et au Musée de a Chartreuse à Arras (que j'ai visité en juillet 2019). Il s'agit d’œuvres qui se trouvaient jadis dans cette église du 4e arrondissement.
Ses peintures étaient des cartons peints pour des tapisseries tissées en 1661. Elles étaient présentées dans le chœur de l'église de manière temporaire lors des grandes fêtes religieuses, alors que les peintures, elles, étaient exposées en permanence dans la nef. Elles sont l’œuvre de trois des plus grands peintres français du XVIIe siècle et de leur atelier : Eustache Le Sueur (1617-1655), Sébastien Bourdon (1616-1671) et Philippe de Champaigne (1602-1674).
D'après La Légende dorée de Jacques de Voragine, Gervais et Protais étaient deux frères jumeaux qui, au 1er siècle, ont fait partie des premiers chrétiens.En 64, à Milan, le général romain Astasius, qui partait avec son armée combattre les Marcomans, aurait, sur ordre de l'empereur Néron, ordonné l'arrestation des deux frères, et leur aurait demandé de sacrifier aux idoles afin d'assurer la victoire aux armées romaines. Le premier tableau de la série, peint vers 1652/1653 par Eustache Le Sueur, et que l'on peut voir au Louvre, décrit le moment où les deux frères comparaissent devant Astasius :
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| Eustache Le Sueur, Saint Gervais et Saint Protais amenés devant le général romain Astasius, refusant de sacrifier à Jupiter, vers 1652/1653, musée du Louvre, 6m84 x 3,57m. |
Astasius apparaît sur la droite en indiquant un ordre de la main droite :Les deux frères, habillés tout de blanc, apparaissant dans la partie droite du tableau :
Il faut aller au Musée des Beaux-Arts de Lyon pour voir la 2e étape : la représentation du martyre de Gervais. Cette oeuvre a été confiée à Eustache Le Sueur a été en grande partie peinte par son élève et beau-frère Thomas Goussé (1627-1658) :
| Eustache Le Sueur et son beau-frère Thomas Goussé, Le martyre de Saint Gervais et Saint Protais, vers 1652/1655, Musée des Beaux-Arts de Lyon |
On voit, au centre, le moment où Gervais est fouetté à mort sous les yeux de son frère Protais. Un ange apporte la palme du martyre :
Astasius a alors essayé d'obtenir de Protais qu'il accepte de sacrifier aux idoles. Il fit apporter un chevalet, un instrument de torture, mais Protais resta impassible. Finalement, Astasius ordonna que Protais fût décapité. La décollation de saint Protais peinte par Sébastien Bourdon, est conservée au Musée de la Chartreuse à Arras :
| Sébastien Bourdon, La décollation de saint Protais, 1656, Musée de la Chartreuse d'Arras |
Le 4e tableau, peint par Philippe de Champaigne lui-même, représente le moment où, avec l'intercession de saint Paul, saint Gervais et saint Protais apparaissent à Saint Ambroise l'archevêque de Milan en 386 :
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| Philippe de Champaigne, Apparition de saint Gervais et saint Protais à saint Ambroise, 1658, musée du Louvre |
On voit Ambroise à droite :
saint Paul est au centre :et à gauche, les deux martyrs :
L'étape suivante montre le moment où saint Ambroise, en 386, retrouve le lieu où les reliques de saint Gervais et saint Protais ont été retrouvées :
| Philippe de Champaigne et atelier, L'invention des reliques de saint Gervais et saint Protais, vers 1660, Musée des Beaux-Arts de Lyon, 3,60m x 6,81m |
On voit à droite saint Ambroise :
et au centre, on voit les corps des deux martyrs qui sont exhumés du sol. On reconnait saint Protais qui est décapité :
Le 6e tableau, que l'on peut voir au Louvre est une oeuvre de Philippe de Champaigne, assisté de son neveu Jean-Baptiste de Champaigne (1631-1681). Il montre la translation des reliques des deux saints :
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| Philippe de Champaigne (et Jean-Baptiste de Champaigne), La translation des reliques de saint Gervais et saint Protais, 1661, Musée du Louvre, 3,63m x 6,91m |
On voit, au centre, les deux corps déplacés en procession avec sur la droite, saint Ambroise, l'archevêque de Milan :
Les peintures étaient présentées dansl'église Saint-Gervais-Saint-Protais. Elles étaient calibrées pour être installés entre les piliers de la nef. Côté Nord, en partant du choeur, on pouvait voir la comparution de Gervais et Protais devant Astasius, puis la flageallation de Gervais, et enfin la décollation de Protais. La lecture se faisait donc de droite à gauche :
Dans la partie sud de la nef, on pouvait voir l'apparition des saints à saint Ambroise, l'invention de leurs reliques, puis leur translation qui partaient donc vers le chœur. La lecture se faisait donc aussi de droite à gauche :
Voici, depuis le choeur de l'église Saint-Gervais-Saint-Protais aujourd'hui, la disposition de ces six peintures :
Les tapisseries ont été tissées par les ateliers des galeries du Louvre et livrées par Girard Laurent, directeur de l'atelier du Louvre, en 1661 pour les quatre premières, et peu après pour les deux dernières.
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| Ateliers de tissage du Louvre, Tentures de saint Gervais et saint Protais, La flagellation de saint Gervais, 1661, Petit Palais, 4,99m x 7,34m |
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| Ateliers de tissage du Louvre, Tentures de saint Gervais et saint Protais, La décollation de saint Protais, 1661, Petit Palais, 4,75m x 7,55m |
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| Ateliers de tissage du Louvre, Tentures de saint Gervais et saint Protais, Apparition de saint Gervais et Saint Protais à saint Ambroise, 1661, Petit Palais, 4,90m x 7,57m |
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| Ateliers de tissage du Louvre, Tentures de saint Gervais et saint Protais, L'invention des reliques de saint Gervais et saint Protais, vers 1661, Petit Palais, 4,96m x 7,42m |
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| Ateliers de tissage du Louvre, Tentures de saint Gervais et saint Protais, La translation des reliques de saint Gervais et saint Protais, vers 1661, Petit Palais, 4,75m x 7,55m |
Il serait intéressant qu'une exposition réunisse toutes ses oeuvres : les cartons et les tapisseries.
Sources :
- page du Petit Palais sur les tentures de Saint Gervais et Saint Protais.
- notice du Louvre sur Saint Gervais et Saint Protais amenés devant Astasius
- notice du Louvre sur la décollation de Saint Protais
- notice du Musée de Louvre sur l'apparition de saint Gervais et saint Protais à saint Ambroise
- notice du Musée des Beaux-Arts de Lyon sur l'invention des reliques de saint Gervais et saint Protais
- notice du Louvre sur la translation des reliques de Saint Gervais et Saint Protais
dimanche 1 février 2026
MMDCCCLXXII : 12, rue Pavée : le "Petit Hôtel de Brienne" du milieu du XVIIe siècle où est mort un personnage représenté sur l'Hôtel de Ville.
- au Moyen Âge, la parcelle faisait partie des terres du Couvent Sainte-Catherine-des-Ecoliers (voir article du 24 janvier 2023).
- 1632 : la parcelle est acquise par la comtesse Marie de Reffuge qui fait construire une maison avec deux corps de logis : un sur rue et un sur cour. La famille de Reffuge (ou de Refuge) était une famille originaire de Bretagne. Son membre le plus illustre a été Eustache de Refuge (1564-1617). Il a publié en 1616 un célèbre Traité de la cour ou d'instruction des courtisans.
- 1642 : la maison est vendu à Léon Bouthillier. Celui-ci était un personnage très puissant. Il était secrétaire d’État des affaires étrangères de 1631 à 1643. Il était propriétaire depuis 1635 de l'Hôtel de Chavigny qui est situé à quelques centaines de mètres (voir article du 21 avril 2013). On peut s'en rendre compte sur le plan Gomboust qui date de 1650 :
- 1657 : la veuve de Léon Bouthillier (mort en 1652), Anne Phélippaux décide de faire reconstruire complètement la demeure. L'Hôtel est composé d'un "bâtiment sur rue, aile en retour et corps de logis, entre cour et jardin, de trois étages".Anne Phélyppeaux, née en 1612, est décédée en 1694.
- dans la deuxième moitié du XVIIe sicle, l'Hôtel devient la propriété de Louis-Henri Loménie de Brienne (1636-1698). Il a en effet épousé, en 1656, une des filles de Léon Bouthillier et Anne Phélyppeaux : Henriette Bouthillier de Chavigny (1637-1664). Louis-Henri Loménie de Brienne était le fils d'Henri-Auguste de Loménie de Brienne, secrétaire d’État aux affaires étrangères de 1643 à 1653 (il avait succédé à Léon Bouthillier).
Il fait réaliser des travaux confiés à l'architecte nommé Duchêne. C'est à cette époque que l'Hôtel prend le nom de "Petit Brienne" La façade en fond de cour est dotée des deux arcades actuels :
Louis-Henri n'a peut-être pas longtemps profité de cette résidence.Il a été enfermé par lettre de cachet à l'abbaye de Saint-Lazare, un asile de fous de 1674 à 1692. Il est mort en 1698 à l'abbaye de Château-Landon (Seine-et-Marne).
Il est intéressant de remarquer que sur le plan Turgot des années 1730, on a bien du mal à retrouver la localisation du "Petit Brienne". Il s'agit certainement de celui-ci :
- En 1784, l'Hôtel a été acheté par François-Denis Tronchet (1726-1806). Celui-ci a été élu en 1789, député à l'Assemblée des Etats Généraux pour représenter Paris. Il a été un des avocats de Louis XVI pendant son procès en 1792. Il est un des pères du Code Napoléon. Il est représenté sur l'Hôtel de Ville (voir article du 21 août 2009) :
On notera que Tronchet s'était installé juste à côté d'une des prisons les plus célèbres du Paris de l'époque : la prison de la Force, ouverte en 1780 (voir article du 30 décembre 2016). Sur ce plan de Paris de 1814, on peut voir que le 12, rue Pavée était mitoyen avec la prison :- 1794 : l'Hôtel est revendu à une dénommée Angélique Girardot. Tronchet se réserve un des appartements côté rue. C'est à cette adresse qu'il meurt le 10 mars 1806.
Le plan cadastre Vasserot (1810-1836) montre la disposition du 12, rue Pavée (le n°10 à l'époque) :
Le grand espace blanc, situé en dessous sur ce plan, qui correspond à l'Est, correspond à la prison de la Force qui n'a fermé qu'en 1845 :- 1824 : l'Hôtel est racheté par un commissaire en quincaillerie, Charles-Armand Declion. L'édifice est divisé en différents logements et commerces. Une partie des locaux sert de synagogue.
- à la fin du XXe siècle, la demeure a servi d'internat pour une école de jeune filles.





















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