dimanche 1 février 2026

12, rue Pavée : le "Petit Hôtel de Brienne" du milieu du XVIIe siècle où est mort un personnage représenté sur l'Hôtel de Ville.

 

J'ai publié un article le 17 juillet 2025 à propos du 12, rue Pavée (Paris 4e). Comme on le voit en ce moment, de gros travaux ont lieu à cette adresse. Dans mon article de 2025, j'avais publié des vues,prises en 2023, qui montraient qu'il s'agissait d'une demeure ancienne avec beaucoup de charme :

 
J'ai, depuis la publication de cet article, trouvé des informations passionnantes et précises à propos de cet endroit. En effet, la Commission du Vieux Paris, dans sa séance plénière du 17 février 2022, avait évoqué les travaux prévus à cet endroit en commençant par un très intéressant rappel historique concernant le lieu.Voici une rapide chronologie que j'ai tiré de sa lecture en complétant avec quelques informations personnelles : 

- au Moyen Âge, la parcelle faisait partie des terres du Couvent Sainte-Catherine-des-Ecoliers (voir article du  24 janvier 2023).

- 1632 : la parcelle est acquise par la comtesse Marie de Reffuge qui fait construire une maison avec deux corps de logis : un sur rue et un sur cour. La famille de Reffuge (ou de Refuge) était une famille originaire de Bretagne. Son membre le plus illustre a été Eustache de Refuge (1564-1617). Il a publié en 1616 un célèbre Traité de la cour ou d'instruction des courtisans.

- 1642 : la maison est vendu à Léon Bouthillier. Celui-ci était un personnage très puissant. Il était secrétaire d’État des affaires étrangères de 1631 à 1643. Il était propriétaire depuis 1635 de l'Hôtel de Chavigny qui est situé à quelques centaines de mètres (voir article du 21 avril 2013). On peut s'en rendre compte sur le plan Gomboust qui date de 1650 :


- 1657 : la veuve de Léon Bouthillier (mort en 1652), Anne Phélippaux décide de faire reconstruire complètement la demeure. L'Hôtel est composé d'un "bâtiment sur rue, aile en retour et corps de logis, entre cour et jardin, de trois étages".Anne Phélyppeaux, née en 1612, est décédée en 1694.

- dans la deuxième moitié du XVIIe sicle, l'Hôtel devient la propriété de Louis-Henri Loménie de Brienne (1636-1698). Il a en effet épousé, en 1656, une des filles de Léon Bouthillier et Anne Phélyppeaux : Henriette Bouthillier de Chavigny (1637-1664). Louis-Henri Loménie de Brienne était le fils d'Henri-Auguste de Loménie de Brienne, secrétaire d’État aux affaires étrangères de 1643 à 1653 (il avait succédé à Léon Bouthillier). 


 Il fait réaliser des travaux confiés à l'architecte nommé Duchêne. C'est à cette époque que l'Hôtel prend le nom de "Petit Brienne" La façade en fond de cour est dotée des deux arcades actuels :


 Louis-Henri n'a peut-être pas longtemps profité de cette résidence.Il a été enfermé par lettre de cachet à l'abbaye de Saint-Lazare, un asile de fous de 1674 à 1692. Il est mort en 1698 à l'abbaye de Château-Landon (Seine-et-Marne).

Il est intéressant de remarquer que sur le plan Turgot des années 1730, on a bien du mal à retrouver la localisation du "Petit Brienne". Il s'agit certainement de celui-ci :



- En 1784, l'Hôtel a été acheté par François-Denis Tronchet (1726-1806). Celui-ci a été élu en 1789, député à l'Assemblée des Etats Généraux pour représenter Paris. Il a été un des avocats de Louis XVI pendant son procès en 1792. Il est un des pères du Code Napoléon. Il est représenté sur l'Hôtel de Ville (voir article du 21 août 2009) : 

On notera que Tronchet s'était installé juste à côté d'une des prisons les plus célèbres du Paris de l'époque : la prison de la Force, ouverte en 1780 (voir article du 30 décembre 2016). Sur ce plan de Paris de 1814, on peut voir que le 12, rue Pavée était mitoyen avec la prison :


 - 1794 : l'Hôtel est revendu à une dénommée Angélique Girardot. Tronchet se réserve un des appartements côté rue. C'est à cette adresse qu'il meurt le 10 mars 1806.

Le plan cadastre Vasserot (1810-1836) montre la disposition du 12, rue Pavée (le n°10 à l'époque) :

Le grand espace blanc, situé en dessous sur ce plan, qui correspond à l'Est, correspond à la prison de la Force qui n'a fermé qu'en 1845 :


 - 1824 : l'Hôtel est racheté par un commissaire en quincaillerie, Charles-Armand Declion. L'édifice est divisé en différents logements et commerces. Une partie des locaux sert de synagogue. 

 - à la fin du XXe siècle, la demeure a servi d'internat pour une école de jeune filles.