dimanche 22 janvier 2023

MMDXXVIII : Les représentations de Louis XIV dans Paris Centre : un Louis XIV enfant qui ornait jadis le Pont-au-Change

  

Voici un nouvel épisode de la série consacrée aux représentations de Louis XIV dans Paris Centre. Comme on peut s'en rendre compte sur la photographie qui ouvre cet article, il s'agit d'un Louis XIV enfant.

Cette statue est aujourd'hui au Louvre dans le département des sculptures du XVIIe siècle (aile Richelieu) au sommet de la reconstitution d'un vaste monument :

Celui-ci se trouvait initialement à un endroit assez insolite : à l'extrémité Nord du Pont au Change (celui reconstruit dans les années 1640). On peut voir sur le plan Turgot la localisation de ce monument :

Le pont conduisant rive droite à l'endroit où se trouvait la petite forteresse du Châtelet, un pâté de maisons construit à l'extrémité du pont permettait d'aller soit vers l'Ouest, soit vers l'Est. Le monument était situé sur la partie qui faisait face à la circulation venant du pont. Une gravure du début du XVIIIe montre à quoi cela ressemblait :

Il faut donc prendre du recul pour bien se rendre compte de l'aspect de cette construction :

On peut ainsi voir que Louis XIV encore tout jeune enfant (il était roi depuis 1643) est entouré à gauche par son père le roi Louis XIII (mort en mai 1643) :

et à gauche par sa mère, Anne d'Autriche qui était la vraie détentrice du pouvoir à l'époque puisqu'elle était régente au nom du jeune roi qui n'avait pas 5 ans en mai 1643 quand il est devenu roi. Anne d'Autriche exercera la régence (malgré la Fronde) officiellement jusqu'en 1651, c'est-à-dire quand Louis XIV aura atteint l'âge de 13 ans et elle gardera une grande partie du pouvoir jusqu'à la mort du Premier Ministre qu'elle avait choisi : le cardinal Mazarin.

 C'est en se mettant sur un des côtés que l'on voit mieux la composition de l'ensemble :

Ces bronzes sont dus au sculpteur Simon Guillain (né à Paris en 1581 et mort dans la même ville le 26 décembre 1658).

Les statues des monarques sont tout en hauteur et elles sont difficiles à voir. Elle n'était d'ailleurs pas faites pour être vues de près. Par contre, le bas-relief représentant des ennemis vaincus est absolument superbe :

Les statues ont été retirées en même temps que la démolition des maisons qui se trouvaient sur le pont-au-change en 1787 comme cela a été représenté dans des tableaux d'Hubert Robert (voir article du 3 octobre 2012). Sur le tableau ci-dessous, le pâté de maisons où était installé ce monument a la gloire du jeune Louis XIV était dans le dos du peintre :

Le monument a été complètement détruit en 1794. Les décors ont été transférés au Musée des Monuments français dirigé par Alexandre Lenoir qui avait dessiné le monument :


A l'époque il semble que Louis XIV tenait un sceptre qui a disparu depuis.

J'avais déjà consacré un article à ce monument en Janvier 2020.

jeudi 19 janvier 2023

MMDXXVII : Les façades d'immeuble de Paris Centre : la façade Art Nouveau du 41 rue Beaubourg signé Gustave Goy

 

Au 41 rue Beaubourg (Paris 3e), la façade de cet immeuble n'attire pas l'attention au 1er coup d'oeil. Le portail est même assez austère : 

 Il est rythmé par deux avancées en encorbellement qui donnent du volume à la façade :

Quand on regarde les ferronneries des balcons et des garde-corps on se rend compte qu'il s'agit d'un décor Art Nouveau avec de nombreux décors végétaux 

mais il faut élever le regard jusqu'au 4e étage pour admirer tout ce qui fait son intérêt :

On se rend alors compte que des consoles d'angles ont un superbe décor :

et qu'elles sont surmontées par des tournesols qui entourent un décor en forme de colonne qui est très élégant :

La balcon situé au 5e étage est une petite merveille :

La façade de l'immeuble est datée et signée au niveau du 1er étage à gauche :

Il s'agit de Gustave Goy et la date de construction est 1903 :

Cet architecte a signé plusieurs autres façades à Paris, plutôt dans l'Ouest Parisien :

- en 1888 : 17 et 19 rue Le Sueur (Paris 16e) et aux 3, 4, 5, 6, 7, 8 rue du Bois de Boulogne (Paris 16e)

- en 1900 : 21 rue Monsieur (Paris 7e)

- en 1901 : 14 ter rue Oudinot (Paris 7e)

- en 1908 : 29 rue Hoche (Paris 16e) et 39 boulevard Raspail (Paris 7e)

- en 1912 : 42 rue de Lisbonne (Paris 8e)

On lui doit aussi la façade du 85 avenue Charles de Gaulle à Neuilly, construite comme celle du 41 rue Beaubourg en 1903. Cet immeuble est référencé dans l'inventaire Mérimée du Ministère de la Culture.

Gustave Goy est aussi l'architecte du Temple la chapelle de l'Humanité situé 5 rue Payenne et qui date de 1905.

Le permis de construire du 41 rue Beaubourg a été déposé le 24 juin 1902. A cette époque, Gustave Goy habitait au 3 rue Lagrange (Paris 5e). Le propriétaire était un dénommé A. Hainchelin qui habitait 3 rue Pierre Charron (Paris 8e). Je n'ai pas trouvé d'information à son sujet si ce n'est qu'il semble qu'il possédait aussi un immeuble au 44 rue Etienne Marcel (Paris 2e).

J'aime tout particulièrement les tournesols du 5e étage du 41 rue Beaubourg qui lui donne un aspect qui s'inscrit dans le style Art Nouveau en vogue au début du XXe siècle :




lundi 16 janvier 2023

MMDXXVI : Les Premiers voeux de la mairie de Paris Centre en présence des habitants avec une très belle surprise


 En tant que chroniqueur local, je n'ai pas manqué bien sûr la cérémonie des vœux du maire de Paris Centre qui se tenait au Carreau du Temple en fin de matinée samedi 14 janvier 2023. C'est un moment important pour pouvoir rencontrer les amis et les connaissances. Or, une telle cérémonie n'avait pas eu lieu en public depuis le début de la Pandémie de Covid au printemps 2020 et donc depuis la fusion entre les quatre premiers arrondissements de Paris et les élections municipales de cette même année 2020.

J'ai écrit depuis la création de ce blog plusieurs articles pour sur cette cérémonie dans le 4e arrondissement qui est un moment où la municipalité peut rencontrer les habitants. Le dernier en date est celui à propos des vœux de 2019 lors desquels j'avais trouvé qu'Ariel Weil m'avait vraiment paru si juste dans ses propos que j'avais même estimé qu'il fallait que j'arrête ce blog qui avait eu -entre autre- comme vocation de jouer les "poils à gratter" (voir article du 19 janvier 2019). C'est grâce à de nombreuses demandes, notamment celle d'Ariel Weil, que je m'étais décidé à poursuivre l'aventure de ce blog commencé en mars 2008.

J'ai donc été très content de pouvoir être présent pour témoigner du déroulement de ce rituel qui ici n'en était pas un puisqu'il n'y avait jamais eu de vœux du maire de Paris Centre en public. Il s'agissait donc d'immortaliser cette première.

Les premiers à monter sur scène à 11h35 ont été les membres du Choeur de l'Armée. Ils ont interprété "Paris tu m'as pris dans tes bras" d'Enrico Macias.

puis vers 11h40 on a vu se dresser cinq échelles devant la scène. Le groupe de gym de la Brigade des Sapeurs Pompiers de Paris a interprété d'impressionnantes acrobaties sur une musique du film Gladiator :


Puis, un peu après 11h50, les élus sont montés sur scène. Aux côtés d'Ariel Weil (maire de Paris Centre) et de la maire de Paris, Anne Hidalgo, on comptait pas moins d'un ministre (Clément Beaune), trois députés : Julien Bayou, Clara Chassaniol et Sylvain Maillard et les conseillers de Paris de Paris Centre ainsi que la plupart des conseillers de secteurs.

Ariel Weil a alors commencé un discours qui a duré une vingtaine de minutes. Il s'agit d'une figure de style imposée qui permet à tout maire de vanter ses réalisations et d'annoncer les projets prévus pour l'année :

Ce discours avait lieu dans cet espace superbe qu'est le carreau du Temple :

Vers 12h10, Anne Hidalgo a pris à son tour la parole. 

Elle a elle aussi bien sûr tenu un discours très admiratif sur sa propre politique en insistant sur le caractère formidable de de la fusion entre les quatre arrondissements (point sur lequel pour ma part je reste sceptique car nous sommes un certain nombre à considérer qu'une certaine proximité et une convivialité a été perdue avec la mise en place de ce regroupement, notamment la vie locale qui existait dans les mairies d'arrondissement tant sur le plan associatif que culturel). Elle a aussi été très incisive sur deux points : le refus de la fermeture des classes et son hostilité à la privatisation des lignes de bus.

Le discours d'Anne Hidalgo s'est achevé vers 12h25 et on a vu apparaître devant la scène, ce qui était pour moi, une véritable source de cauchemar que je faisais de l'EPS en tant qu'écolier : les barres parallèles. Les gymnastes de la Brigade des Sapeurs Pompiers m'ont réconcilié avec cet agrès en interprétant une formidable série de figures (qui ont quand même achevé de me convaincre que pour ma part j'avais vraiment été complètement nul dans ce sport) mises en valeurs par la couleur des tenues bleues, blanches et rouges :


En final, à 12h35, le chœur de l'Armée rouge et celui des enfants de Sotto Voce (que j'ai toujours énormément de plaisir à entendre) ont interprété une superbe Marseillaise dans la version très énergique mise en musique par Hector Berlioz :

La cérémonie a été conclue par Ariel Weil à 12h40.

Cela a permis après à tous les participants de se retrouver autour d'un verre. Un moment de convivialité bien venu où j'ai eu le plaisir de retrouver de nombreux amis. J'ai une pensée pour Pierre Housieaux (disparu en mars 2020) et André Moreau (décédé en juin 2022) qui auraient certainement été présents car je ne me souviens pas d'avoir passé une cérémonie de vœux en mairie du 4e entre 2008 et 2020 sans eux.

samedi 14 janvier 2023

MMDXXV : Les statues de l'Hôtel de Ville : Série sur les Villes de France (7e volet) : la ville de Lyon par Claudius Marioton

  

Je continue la série consacrée aux villes représentées sur la façade de l'Hôtel de Ville côté rue Lobau. Il s'agit d'ici de la 7e statue en partant de la droite (ou de la 8e statue en partant de la gauche) :

En regardant la partie droite de la statue, on peut identifier la ville :

On peut voir un lion. Il s'agit des armoiries de la ville de Lyon qui est représentée par un lion :

Le personnage tient une épée et est vêtue d'une armure avec une curieuse protection des deux seins :

Cette statue est une oeuvre du sculpeur Claudius Marioton (nom d'artiste de Claude Marioton), né à Paris le 2 février 1844 et mort dans le 20e arrondissement de Paris le 10 avril 1919.

Voici une photographie de l'artiste vers 1880 à l'époque où il a sculpté la statue de la ville de Lyon :

mercredi 11 janvier 2023

MMDXXIV : Une plantation de 31 arbres sur le quai aux Fleurs qui posent quelques questions...

 

Lundi 9 janvier 2023, j'ai assisté en mairie de Paris Centre à une réunion sur un sujet qui à priori semble une très bonne nouvelle : la plantation de 31 arbres sur le quai aux Fleurs. Il faut rappeler que celui-ci aux Fleurs est situé dans la partie Nord-Est de l'île de la Cité entre le pont Saint-Louis et le pont d'Arcole et que pour une raison liée aux aléas de l'Histoire, il n'est pas celui situé devant le marché aux Fleurs (qui s'appelle le Quai de la Corse).

J'ai utilisé dans une grande partie de cet article les diapositives présentées dans la réunion avec par exemple celle-ci qui permet de localiser le quai sur un carte :


Le sujet pourrait sembler consensuel or j'ai été surpris de voir une assistance nombreuse présente à la réunion. La salle des mariages de la mairie de Paris Centre (ex mairie du 3e) est certes beaucoup plus petite que la salle des fêtes de la mairie du 4e (je regrette tant les réunions dans cette superbe salle auxquelles j'ai assisté dans le passé) mais elle était quasiment pleine :


Cette réunion était dirigée par le maire de Paris Centre, Ariel Weil. Cela a permis de comprendre le but principal de ce nouvel aménagement : la plantation de 31 arbres sur un des quais des îles sur lequel on ne trouve pas d'arbre comme on peut le voir une photographie aérienne :

Le but est ainsi de lutter contre les îlots de chaleur :

et de créer des liens entre les réservoirs de biodiversités.

Voici une présentation de l'aspect actuel du quai et de l'emplacement où les arbres doivent être plantés :

Il est aussi prévu d'élargir les trottoirs le long du quai de 70% (pour les porter à 1m30), de créer un double sens vélo tout en maintenant des places de parkings pour automobiles (avec une diminution du nombre de places de stationnement payant  de 24 places puisque leur nombre passerait de 79 à 55) et en créant 34 places de parkings pour vélo. 

Les arbres plantés ont été choisis avec des essences adaptés à un espace urbain. Il s'agit d'une part le micocoulier de Provence dont on peut voir un exemplaire place Albert Memmi (un seul puisque deux autres arbres de cette espèce qui étaient présents à cet endroit ont été tronçonnés il y a quelques années) :

et de Féviers d'Amérique :

Au pied des arbres, il est prévu d'installer des grilles Davioud (appelée Alphand par certains)

Voici un visuel qui montre l'aspect actuel du quai et celui qui est prévu :

Trente-un arbres supplémentaires sur les bords de Seine, à priori, on devrait s'attendre à ce qui le projet fasse l'unanimité pour lui... sauf que l'assistance nombreuse présente à cette réunion témoigne du fait qu'il y a des inquiétudes et des questions de la part des riverains (Quand  tant des personnes se déplacent dans une réunion publique [Surtout que le mairie de Paris Centre n'est pas vraiment à côté de l'île de la Cité] c'est qu'il y a de réelles interrogations).

Les riverains de ce quai ont soulevé plusieurs problèmes qu'il faut entendre et qui montrent que quand un tel projet est entrepris, il serait bon d'entamer une consultation -une véritable consultation- en amont au lieu de présenter un  projet tout ficelé à ceux qui sont les usagers les plus fréquents de cet espace. Voici les principaux problèmes évoqués :

1°) Certains habitants de ce quai sont heureux d'avoir depuis chez eux une très belle vue sur la Seine et sur la rive droite. Ils ont ainsi découverts qu'ils allaient avoir désormais devant leurs fenêtres des arbres de 5m de haut. Il est vrai que ces derniers seront espacés de 9m et qu'ils auront des arbres à feuilles caduques (donc avec une vue dégagée en hiver) mais je ne comprends pas pourquoi avant de se lancer dans un tel projet, il n'est pas prévu de rencontrer les riverains. Je pense notamment à l'Association de la Défense du Site Notre-Dame qui a tant fait pour la préservation de la qualité de vie dans cette partie de Paris avec par exemple la lutte contre la création d'une autoroute urbaine le long de la rive gauche face à Notre-Dame au début des années 1970.

2°) Certains riverains sont inquiets du fait que la voie de circulation va être rétrécie. Il ne sera plus possible de doubler. Or ce quai est très régulièrement traversé par des bus, des véhicules de secours (en raison de la proximité de l'Hôtel Dieu) et de police (avec la proximité de la Préfecture de Police). Il y a un risque d'entendre assez régulièrement des klaxons et des sirènes d'urgence.

3°) Des remarques très intéressantes ont été faites sur la nature du sous-sol. Il a été rappelé que le quai était fait de remblais avec des arches que certains ont vu lors de travaux précédents il y a relativement longtemps. Un responsable de la Ville de Paris a  répondu que chaque arbre aurait à sa base une réserve de terre de 12m3. Pour cela il faudra procéder dans peu de temps à des carottages qui n'ont pas encore été faits.  Ce qui peut sembler pour le moins étonnant avant de se lancer dans un tel projet.  Cela m'a conduit à m'intéresser à l'histoire de ce quai.

Sur une vue du XVIIIe siècle de Raguenet à laquelle j'ai consacrée un article en 2012, on peut voir qu'à l'époque, il n'y avait pas de quai : les constructions allaient jusqu'au bord de la Seine à cet endroit :

Cela est confirmé quand on observe le plan Turgot des années 1730 : 

On se rend compte qu'il y avait un petit port à cet endroit, le "Port du Landry" du nom d'une église qui était située à l'emplacement de l'actuelle rue d'Arcole :

L'ensemble de ces bâtiments a été démolis par une arrêté du Consul de la République Napoléon Bonaparte pris le 29 Vendémiaire an XII (22 octobre 1803) comme on peut le lire dans cet extrait de l'article "quai Napoléon" dans le Dictionnaire Historique et Administratif des rues de Paris de 1844 : 
 
[Le quai a pris le nom de quai aux fleurs en 1879. La partie située entre le Pont d'Arcole et le Pont Notre-Dame (où il n'est pas semble-t-il prévu de planter des arbres) a pris le nom de Quai de la Corse en 1929]. A la lecture de cet arrêté du 1er consul de 1803, on peut penser qu'en creusant le quai, on risque de découvrir des vestiges des bâtiments anciens qui se trouvaient à cet endroit puisqu'il faut rappeler que l'île de la Cité est habitée depuis l'Antiquité. On peut voir le tracé du mur d'enceinte gallo-romain tout près de là, rue de la Colombe (voir article du 12 mai 2008). Il faut espérer que l'INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives) suivra de près le chantier.

Les arbres doivent normalement être plantés dès la fin de l'année 2023 pour un aménagement achevé en 2024. 

Addendum : après mon départ de cette réunion deux points ont été précisés qui m'ont été communiqué par une amie restée sur place :

1) c'est un projet Hôtel de Ville (déclaré comme tel à la fin de la réunion)
2) pour la plantation sur le Quai aux fleurs, le budget est de 550 000, adjugé en 2023 au détriment du Marché aux fleurs qui n'a pas d'enveloppe pour l'entretien, la réfection de la voirie, etc. La proposition a été de destiner au Marché aux fleurs cette somme.