Voici le 33e épisode de la série relative aux statues qui décorent la
cour du Louvre. Il concerne la statue de Lavoisier l'on peut
voir sur la rotonde de Beauvais :
La statue de Lavoisier est la cinquième en partant de la gauche :
J'ai déjà consacré deux articles à ce scientifique. Un à propos de sa statue par Jean-Antoine-Marie Idrac que l'on peut voir sur l'Hôtel de Ville (article du 20 janvier 2012) et un autre à propos de son laboratoire de chimie qui se trouvait à l'Arsenal (article du
Voici la notice que je lui avais consacré en 2012 : Antoine-Laurent de Lavoisier est né à Paris le 26 août 1743. On peut
supposer que sa famille était de l'actuel 4e arrondissement puisque sa
naissance a été inscrite au registre des baptêmes de l'église
Saint-Merri.
C'est un des plus grands chimistes français. On lui doit
l'identification en 1778 de l'oxygène et la mise au point de la
nomenclature chimique. Il est le père de la fameuse loi de conservation :
"Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme". On lui doit
aussi les travaux qui ont permis la mise au point de la 1ère carte
géologique de France en 1769.
Cependant, Antoine de Lavoisier était aussi percepteur de la Ferme
générale. Or, si les révolutions sont parfois nécessaires pour renverser
les injustices, elles conduisent parfois à des violences et des
sottises sans nom... Lors de la terreur, malgré l'excellence de ses
recherches, Lavoisier a fait partie des 28 fermiers généraux guillotinés
place de la Révolution (actuelle place de la Concorde) le 8 mai 1794.
Alors que Lavoisier demandait un sursis de quelques jours pour pouvoir
achever une expérience, le président du tribunal révolutionnaire,
Coffinhal a répondu que "La République n'a pas besoin de savants, ni de
chimistes !".
L'artiste qui a sculpté cette statue est Jacques-Léonard Maillet, né à Paris le 12 juillet 1823 et mort dans le 16e arrondissement de Paris le 14 février 1894.C'était un élève de James Pradier. Eugène Lenepveu a peint un portrait de lui vers 1850. Il est aujourd'hui conservé à l'Académie de France à Rome :
L'acte de décès mentionne que Jacques-Léonard Maillet était chevalier de la légion d'honneur et qu'au moment de son décès il habitait 49, boulevard Lannes.
J'ai trouvé une page sur un site mis en ligne par ses descendants en 2004 qui lui est intégralement consacré . Je reproduis ici les informations car quand les pages disparaissent, on perd toute la richesse de l'information :
"Jacques-Léonard MAILLET est né à Paris le 12 juillet 1823 au 8 Marché
Beauveau (l’actuelle place d’Aligre). Son père s’appelait Léonard Simon
MAILLET, sa mère Louise Elisabeth AVIGNON. Monsieur MAILLET père vécut
toute sa vie du coté du Faubourg St Antoine (13, rue de Cotte) où il
exerça la profession de menuisier. Il décéda au 10, rue de Picpus le 24
août 1866. Son épouse décéda avant lui.
Jacques MAILLET eût une soeur ainée (Estelle, née en 1819, épouse
d'Etienne LEGOUARDIN), un frère (Jean-Baptiste Simon, né en 1820 et sans
doute décédé très jeune) et une autre sœur (Reine, née en 1826, épouse
d’Armand MALTAUX) qui lui survécu et habitait la commune de Puteaux. Jacques MAILLET épousa Adrienne Désirée VARE le 31 décembre 1856 dont
il eût 3 filles: Léonie, Eugénie et Isabelle. Ils habitent
successivement au 5 rue Carnot puis au 49 boulevard Lannes à Paris. Il
se séparent probablement ensuite puisque Adrienne Varé termine sa vie à
Précy sur Oise où se marieront les trois filles. Deux ans avant sa mort,
alors qu’il était veuf d’Adrienne VARE, il épouse Jenny TOUZIN (poête)
née GRIMAULT qui se trouve à cette époque en si mauvaise santé qu’elle
ne peut se déplacer et que son mariage doit être célébré à son domicile.
Il décéda le 14 février 1894 après avoir perdu sa fille ainée Léonie
morte en couche à l’âge de 34 ans le 13 janvier 1893. Il fût inhummé au
cimetière du Père Lachaise (Concession reprise en 1984, aucune trace de
l’endroit exact ni du monument).
Hormis les dernières années de sa vie perturbées par de nombreux
évênements familiaux, Jacques MAILLET sculpta sans discontinuer et
exposa ses œuvres aussi bien à Paris qu’en province où il voyagea
probablement à de nombreuses reprises pour sa carrière (Nantes,
Montauban...). Il acquit suffisamment de notoriété pour vivre très
confortablement de son art et être admis dans les hautes sphères de
l’état. Il nous laisse une œuvre complète pour partie visible dans les
musées nationaux, les églises et bâtiments publics, et pour le reste
probablement disséminée dans des collections privées et susceptible à
tout moment de réapparaître sur le marché de l’art au gré des ventes....
Sculpteur français, son œuvre est très marquée par les thèmes antiques ou bibliques.
Elle comporte également des petites terres cuites et des modèles pour orfèvre.
L’artiste se partagea entre le style néo-grec académique et le style romantique. Jacques MAILLET fréquenta d’abord une école de dessin du Faubourg
Saint-Antoine, puis entra à l’âge de 17 ans à l’école
des Beaux-Arts le 1er octobre 1840 (date confirmée dans le registre
matricule des élèves de l’école: AJ52327 N°1909), remporta, alors qu’il
était élève de élève de Jean-Jacques
Feuchère, le deuxième grand prix de Rome de sculpture en 1841, puis
étudia sous la direction de James Pradier.
A vingt ans, le jeune Maillet n’a pas que la sculpture en tête...et
déçoit un peu ses professeurs:
"Il y a deux ans que M. Maillet a obtenu un second grand prix, il
n’avait alors que dix huit ans; la confiance, si commune à cet âge, et
la bonne opinion que ce demi-succès lui aura fait concevoir de lui-même,
ont sans doute amené quelque relachement dans son travail, car, depuis
ce temps, il n’a fait aucun progrès, et même il peut être classé
aujourd’hui parmi les plus faibles du concours. En effet, si dans sa
composition nous exceptons une figure d’enfant placée à droite, qui a
beaucoup de jeunesse, nous trouverons que tout le reste est fort
insignifiant, que les têtes sont sans caractère et les draperies très
lourdes..."
Malgré cela son classement pour chaque année montre une belle
progression (1841: admis, 1842: admis, 1843: 6ième, 1844? 1845: 2ième,
1846: 1er, 1847: 3ième (archives nationales AJ52/234). Le 4 septembre
1845, Pradier écrit au directeur des Musées le comte de Cailleux:
"[...] Je compte encore sur votre bonté pour me faire obtenir ce
morceau de
marbre grec qui, je vous répète, ne peut servir qu’à moi. [...] Vous
verrez,
cher de Cailleux, que si vous me permettez de faire votre buste
comme j’en
ai l’espérance, ce que je saurai faire du restant de ce marbre.
[...] L’exposition en sculpture est ouverte à présent. MM. Guillaume et
Maillet,
mes élèves, ont beaucoup de chances; M. Moreau aussi, élève de Ramey
et
Dumont. Les autres font fiasco, à part cependant Thomas qui n’est
pas mal."
En 1847 il gagna le premier grand prix de Rome sur le sujet de concours:
Télémaque rapportant à
Phalante l’urne renfermant les cendres d’Hippias
, puis quitta ensuite l’école et parti alors pour Rome où il
séjourna pendant quatre ans à l’Académie de France (on trouve trace de
son
passage en tant que résident à la villa MEDICIS du 26/01/1848 au
31/12/1851). Il reçu là bas la visite de Gustave Flaubert et Maxime Du
camp comme l’atteste une lettre de Flaubert à sa mère (Rome, 29 mars
1851):
"Nous
avons été faire une visite à Maillet, l’ancien élève de Pradier, que tu as
vu dans son atelier. Il nous a parfaitement reçus, et a eu l’air content de nous revoir."Il revint en France en 1853, rapportant à son retour à Paris le groupe
Agrippina et Caligula
(marbre, salon de 1853), son premier objet exposé
dans un salon et qui lui valu une première médaille. Plus tard il fût encore récompensé d’une
2ième médaille à l’exposition universelle de 1855, d’un rappel de première médaille en 1857, et
d’une 3ième médaille à l’exposition universelle de 1867. Toutes les récompenses qu’il recevra lui seront
décernées sous le second empire.
La statue de Lavoisier par Jacques-Léonard Maillet montre un Lavoisier très pensif :