vendredi 28 novembre 2025

MMDCCCLI : Exposition David : une exposition consacrée à un natif du quartier du Louvre

 

En ce moment, se tient au Louvre une exposition à ne pas manquer : la rétrospective consacrée au peintre Jacques-Louis David. Une impressionnante quantité de ses oeuvres y sont exposées et la présentation est très réussie. Par exemple, pour le Serment des Horaces, on a l'impression de rentrer dans le tableau ce qui n'est pas le cas quand il est présenté dans la salle des grands formats tout près de l'immense sacre de Napoléon.

J'ai aussi énormément apprécié de voir l'immense esquisse inachevée d'une partie du serment du jeu de Paume :


 La réunion des trois versions de la Mort de Marat est aussi très saisissante même si comme la salle est plongée dans le noir, il est difficile de réussir une bonne photo.

L'exposition permet aussi de réunir de nombreuses oeuvres de l'époque napoléonienne. Les fan de Bonaparte doivent s'y précipiter :


 J'ai un regret cependant. L'exposition mentionne seulement que David est né à Paris en août 1748. Il aurait été intéressant de rappeler qu'il était né à quelques centaines du Louvre, quai de la Mégisserie et qu'il a été baptisé dans l'église St-Germain-l'Auxerrois qui aujourd'hui est juste en face du Louvre. De même, je ne crois pas qu'il soit signalé que David avoit trois ateliers au Louvre quand celui-ci, avant la Révolution, était un site qui accueillait des artistes en résidence. 

 

mercredi 26 novembre 2025

MMDCCCL : Les statues du Louvre (33e volet) : Lavoisier par Jacques-Léonard Maillet

  

Voici le 33e épisode de la série relative aux statues qui décorent la cour du Louvre. Il concerne la statue de Lavoisier l'on peut voir sur la rotonde de Beauvais  :


 La statue de Lavoisier est la cinquième en partant de la gauche : 

J'ai déjà consacré deux articles à ce scientifique. Un à propos de sa statue par Jean-Antoine-Marie Idrac que l'on peut voir sur l'Hôtel de Ville (article du 20 janvier 2012) et un autre à propos de son laboratoire de chimie qui se trouvait à l'Arsenal (article du 

Voici la notice que je lui avais consacré en 2012 : Antoine-Laurent de Lavoisier est né à Paris le 26 août 1743. On peut supposer que sa famille était de l'actuel 4e arrondissement puisque sa naissance a été inscrite au registre des baptêmes de l'église Saint-Merri.

C'est un des plus grands chimistes français. On lui doit l'identification en 1778 de l'oxygène et la mise au point de la nomenclature chimique. Il est le père de la fameuse loi de conservation : "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme". On lui doit aussi les travaux qui ont permis la mise au point de la 1ère carte géologique de France en 1769.

Cependant, Antoine de Lavoisier était aussi percepteur de la Ferme générale. Or, si les révolutions sont parfois nécessaires pour renverser les injustices, elles conduisent parfois à des violences et des sottises sans nom... Lors de la terreur, malgré l'excellence de ses recherches, Lavoisier a fait partie des 28 fermiers généraux guillotinés place de la Révolution (actuelle place de la Concorde) le 8 mai 1794. Alors que Lavoisier demandait un sursis de quelques jours pour pouvoir achever une expérience, le président du tribunal révolutionnaire, Coffinhal a répondu que "La République n'a pas besoin de savants, ni de chimistes !". 


 L'artiste qui a sculpté cette statue est Jacques-Léonard Maillet, né à Paris le 12 juillet 1823 et mort dans le 16e arrondissement de Paris le 14 février 1894.C'était un élève de James Pradier. Eugène Lenepveu a peint un portrait de lui vers 1850. Il est aujourd'hui conservé à l'Académie de France à Rome :

L'acte de décès mentionne que Jacques-Léonard Maillet était chevalier de la légion d'honneur et qu'au moment de son décès il habitait 49, boulevard Lannes.


 

J'ai trouvé une page sur un site mis en ligne par ses descendants en 2004 qui lui est intégralement consacré . Je reproduis ici les informations car quand les pages disparaissent, on perd toute la richesse de l'information :

"Jacques-Léonard MAILLET est né à Paris le 12 juillet 1823 au 8 Marché Beauveau (l’actuelle place d’Aligre). Son père s’appelait Léonard Simon MAILLET, sa mère Louise Elisabeth AVIGNON. Monsieur MAILLET père vécut toute sa vie du coté du Faubourg St Antoine (13, rue de Cotte) où il exerça la profession de menuisier. Il décéda au 10, rue de Picpus le 24 août 1866. Son épouse décéda avant lui.
Jacques MAILLET eût une soeur ainée (Estelle, née en 1819, épouse d'Etienne LEGOUARDIN), un frère (Jean-Baptiste Simon, né en 1820 et sans doute décédé très jeune) et une autre sœur (Reine, née en 1826, épouse d’Armand MALTAUX) qui lui survécu et habitait la commune de Puteaux.  Jacques MAILLET épousa Adrienne Désirée VARE le 31 décembre 1856 dont il eût 3 filles: Léonie, Eugénie et Isabelle. Ils habitent successivement au 5 rue Carnot puis au 49 boulevard Lannes à Paris. Il se séparent probablement ensuite puisque Adrienne Varé termine sa vie à Précy sur Oise où se marieront les trois filles. Deux ans avant sa mort, alors qu’il était veuf d’Adrienne VARE, il épouse Jenny TOUZIN (poête) née GRIMAULT qui se trouve à cette époque en si mauvaise santé qu’elle ne peut se déplacer et que son mariage doit être célébré à son domicile. Il décéda le 14 février 1894 après avoir perdu sa fille ainée Léonie morte en couche à l’âge de 34 ans le 13 janvier 1893. Il fût inhummé au cimetière du Père Lachaise (Concession reprise en 1984, aucune trace de l’endroit exact ni du monument). Hormis les dernières années de sa vie perturbées par de nombreux évênements familiaux, Jacques MAILLET sculpta sans discontinuer et exposa ses œuvres aussi bien à Paris qu’en province où il voyagea probablement à de nombreuses reprises pour sa carrière (Nantes, Montauban...). Il acquit suffisamment de notoriété pour vivre très confortablement de son art et être admis dans les hautes sphères de l’état. Il nous laisse une œuvre complète pour partie visible dans les musées nationaux, les églises et bâtiments publics, et pour le reste probablement disséminée dans des collections privées et susceptible à tout moment de réapparaître sur le marché de l’art au gré des ventes....

Sculpteur français, son œuvre est très marquée par les thèmes antiques ou bibliques. Elle comporte également des petites terres cuites et des modèles pour orfèvre. L’artiste se partagea entre le style néo-grec académique et le style romantique. Jacques MAILLET fréquenta d’abord une école de dessin du Faubourg Saint-Antoine, puis entra à l’âge de 17 ans à l’école des Beaux-Arts le 1er octobre 1840 (date confirmée dans le registre matricule des élèves de l’école: AJ52327 N°1909), remporta, alors qu’il était élève de élève de Jean-Jacques Feuchère, le deuxième grand prix de Rome de sculpture en 1841, puis étudia sous la direction de James Pradier. A vingt ans, le jeune Maillet n’a pas que la sculpture en tête...et déçoit un peu ses professeurs:
"Il y a deux ans que M. Maillet a obtenu un second grand prix, il n’avait alors que dix huit ans; la confiance, si commune à cet âge, et la bonne opinion que ce demi-succès lui aura fait concevoir de lui-même, ont sans doute amené quelque relachement dans son travail, car, depuis ce temps, il n’a fait aucun progrès, et même il peut être classé aujourd’hui parmi les plus faibles du concours. En effet, si dans sa composition nous exceptons une figure d’enfant placée à droite, qui a beaucoup de jeunesse, nous trouverons que tout le reste est fort insignifiant, que les têtes sont sans caractère et les draperies très lourdes..."

Malgré cela son classement pour chaque année montre une belle progression (1841: admis, 1842: admis, 1843: 6ième, 1844? 1845: 2ième, 1846: 1er, 1847: 3ième (archives nationales AJ52/234). Le 4 septembre 1845, Pradier écrit au directeur des Musées le comte de Cailleux: "[...] Je compte encore sur votre bonté pour me faire obtenir ce morceau de marbre grec qui, je vous répète, ne peut servir qu’à moi. [...] Vous verrez, cher de Cailleux, que si vous me permettez de faire votre buste comme j’en ai l’espérance, ce que je saurai faire du restant de ce marbre. [...] L’exposition en sculpture est ouverte à présent. MM. Guillaume et Maillet, mes élèves, ont beaucoup de chances; M. Moreau aussi, élève de Ramey et Dumont. Les autres font fiasco, à part cependant Thomas qui n’est pas mal."

En 1847 il gagna le premier grand prix de Rome sur le sujet de concours: Télémaque rapportant à Phalante l’urne renfermant les cendres d’Hippias , puis quitta ensuite l’école et parti alors pour Rome où il séjourna pendant quatre ans à l’Académie de France (on trouve trace de son passage en tant que résident à la villa MEDICIS du 26/01/1848 au 31/12/1851). Il reçu là bas la visite de Gustave Flaubert et Maxime Du camp comme l’atteste une lettre de Flaubert à sa mère (Rome, 29 mars 1851):
"Nous avons été faire une visite à Maillet, l’ancien élève de Pradier, que tu as vu dans son atelier. Il nous a parfaitement reçus, et a eu l’air content de nous revoir."Il revint en France en 1853, rapportant à son retour à Paris le groupe Agrippina et Caligula (marbre, salon de 1853), son premier objet exposé dans un salon et qui lui valu une première médaille. Plus tard il fût encore récompensé d’une 2ième médaille à l’exposition universelle de 1855, d’un rappel de première médaille en 1857, et d’une 3ième médaille à l’exposition universelle de 1867. Toutes les récompenses qu’il recevra lui seront décernées sous le second empire.

La statue de Lavoisier par Jacques-Léonard Maillet montre un Lavoisier très pensif :


 

 

dimanche 23 novembre 2025

MMDCCCXLIX : Mon dernier conseil de Paris Centre de cette mandature

La façade de la marie de Paris Centre le 12 novembre 2025

Pour cette chronique locale qu'est L'Indépendant du Coeur de Paris, j'ai entrepris assez régulièrement d'assister aux conseils d'arrondissement. J'ai commencé avec ceux du 4e en 2007 et j'ai assisté, dans le public, à nombre de ces assemblées entre 2007 et 2020. Je luis même allé aussi, une fois, écouter le conseil du 2e arrondissement.

Depuis la fusion réalisée en 2020, j'ai été beaucoup moins assidu mais j'ai tout de même assister, à l'invitation d'Ariel Weil, au 1er conseil d'arrondissement de cette mandature lors duquel le 1er maire de Paris Centre avait été élu (voir article du 11 juillet 2020).

Après, cela, ayant été candidat sur une liste dont le seul élu a brillé par ses absences et son manque d'investissement, je n'ai plus assisté à ces conseils. Je n'y suis retourné que quand Martine Figueroa (qui est une amie) est devenu élue et j'ai consacré un article à ce premier conseil de secteur de Paris Centre avec des délibérations (contrairement à celui de juillet 2020) auquel j'ai assisté (voir article du 24 janvier 2024). 

Etant très occupé, je n'ai pas pu y retourner depuis. En ce mois de novembre 2025, le conseil de secteur de Paris Centre avait lieu le mercredi 12 novembre, juste après un jour férié, ce qui m'a permis de me libérer du temps afin de pouvoir assister à l'intégralité du conseil, ce que j'avais fait très régulièrement avant 2020 dans le 4e.

Le Conseil de Paris Centre  -presqu'au complet- du mercredi 12 novembre 2025

 Le conseil a commencé à 19h15 et il s'est achevé à près de 22h50, soit près de 3h30 de réunion. Voici plusieurs points qui ont retenu mon attention : 

- J'ai été content d'être présent pour entendre l'hommage à Michèle Helgy qui avait été adjointe du 1er arrondissement de 1989 à 2020 avec la lecture de l'hommage par Jean-François Legaret, ancien maire du 1er, par Martine Figueroa. 

- De nombreuses délibérations sont votées à l'unanimité et  conduisent le conseil à durer sans être véritablement efficace. J'ai toujours regretté qu'il en soit ainsi car cela rend ces réunions, qui devraient être le coeur vivant de la démocratie, profondément barbantes.

- Un voeu a été débattu pendant 23mn (de 21h 24 à 21h57) pour prendre position contre la présence de SHEIN au BHV. Tous les groupes sont intervenus. Je vais peut-être en choquer certain(e)s, mais passer autant de temps à délibérer sur un voeu sur lequel tous les groupes sont d'accord et qui consiste juste à faire une forme d'affichage politique cela ne sert pas à grand chose. Surtout que tous les propos tenus ne sont relayés par personne. La presse sachant que les conseils de secteur sont fondalement inintéressant n'y envoie jamais personne (j'ai connu une époque où dans le 4e un site d'information 'La tribune de Paris" avait enoyé de temps en temps un journaliste).

- Martine Figueroa a présenté plusieurs voeux concernant eux la vie des habitants et des quartiers (le problème des événements mal contrôlés aux Halles, la question des déchets rue Beaubourg, le problème des nuisances sonores de la Fête de la Musique). A chaque fois, un membre de la majorité a sorti la langue de bois pour expliquer qu'en fait il n'y avait pas  de problème et que donc le voeu était sans intérêt. Tous ces voeurs ont été rejetés.

Martine Figueroa s'adessant à Ariel Weil

- Le conseil a voté la création de logements sociaux, place des Vosges. Je vais peut-être passer pour un affreux réac mais je pense, comme Aurélien Véron, que dépenser des montants astronomiques pour créer des logements sociaux sur cette place est problématique. Il faudrait mieux utiliser ces sommes pour rendre décents les logements sociaux qui dans certains quartiers de Paris sont dans un état inadmissible mais créer des logements sociaux place des Vosges permet de se donner bonne conscience (mais pas à peu de frais).

- Le conseil a voté la mise en place d'une nouvelle structure de "démocratie participative" : les "Assemblées citoyennes d'arrondissement". J'ai été assez surpris d'apprendre qu'il était question que les membres de ces assemblées soient rémunérés. Il faut rappeler qu'au contraire, les membres des Conseils de quartiers, les présidents d'association sont bénévoles. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi les membres de cette nouvelle structure seraient eux élus.

 - Le conseil a voté contre la création d"un site patrimonial remarquable "Rives de Seine" sur le modèle du PSMV dans le Marais au prétexte que cela limiterait les prérogatives des élus de Paris contre le pouvoir central. Je trouve cela affligeant. Quand on sait  à quel point le PSMV du Marais a permis de faire de ce quartier un site patrimonial de référence, je ne comprends pas que les élus s'opposent à cette décision. Seul le voeu Changer Paris conduit par Aurélien Véron a voté cette déibération (Martine Figueroa, elle s'est abstenue).

De Droite à gauche : Julien Rouet, Aurélien Véron et Christel Toriello, Martine Figueroa et Florent Giry.

J'ai une réelle estime pour Ariel Weil, mais de nombreux votes et prises de position des élus de sa majorité sont à l'opposé de ce qui est bon pour Paris, et en particulier pour Paris Centre (en termes de sécurité, de propreté, de voirie, de [vraie] démocratie locale, d'attractivité économique notamment). J'espère que les oppositions réussiront dans une démarche constructive à s'entendre sur un projet commun pour parvenir à une alternance.

Il reste un peu plus de 100 jours avant le 1er tour des élections municipales, le 15 mars. Cela va être intéressant puisque désormais les habitants votent deux fois : d'une part pour élire le Conseil de Paris, d'autre part pour élire le conseil d’arrondissement. Peut-être qu'avec le nouveau mode de scrutin les enjeux locaux seront davantage pris en compte dans la prochaine mandature et qu'il ne s'agira plus, uniquement d"une chambre qui sert à enregistrer les votes qui se font  en parallèle au Conseil de Paris.

vendredi 21 novembre 2025

MMDCCCXLVIII : La nef de Paris dans Paris Centre (56e volet) : une nef du début du XXe siècle sur l'école maternelle du 12, rue Dussoubs

 

Voici le 56e volet consacrée aux représentations de la nef de Paris dans Paris Centre. Il s'agit ici de la nef que l'on peut voir à l'imposte du portail central de l'école maternelle du 12, rue Dussoubs :


 Un détail permet de dater cette nef. La médaille qui apparaît en dessous :

Il s'agit de la Légion d'honneur remise à la ville de Paris en 1900. Par contre la croix de guerre, décernée à la ville le 19 octobre 1919, n'y figure pas. On peut donc estimer que cette nef date du début du XXe siècle (comme celle de l'école du 221, rue Saint-Denis (voir article du 5 juillet 2020) et celle du Marché des Blancs-Manteaux, actuelle Halle des Blancs-Manteaux-Pierre-Charles-Krieg (voir article du 24 novembre 2010).
 

dimanche 16 novembre 2025

MMDCCCXLVII : Les rues de Paris Centre : la rue du Sentier, une petite rue du 2e arrondissement qui a donné son nom à un quartier beaucoup plus étendu.

  

Voici un nouvel article de la série consacrée aux rues de Paris Centre : la rue du Sentier (Paris Centre). Elle est située dans le 2e arrondissement, entre la Réaumur et le boulevard Poissonnière. Elle mesure 330m de long. 

La partie nord de la rue du sentier en regardant en direction du boulevard Poissonnière

 
L'extrémité sud de la rue du Sentier à l'angle avec la rue Réaumur

La rue est située dans un  espace qui était compris entre l'enceinte de Charles V et l'enceinte bastionnée ajoutée au nord-ouest de Paris au XVIe siècle. Il était complètement isolé comme on peut le voir sur le plan Mérian de 1614 :

 On rapporte que lors de l'hiver 1612/1616, un loup affamé ce serait risqué dans un sentier qui se trouvait à cet endroit.

Le comblement de la partie de l'enceinte de Charles V entre la porte Saint-Denis et la porte Montmartre a profondément changé l'aspect de ce secteur de Paris avec l'ouverture de la rue de Cléry le long du tracé de l'enceinte (voir article du 10 mai 2023). Le plan Gomboust de 1652 montre la rue du Sentier qui partait de la rue de Cléry en direction du Nord et s'achevait dans les fossés de l'enceinte du XVIe siècle qui, elle n'avait pas été comblée :

La rue menait à un terrain vague. Elle avait d'ailleurs peut-être initialement comme nom de rue du chantier, ou bien du sentier.

Un nouvelle transformation de Paris changea radicalement l'aspect de la rue : le comblement des fossés extérieurs et la création des Grands boulevards dans les années 1670. La rue devient alors la rue que l'on connaît aujourd'hui et qui se termine à l'actuel boulevard Poissonnière. Cependant, la partie sud de la rue prit à cette époque le nom de rue du Gros Chenet comme on peut le voir sur le plan Jaillot de 1713 :


 Les flèches jaunes montrent que le long de la partie Est de la rue (en haut sur le plan), on trouvait des espaces cultivés.

Le plan Turgot qui date de 20 ans plus tard, vers 1732, montre que le bâti s'était considérablement densifié dans la première moitié du XXe siècle :

La distinction entre la rue du Gros Chenet au sud et celle du Sentier au Nord s'est perpététuée jusqu'au milieu du XIXe siècle. Les plaques gravées en atteste à plusieurs endroits de la rue :

Le plan Jacoubet de Jacoubet montre l'aspect des deux rues en 1838 :

Une décision ministérielle du 18 août 1849 a réuni les deux rues qui ont porté désormais le nom de rue du Sentier (comme initialement sur le plan Gomboust de 1652).

Il est intéressant d'observer que la rue forme une légère courbe qui suit peut-être le sentier primitif sur lequel la voie a été travée au XVIIe siècle. On s'en rend compte en plaçant à la hauteur du milieu de la rue, au croisement avec la rue du Saint-Joseph. On se rend compte qu'on ne voit pas l'extrémité nord de la rue :

Et même l'extrémité nord de la rue présente une certaine sinuosité :


Lors du percement de la rue Réaumur à la fin du XXe siècle, une partie de la pointe sud de la rue a été démolie. C'est à cet endroit que l'architecte Albert Walwein a construit l'immeuble d'angle pour Léon Storch (voir article du 30 juillet 2018) complété par celui du 
 

La rue a donné son nom au "quartier du Sentier "dont les limites ont longtemps été assez floues mais qui depuis le milieu du XIXe siècle s'est spécialisé dans l'industrie textile dans tout le secteur compris entre la rue Montmartre et la rue Saint-Denis, voire le boulevard Sébastopol, avec au Nord les Grands boulevards et au sud la rue Réaumur, avec des extensions plus au sud quasiment jusqu'aux Halles. Il correspondait, administrativement, jusqu'en 2020, à la plus grande partie du quartier Bonne nouvelle Il a commencé à avoir une reconnaissance dans la toponymie officielle avec le redécoupage des conseils de quartier en 2020, avec l'actuel quartier "Sentier-Arts-et-Métiers" dont il correspond à la partie Ouest.

On parle aussi de "Silicon Sentier" pour désigner les entreprises de la French Tech (voir le lien suivant).

mardi 11 novembre 2025

MMDCCCXLVI : Une plaque qui commémore la fondation de l'église Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle en 1628

 

L'église Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle est située dans le quartier Bonne Nouvelle (elle lui a donné son nom) dans le 2e arrondissement. Sa façade principale donne sur la rue de la Lune mais telle n'a pas toujours été le cas.

On trouve dans l'église une plaque qui commémore la pose de la première pierre par la reine Anne d'Autriche en 1628 :

L'église avait été édifiée sur un espace coincé entre l'enceinte de Charles V et l'enceinte ajoutée au XVIe siècle dans le nord-ouest de Paris. Un espace qui semblait encore complètement déserté sur le plan Mérian de 1614 : 


 On voit l'église sur le plan Gomboust de 1652 :

On y voit que l'église était orienté vers l'Est et qu'elle longeait la rue située au sud, l'actuelle rue Beauregard :

On peut aussi voir l'église sur le plan Turgot des années 1730, donc cent ans après son édification :


On y voit qu'une chapelle s'était ajoutée au nord de la nef ce qui donnait un aspect très déséquilibré au plan de l'église :


 Sur le plan des paroisses de Paris de 1786 que la paroisse de l'église Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle formait un triangle entre la rue Poissonnière à l'Ouest et la porte Saint-Denis au Nord-Est :

Le plan Verniquet de 1790 montre que l'église avait toujours cette forme curieuse :

Il en est de même sur le plan cadastral Vasserot commencé en 1816  :

On observe que l'église avait son entrée à l'Ouest, avec un autel à l'Est mais aussi un autel en direction du Nord :

Le bâtiment était dans un triste état. A la restauration, il a été décidé de le reconstruire dans un style néo-classique de l'architecte Hippolyte Godde (1781-1869). La nouvelle église a été consacrée le 25 mars 1830, pendant les derniers mois du règne de Charles X. Le plan "pittoresque de Paris" de 1836 montre la nouvelle orientation de l'église avec son entrée au Nord sur la rue de la Lune :

Une gravure qui accompagne ce plan montre l'effet qui était attendu - avec le possible dégagement de la façade pour qu'elle soit visible depuis les Grands boulevards :

Un tableau attribué à Pierre Mignard représente Anne d'Autriche et sa belle-soeur Henriette, épouse de l'infortuné roi d'Angleterre Charles Ier (décapité en 1649) qui date certainement de la période pendant laquelle la reine d'Angleterre s'était réfugié dans son pays natal :

Un tableau qui permet donc de rappeler la reine Anne d'Autriche, qui avait posé la première pierre de l'église intiale mais dont il ne reste presque rien à part le clocher qui est du XVIIe siècle.
 





 


 

jeudi 6 novembre 2025

MMDCCCXLV : Les façades de Paris Centre : un immeuble de la fin du XIXe siècle à l'angle du 101, rue Réaumur et du 11, rue de Cléry. Sur les traces de Léon Storck/Storch

 

Voici un nouvel article consacré à un des superbes immeubles qui jalonnent la rue Réaumur. Celui-ci est situé à l'angle du 101, à l'angle avec le 11, rue de Cléry. L'immeuble est dans un angle très étroit qui en fait un des "flat iron" du coeur de Paris.

Cet immeuble est orné d'un riche décor dans un goût néo-Renaissance comme en atteste par exemple les atlantes situées tout à droite de la façade sur la rue Réaumur :

Puis, en allant vers la gauche, on arrive sur le portail principal d'accès à l'immeuble, au n°101 :

C'est sur le côté latéral droit que l'immeuble est signé et daté :

L'immeuble date donc de 1898 et il est dû à l'architecte Albert Walwein (né à Rully en Saône-et-Loire, le 11 juin 1851, et mort dans le 16e arrondissement de Paris, le 21 février 1916). Il s'agissait d'un architecte important de l'époque : il était architecte en chef du gouvernement et, en 1885, architecte du ministère de la Marine et des colonies. (On lui doit aussi la façade du 116, rue Réaumur située juste en face (voir article du 30 juillet 2018) comme j'en reparlerai par la suite).

La partie la plus impressionnante de cette immeuble est située à l'angle de la rue Réaumur et de la rue d'Aboukir :

On peut admirer, au 2e étage, deux autres carayatides (mais celles-ci sont privées de bras) :


 La partie supérieure de l'angle, de forme arrondi, est surmontée par une coupole d'aspect néo-byzantin très en vogue à l'époque :
 


On peut observer aussi un nombre impressionnant de lion, tant sur la façade située rue Réaumur :
 

et sur la façade de la rue de Cléry :


 Ces lions sont situés sur les consoles qui soutiennent le balcon du 2e étage 

On trouve aussi des lions au dessus des fenêtres de part et d'autre de l'angle au 2e étage :


Ces lions, m'ont permis de retrouver la trace de l'industriel qui a commandé cet immeuble. Un peu grâce au hasard.

En effet, on retrouve aussi sur celui du 116, rue Réaumur, dessiné lui aussi par Albert Walwein,... des lions. Je me suis dit que les deux immeubles qui se font face, de part et d'autre des côtés pairs et impairs de la rue Réaumur, étaient peut-être dus à une commande pour un personnage prénommé Léon. 


Or, l'immeuble du 116, (auquel j'avais consacré un article paru le 30 juillet 2018) a été édifié pour un certain M. Storch. Cela m'a permis de retrouver un personnage appelé Léon Lazare Storch que j'ai retrouvé sur la page d'un site consacré au cimetière du père Lachaise, On y apprend que ce personnage est né à Paris le 28 mai 1861 et qu'il est mort le 29 septembre 1923 à Paris 20e. Il était le président honoraire de la chambre syndicale de confection pour dames. Il a obtenu la légion d'honneur le 9 mars 1908. Il a été promu officier en 1910.

J'ai poursuive l'enquête en cherchant des traces de ce Léon Storch. 

Son nom d'usage était Storch, mais son nom à l'état civil était Storck;. J'ai retrouvé son acte de décès dans les registres de la mairie du 20e arrodissement, qui en fait la précision :

J'ai aussi retrouvé un courrier, daté de 1910,  écrit par lui quand il a été fait officier de la légion d'honneur. Il mentionne comme le 116, rue Réaumur. C'est bien de lui, Léon Storch, dont il s'agit :


Au moment de son mariage, Léon Storch/Storck habitait au 26, rue d'Aboukir (Paris 2e). Il a épousé à la mairie du 3e arrondissement Gabrielle Weil (merci à @stefdesvosges de m'avoir aidé à retrouvé l'acte) :

Léon Storck était né dans le 11e arrondissement, rue d'Angoulême (actuelle rue Jean-Pierre Timbaud) le 29 mai (déclaré le 30) mai 1861 :

 En 1902, Léon Storch avait été chargé de rédiger le rapport du groupe 85 de l'Exposition universelle de Paris de 1900, qui avait pour sujet l'Industrie de la confection pour hommes, femmes et enfants.

Tout indique que Léon Storck était d'une modeste origine juive de la confection et qu'il est devenu un personnage influent de l'industrie textile dans le quartier du sentier comme en atteste les superbes immeubles des 101 et 116, rue Réaumur qui forment un seul et même ensemble (ce que j'ai cherché à démontrer dans cet article).

Liste des façades de la rue Réaumur auxquelles j'ai consacré un article :

- le n°51, angle avec le boulevard Sébastopol (article du 10 août 2019
- le n° 61/63 (article du 27 juin 2021)
- les n°82 à 96 (article du 31 juillet 2020)
- le n°121 (article du 26 mai 2020).