samedi 18 juillet 2026

MMCMXXI : Les statues de l'Hôtel de Ville : les 12 allégories du quai de l'Hôtel de Ville. 2e volet, l'histoire par Eugène Simon dit Robert, un artiste né dans le 4e arrondissement de Paris

 

Voici le 2e volet de la série consacrée aux statues des allégories que l'on trouve sur la façade côté quai de l'Hôtel de Ville de Paris :

La statue représentant l'Histoire est la 2e en partant de la gauche :

Cette statue a peu d'attributs qui permettent de reconnaître l'histoire. Elle tient dans la main droite un stylet, dans la main gauche une feuille ou une tablette pour écrire et elle est couronnée de lauriers :


 La statue a été sculptée par un artiste appelé E. Robert. Dans le Bénézit (ouvrage de référence de tous les artistes), cela semble correspondre à Eugène Robert, "né à Pau et mort en 1912". Cela m'a laissé perplexe car il y est aussi affirmé aussi que ce sculpteur avait reçu la légion d'honneur. Sur de nombreux sites, il était aussi indiqué qu'Eugène Robert était né à Pau, en précisant l'année : 1831. Cela m'a intigué car sur le site Léonore - qui référence toutes les personnes qui ont reçu la légion d'Honneur -  je n'ai trouvé aucune trace d'un sculpteur nommé E. Robert. Une recherche d'autant plus compliquée que Robert est un nom et un prénom porté par de nombreux individus en France.

Encore une fois, j'ai fait appel à @Srefdesvosges et il a trouvé la solution à l'énigme (un énorme merci à lui). Il a retrouvé l'acte de de décès dans le registre de l'état civil du 8e arrondissement de Philippe Eugène Robert Simon le 9 janvier 1912. Il est précisé que cet artiste était statuaire et qu'il avait la légion d'honneur :

L'artiste nommé Eugène Robert avait donc en fait pour nom de famille Simon ! 
 

Grâce à cette trouvaille de @stefdesvoges, j'ai pu retrouver le dossier relatif à la Légion d'Honneur de cet artiste ce qui m'a confirmé qu'il se faisait en effet appelé "Eugène Robert" :


L'artiste a signé son dossier "Eugène Simon dit Robert" :

Information encore plus intéressante, le dossier de légion d'Honneur contient une copie de l'acte de naissance : on y apprend qu'Eugène Simon dit Robert était né le 19 janvier 1831, rue Geoffroy-l'Angevin :
 

Cet artiste n'est donc pas né à Pau (comme cela est affirmé partout), mais dans le Cœur de Paris puisque la rue Geffroy-l'Angevin est située dans l'actuel 4e arrondissement. On apprend au passage que son père était serrurier. Une personne a dû lire "Pau" à la place de Paris et l'erreur a été reproduite après par tous.

 Le dossier de la légion d'honneur reçu par Eugène Robert permet d'apprendre qu'il était "directeur de l'école pratique de dessin et de moulage des fabricants de bronze". Il avait reçu des médailles lors des expositions universelles de Paris de 1855, 1867 et 1878 ainsi que lors de l'exposition universelle de Vienne de 1873 :

Il faut rappeler que les bronzes de Paris étaient une industrie florissante dans la 2e moitié du XIXe siècle et qu'il s'agissait en fait d'objets  en zinc imitant le bronze (voir mon article sur l'atelier du 116, rue des Tournelles).

mardi 14 juillet 2026

MMCMXX : 14 juillet 1944 : il y a 82 ans aujourd'hui, Yves Toudic était assassiné par les Brigades spéciales.

 

Rue Meslay, à l'extrémité Est, côté pair, on peut voir une plaque qui m'a donné l'envie d'en savoir plus. Elle concerne Yves Toudic, Secrétaire général du Comité Régional du Bâtiment, assassiné par la Brigade spéciale.

Le site Maitron contiient une page complète concernant celui qui a été assassiné en ce 14 juillet 1944. Yves Marie Toudic était né le 25 mars 1901 à Plourac dans les Côtes-d'Armor. Il était fils de laboureur. Installé en Île-de-France, à Versailles, il est candidat du parti communiste aux élections municipales et cantonales. Militant à la CGTU, puis après la réunification à a CGT, il était responsable de la fédération du bâtiment. 

Il a participé à l'organisation de la journée du 14 juillet 1944 lors de laquelle, plus d'un mois après le débarquement allié en Normandie le 6 juillet 1944, la résistance incita les Français à se réunir et à hisser le drapeau tricolore dans tous les endroits possibles. Voici par exemple, un appel lancé dans un journal clandestin :

Des tracts avaient été distribués dans toute la France pour inciter la population à participer à ce mouvement de résistance :

Les Brigades spéciales mentionnées sur la plaque avaient été créées en 1941 à l'initiative du ministre de l'Intérieur du gouvernement de Vichy Pierre Pucheu pour poursuivre les résistants et en particulier les communistes.

J'ai cherché dans les registres de l'état civil l'acte de décès d'Yves Toudic. Après avoir cherché dans les registres du 3e arrondissement (où est situé la rue Meslay), je me suis rendu compte qu'il fallait chercher dans ceux du 10e arrondissement.  Cela permet d'apprendre qu'il est mort le soir du 14 juillet 1944 à l'Hôpital Saint-Louis (Place du docteur Alfred Fournier) dans le 10e arrondissement à 19h du soir.

L'Etat civil a porté en marge la mention "Mort pour la France", le 27 septembre 1947. Avant cela, une rue du 10e arrondissement, par un décret du 8 juin 1946, avait déjà pris le nom de rue Yves Toudic.

lundi 13 juillet 2026

MMCMXIX : Exposition "Rives habitées" à la Librairie Henri IV

 

La librairie Henri IV au 15, boulevard Henri IV (Paris 4e) est une librairie papeterie de quartier qui existe  depuis plus de 50 ans. Je lui consacrerai bientôt un article car je compte lancer une nouvelle série consacrée aux librairies de Paris Centre.


 Cette librairie a eu la très bonne idée de proposer à Baptiste Gianeselli de présenter les photographies qu'il a prises avec pour thème "Rives habitées".  En dix-neuf vues, le photographe réussit à saisir la magie de ces moments éphémères où certaines personnes semblent en communion avec la Seine. Ces instants qui, telle chaque petite goutte du fleuve, traversent Paris et font son âme sans jamais y revenir.

Par ses cadrages, son sens de la lumière, la série "Rives habitées" donne une vision d'un grand humanisme : les différents personnes forment un ensemble habité par celle qui est la véritable protagoniste de cette exposition : la Seine.

La présentation dans la librairie est très réussie. Les photographies et les présentoirs de livres se mettent réciproquement en valeur.

 

L'exposition est présentée du 8 juillet au 1er août et du 17 au 26 août 2026 sur les heures d'ouverture de la librairie (du mardi au vendredi de 10h30 à 19h, le samedi de 11h à 19h et le lundi de 13h à 19h).

dimanche 12 juillet 2026

MMCMXVIII : Les façades de Paris Centre : Au 35/37, rue Vivienne, un immeuble Art Déco, construit en 1929 pour les Assurances La Minerve

 

Au 35/37, rue Vivienne, à l'angle avec la rue Saint-Marc (Paris 2e), on peut voir un immeuble emblématique du style Art Déco avec des formes géométriques très épurées.

Cet immeuble est remarquable par son portail d'entrée tout à gauche de la façade avec son portail dominé par un oriel :

Au dessus de l'ouverture du 1er étage, on peut voir un bas relief représentant une femme casquée :

Il n'est pas difficile de l'identifier à la déesse de la sagesse chez les Grecs, Athéna, ou Minerve pour les Romains puisque le nom "La Minerve" apparaît au dessus du portail :


Le permis de construire de cet immeuble a été déposé le 26 avril 1929. De façon assez étonnante, il ne mentionne pas d'architecte. Le propriétaire est "La compagnie d'assurances La Minerve y demeurant".
Cette compagnie a été fondée en 1904 comme en atteste les publicités qui faisaient sa promotion :

 J'ai retrouvé une facture de 1954 de cette assurance qui mentionne l'adresse du 37, rue Vivienne comme siège social :
Certaines informations montrent que les Assurances La Minerve ont été rachetées par un grand groupe d'assurances en 1969 mais je n'ai rien de très précis. Si des spécialistes de l'histoire des Assurances peuvent nous éclairer à ce sujet ce serait formidable.

Le portail est - comme c'est souvent le cas avec le style Art Déco - un très bel ouvrage de ferronnerie :

 




mercredi 8 juillet 2026

MMCMXVII : Réouverture des jardins des Archives Nationales : sur les traces de quatre hôtels particuliers et d'une rue disparue

Depuis le 6 juin 2026, le Cœur de Paris a retrouvé un havre de paix végétal : les jardins des Archives Nationales. En raison d'un réaménagement, ce vaste espace vert de 10 000m² avait été fermé au public depuis six ans.

Pour accéder à ce petit paradis situé un peu à l'écart des flux touristiques, on peut passer par la cour principale de l'hôtel de Soubise et prendre au fond à droite pour trouver l'entrée de ce jardin* :


 On accède alors à une "ruelle" qui permet de relier différents espaces de verdure :

Tout au fond à gauche, ou au Nord-Est, on peut découvrir le du jardin de l'Hôtel de Rohan 

On peut y profiter de perspectives géométriques qui sont cependant atténuées par des arbres plantés de manière irrégulière dans la pelouse.

En revenant sur ces pas, on arrive tout d'abord au jardin de l'hôtel de Jaucourt :

C'est dans ce vaste ensemble, celui qui est le moins ombragé et le plus dominé par la minéralité des façades :


 En revenant vers l'ouest, on arrive à la façade d'un hôtel à l'ambiance beaucoup plus dans le goût baroque, ou rococo en raison, de sa façade très décorée, l'hôtel de Fontenay-Claustrier :


Puis on arrive à l'arrière de l'hôtel de Breteuil qui jouxte un autre à la façade plus basse, l'hôtel d"Assy :


On y trouve un jardin à l'atmosphère beaucoup plus intimiste :


Sur une maquette présentée aux Archives nationales, on se rend mieux compte de la disposition des hôtels particuliers qui sont réunis par ces jardins de nouveaux accessibles depuis début juin :


 Sur un plan Turgot des années 1730, on se rend compte que ces différents hôtels étaient séparées par une rue - aujourd'hui donc disparue- : la rue de Soubise :

1 : Hôtel Soubise / 2 : Hôtel de Rohan / 3: Hôtel d'Assy / 4 : Hôtel de Breteuil et: Hôtel de Fontenay/Claustier / 5 : Hôtel de Jaucourt

 On peut encore voir l"emplacement de cette rue au travers des portes qui vont jusqu'à la rue Vieille-du-Temple :

 

Un petit paradis à découvrir ou à redécouvrir au plus vite si vous ne l'avez pas déjà fait ! 


* Il existe une autre entrée par la rue des Quatre-fils et d'ici quelques temps, l'accès par la rue Vieille-du-Temple devrait aussi être ouvert.
 

samedi 4 juillet 2026

MMCMXVI : Les six mascarons de la façade côté jardin de l'Hôtel d'Aumont

 

Voici un nouvel article à propos de mascarons, ces têtes qui décorent les façades des immeubles des XVIe, XVII et XVIIIe siècle, et aussi parfois du XIXe siècle. Je leur ai consacrés de nombreux articles comme par exemple ceux de la colonnade du Louvre de l'Hôtel des Ambassadeurs de Hollande (article du 29 avril 2017), de l'Hôtel de Chalon-Luxembourg (article du 4 novembre 2011), de la place des Victoires (article du 23 mai 2020), de la place Vendôme (article du 27 mai 2021), de l'angle des rues Greneta et Saint-Denis (article du 12 mars 2019), du 19/21 rue Poissonnière (article du 29 octobre 2019) ou du 42, rue Meslay (article du 20 novembre 2020)

Cet article concerne les six mascarons que l'on peut voir sur la façade côté jardin de l'Hôtel d'Aumont (siège du tribunal administratif de Paris) :

Il décore les ouvertures du 2e étage des deux avant-corps qui agrémentent cette façade. Tout d'abord celui de gauche :


 On peut voir au centre, un très beau visage avec une coiffe assez rare pour un mascaron : 
On trouve à ses côtés deux personnages avec des couronnes végétales :

- à gauche :

et à droite :


Le 2e avant corps à droite comporte aussi trois mascarons :

mais cette fois au centre, on peut voir une figure féminine :

mais elle est entourée de deux hommes barbus :

- à gauche :

et à droite :

Ces mascarons datent des toutes premières années du XVIIIe siècle. En effet, Louis-Marie Victor d'Aumont (1632-1704) a fait refaire la façade à partir de 1703. On retrouve son chiffre sur les ferronneries des balcons :