mardi 30 juin 2026

Les statues du Louvre (40e volet) : Jacques Amyot par Pierre Travaux

 

Voici le 40e volet de la série consacré aux statues des personnages illustres de la cour du Louvre. Il concerne Jeanville que l'on peut voir dans l'aile Henri IV, dans la partie Nord-Ouest de l'aile qui longe la cour carrée :

La statue de Jacques Amyot est la 6e en partant de la gauche :

Jacques Amyot est né à Melun le 30 octobre 1513 et il est mort à Auxerre le 6 février 1593. C'était un prélat qui est surtout resté à la postérité pour ses traductions d'ouvrages antiques. Il a été précepteur des fils du roi Henri II. Il a été nommé Grand aumônier de France en 1561 par Charles IX. Il a été nommé évêque d'Auxerre en 1570. On lui doit la traduction en français des Vies parallèles des hommes illustres de Plutarque, ouvrage paru entre 1559 et 1565. Il a aussi traduit sept ouvrages de l'historien Diodore de Sicile. Dans les Essais II, Montaigne écrivait à son propos "Je donne, avec raison, ce me semble, la palme à Jacques Amyot sur tous nos écrivains français".

Jacques Amyot est représenté en prélat :

La statue est une oeuvre de Pierre Travaux. Ce sculpteur est né à Corsant (Côte d'Or) le 12 mai 1822 et mort à Paris le 19 mars 1869. On lui doit aussi la statue de Turgot (voir article du 16 mars 2024).

vendredi 26 juin 2026

MMCMXIV : Au 17, rue des Rosiers, un immeuble avec le charme du Paris des XVIIe et XVIIIe siècle

 

Au 17, rue des Rosiers (Paris 4e), on peut admirer une façade du Vieux Paris dont tout laisse à penser qu'elle date du XVIIe siècle ou du début du XVIIIe siècle. On peut être ainsi à peu près certain qu'il s'agit d'une des constructions qui apparaît sur le plan Turgot des années 1730 dans ce tronçon de la rue situé entre la rue Ferdinand Duval (alors appelée "rue aux Juifs") et la rue des Ecouffes :


 Dans la cour, on peut trouver un décor qui rappelle le charme de l'ancien Paris :

L'escalier ouvert sur la cour est élégant mais sans prétention :



lundi 22 juin 2026

MMCMXIII : Exposition "La Fayette. Entre France et Amérique. Réalité et légende" aux Archives Nationales

 

Depuis le 1er avril, et jusqu'au 14 juillet 2026, une exposition très intéressante est présentée aux Archives Nationales (Paris 3e). Elle concerne un personnage historique qui - à mes yeux - est un peu oublié alors qu'il a joué un rôle capitale à plusieurs reprises à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle : le marquis de La Fayette. (J'ai déjà consacré en 2023 un article à propos du lieu où s'est marié Gilbert Mottier de La Fayette (voir article paru le 23 mai 2023).)

L'exposition commence comme le laisse entendre son titre "Entre France et Amérique", par rappeler le rôle capitale pris par La Fayette pendant la Guerre d'indépendance des Etats-Unis de 1776 à 1783. Mais fort heureusement, elle ne réduit pas le personnage à ce seul rôle. Elle insiste sur le rôle central qu'il a joué pendant la Révolution française de 1789 à 1792, mais aussi son implication dans la Franc-Maçonnerie, son voyage triomphal aux Etats-Unis de 1824/1825, son implication dans la révolution de Juillet et pour finir (ce dont je n'avais jamais pas connaissance) son soutien aux insurgés polonais contre la Russie en 1831.

L'exposition présente un nombre impressionnant de documents, certains présentés pour la première fois, grâce aux prêts de la fondation Josée et René de Chambrun (les descendants de la La Fayette). Voici une petite sélection de trois d'entre eux mais le mieux est bien sûr d'aller visiter l'exposition au Palais Soubise (avant le 15 juillet).

Témoignage de Lafayette daté de 1784 attestant les services de l'espion afro-américain James lors de la bataille de Yorktown

La bénédiction des drapeaux de la Garde Nationale à Notre-Dame de Paris le 28 septembre 1789 (aquarelle de 1792 par Jean-Pierre Houel)

Le général La Fayette recevant des donc au profit des braves polonais.


jeudi 18 juin 2026

MMCMXII : Les statues de l'Hôtel de Ville : les 12 allégories du quai de l'Hôtel de Ville. 1er volet, la science par Alfred Edouard Adolphe Le Père

  

Je commence une nouvelle série concernant les statues que l'on peut voir sur l'Hôtel de Ville de Paris. Après celle consacrée aux 116 personnages (voir le bilan avec l'article suivant) et celle consacrée aux ville de France (voir lien suivant), celle-ci concerne les douze allégories des arts et techniques que l'on peut voir dans la partie supérieure de la façade de l'Hôtel de Ville qui donne vers la Seine :

Le 1er volet concerne la statue représentant la science qui est la première en partant de la gauche :

Cette statue n'est pas en bonne état. Elle porte dans la main gauche une sphère et dans la droite elle tenait certainement un compas :

Elle appuie le pied gauche sur une pile de livres :

Cette statue est une oeuvre d'Alfred Édouard Adolphe Lepère, Ce sculpteur est né à Paris le 15 mai 1827. Il a remporté le prix de Rome en 1852 avec la statue  Philoctète blessé à Lemnos s’abandonnant à la douleur. La statue de la science à l'Hôtel de Ville date de 1892.

L'Hôtel de Ville présente une autre statue de la science, celle-ci par Jules Blanchard. Elle est beaucoup plus visible que celle de Lepère puisqu'elle se trouve devant la façade principale :

Les deux statues de la science de l'Hôtel de Ville sont contemporaines puisque celle de Blanchard avait été présentée à l'exposition universelle de 1889.

Alfred Édouard Adolphe Le Père a reçu la légion d'honneur le 18 juin 1870. Dans son dossier sur la base Léonore on apprend qu'il est mort le 29 mars 1904 dans la commune de L'Haÿ-les-Roses. J'ai retrouvé son acte de décès :


dimanche 14 juin 2026

MMCMXI : Deux vues des bords de Seine et des établissements de bain au début du XIXe siècle

Tableau A

 Cet article concerne deux vues présentées à la galerie Raphaël Bedos (13, place du Pont-Neuf/41, quai de l'Horloge, Paris 1er), à l'extrémité ouest de l'île de la Cité, qui sont des œuvres intéressantes pour l'histoire de Paris.

Tableau B

 Les deux œuvres portent la date de 1810 ou 1820. Il s'agit donc de vues qui représentent le Paris du Premier Empire ou de la Restauration.

La première, que j'appellerai le tableau A, est facile à identifier. Il s'agit d'une vue du Pont Marie :

La vue est prise depuis la rive droite dans la partie située à l'ouest du Pont Marie (1). On reconnaît à l'arrière-plan, sur la droite, l'île Saint-Louis et le quai d'Anjou (2), au 1er plan, le quai de la rive droite, qui à l'époque s'appelait le quai aux Orme, (3) et l'arrière-plan on voit un pont (4). On peut se repérer sur un plan dit Charles Piquet de 1812 :

Le pont que l'on devine à l'arrière-plan avait pour nom "pont de Grammont" :

 
 
C'était une passerelle en bois qui reliait la rive droite à l'île Louvier (où était stocké le bois de chauffage). On le voit sur cette peinture d'Antoine Perrot  à l'hiver 1830 (Musée Carnavalet) :

Ce pont a disparu dans les années 1840 quand l'île Louvier a été rattachée à la rive droite. 

Voici une comparaison entre le pont du tableau étudiée et celui d'Antoine Perrot :


Le peintre hollandais Johann Bartold Jongkind a représenté une vue, presque depuis le même endroit que le tableau A, mais en 1851 (voir mon article du 27 novembre 2010)  :
Le tableau A est intéressant car il montre l'importance de l'établissement de bains situé au 2e plan avec son accès depuis le quai :

 

Au tout premier plan, on voit des lavandières en train de laver du linge et de l'étendre pour le faire sécher , ainsi que des manutentionnaires qui déchargent des tonneaux :

 

Le tableau B est beaucoup plus difficile à identifier. On voit à gauche, ce qui ressemble à un établissement de bains (1), au centre deux arches d'un pont (2), et à droite un escalier (3) qui permet de monter sur le quai avec un bâtiment avec des cheminées (4) dans la partie supérieure. A l'arrière-plan, on voit un autre pont (5) :


 Les cheminées permettent de reconnaître le pavillon de Flore, à la jonction entre les Tuileries et le Louvre, comme on peut des voir sur ce tableau de Raguenet de 1757 :


 Le pont situé à l'arrière-plan est aussi assez aisément identifiable :

On reconnait la ligne très longiligne du pont de la Concorde qui date de la fin du XVIIIe siècle (voir mon article du 16 juillet 2021) :


 On peut donc, toujours sur le plan Charles Piquet de 1812, retrouver l'angle de vue du tableau B :


 On se rend ainsi compte que les arches qui apparaissent au 2e plan de ce tableau B sont celles du Pont Royal, construit dans les années 1680, par Jules Hardouin-Mansart (voir mon article du 20 février 2021) :


Sur le plan Charles Piquet, on peut voir l'escalier qui permet de descendre au quai, avec les dernières marches perpendiculaires à la Seine :


Comme on peut le voir sur le tableau B :

Voici une vue depuis le même endroit aujourd'hui. L'escalier en bois a disparu.


On trouvait bien des bains près du Pont Royal, comme le montre un ouvrage que j'avais déjà évoqué à propos de la rue Saint-Sauveur (voir article 2 août 2025) : "Les bains de Paris et des quatre parties du monde", écrit par Victor Cursin, et publié en 1822 .Cet ouvrage consacré une dizaine de pages aux "Bains Vigier, près le Pont Royal". 


 On y lit ainsi que les bains étaient installés sur une "frégate à deux étages" et qu'elle présentait "172 croisées de cabinets". L'auteur sans humour évoque la clientèle : "de grandes élégantes, et de petites bourgeoises".

La description, page 47 de l'ouvrage, correspond à ce que l'on peut voir sur la droite du tableau :

"L'escalier qui y conduit, vous mène à des allées sablées, et qu'ombrage le parasol de quelques peupliers". 

Un peu plus loin dans ce texte, on peut lire d'autres détails intéressants :


On apprend ainsi que l'accès à ces bains sur la Seine était agrémenté des caisses d'oranges, de rosiers, d'acacias, de saules pleureurs , de seringats et de lilas. Il semble que c'est ce que l'on voit dans la partie gauche du tableau, le long de la rive :

Il existe quelques vues qui permettent de se rendre compte de l'aspect des bains Vigier situés près du pont Royal. On peut par exemple les voir, sur cette estampe dessinée par Henri Courvoisier-Voisin et gravée par Eugène Dubois qui date du début du XIXe siècle (on voit à l'arrière-plan l'arc de Triomphe), sur la droite le long du quai, en amont du Pont Royal :
La Banque de France possède aussi une vue (en partie imaginaire avec le pont en ruines au 1er plan) des bains Vigier, commandée par Pierre Vigier, le propriétaire des bains, à Hubert Robert :
Cette peinture date d'avant 1817 puisque Pierre Vigier est mort cette année-là.

Voici donc pour la localisation des deux peintures présentées à la galerie de Raphaël Bedos. Le dernier point à évoquer concerne l'attribution de ces œuvres à un artiste. Les deux peintures sont signées. On y lit le nom d'un peintre appelé Amelot. Celui-ci est fort peu documenté. Le Bénézit se contente de préciser que Charles Amelot est né en 1759, à Passy, et qu'il est entré à Académie Royale de Peintures, le 24 septembre 1778, où il a été "élève de Durameau et Doyen" et la notice s'achève en précisant qu'il était "encore à l'école en 1791." Des recherches complémentaires m'ont permis d'apprendre que Charles Amelot était né précisément le 15 novembre 1759. Le 6 avril 1803, à Paris, il a épousé Barbe Marguerite Guillon. Grâce à @stefdesvosges, j'ai même pu retrouver la date et le lieu de son décès : le 10 mai 1836 à Gentilly (dans l'actuel département du Val-de-Marne). Ainsi Charles Amelot est-il mort dans sa 77e année.

Je n'ai retrouvé qu'un seul paysage, peint par Charles Amelot, présent dans les collections publiques. Il s'agit d'une vue d'Autun, vers 1818, exposée au musée Rolin, à Autun. La similitude, notamment le ciel bleu qui domine la composition permet de confirmer l'attribution des tableaux A et B à Charles Amelot.


Il est possible que les deux œuvres soient une commande faite à Charles Amelot d'une personne qui voulait mettre en valeur les bains sur la Seine. -Peut-être Pierre Vigier lui-même-. Il est intéressant de remarquer, pour finir, qu'elles nous donnent une vue en direction des deux extrémités Ouest et Est de la rive droite de ce qui est devenu, depuis 2020, le secteur Paris Centre :