samedi 30 mai 2026

MMCMVII : Les statues du Louvre (39e volet) : Philippe de Commynes par Louis Lequesne

  

Voici le 37e volet de la série consacré aux statues des personnages illustres de la cour du Louvre. Il concerne Philippe de Commynes que l'on peut voir dans l'aile Henri IV, dans la partie Nord-Ouest de l'aile qui longe la cour carrée :


 La statue de Philippe de Commynes est la 5e en partant de la gauche :


 Philippe de Commynes (ou de Commines) est né en 1447 et mort en 1511. Membre de la noblesse flamande, il a d'abord servi en tant que conseiller des ducs Philippe le Bon, puis à partir de 1467, son successeur, Charles le Téméraire. En 1572, il passe au service du roi de France, Louis XI. Après la mort du roi de France, il tombe en disgrâce et est emprisonné à Loches par le roi Charles VIII en 1487 pendant la régence d'Anne de Beaujeu. 

Il a écrit ses Mémoires entre 1491 et 1498. Elles ont été publiées, après sa mort, en 1524. 

L'auteur est représenté avec sa gauche, un casque et une épée qui rappelle ses origines aristocratiques :

Le casque avec une tête de fauve est assez surprenant.

Sur le flanc droit du personnage, on peut voir les livres qui rappellent son rôle de mémorialiste :


 La statue est une oeuvre d'Eugène-Louis Lequesne, né à Paris le 15 février 1815 dans l'ancien 9e arrondissement de Paris et, mort le 3 juin 1887 dans l'actuel 8e arrondissement. Son père possédait un immeuble dans l'actuelle rue de Villehardouin (Paris 3e). Il a été pensionnaire de la l'Académie de France à Rome de 1844 à 1849. Son œuvre la plus seulement est la statue de la Bonne mère (1870) au sommet de la basilique Notre-Dame à Marseille.

On lui doit de nombreuses oeuvres dont la statue de saint-Louis sur la façade de l'église Saint-Paul-Saint-Louis (Paris 4e).

mardi 26 mai 2026

MMCMVI : Les façades de Paris Centre : 14, quai de la Mégisserie : deux cariatides, neuf muses, des lions et un bas-relief qui représente une des plus grandes peintres du XIXe siècle

 

Cet article concerne le 14, quai de la Mégisserie (Paris 1er), un immeuble situé sur le quai entre le Louvre et la place du Châtelet. Cet immeuble a d'abord retenu mon attention car le porche d'entrée est orné par deux superbes cariatides :


Ces cariatides sont d'une sculpteur Aimé Millet. J'ai déjà évoqué ce sculpteur car on lui doit la statue de Louvois dans la cour du Louvre (voir article du 29 janvier 2026). Elles datent de 1864 et elles avaient été commandées par l'architecte Henri Blondel (né à Reims le 20 janvier 1821 et mort dans le 16e arrondissement de Paris le 14 septembre 1897). 

Les cariatides d'Aimé Millet sont vraiment très belles.

Elles dévoilent chacune un sein :

Leur visage est impassible et d'une grande sérénité :

En faisant des recherches sur cette façade, j'ai été surpris d'apprendre que le bas-relief situé au 1er étage dans l'axe du portail d'entrée représenterait une des plus grandes peintres françaises : Berthe Morisot :

Cela m'a paru surprenant, mais après enquête (j'ai consulté un ouvrage écrit par Henri Dumesnil, Aimé Millet, souvenirs intimes,écrit en 1894 à la mort du sculpteur) et j'ai appris qu'effectivement Aimé Millet avait été régulièrement invité au salon que tenait Cornélie Morisot (1819-1876), la mère de Berthe Morisot et surtout que cet artiste avait accepté de prendre parmi ses élèves Berthe Morisot (née en 1841,  elle avait 23 ans en 1864). La jeune femme n'était pas encore connue (sa carrière de peintre ne commence vraiment que dans les années 1870)  mais il est donc plausible que ce soit bien elle qui apparaisse dans ce médaillon :

Cependant, en regardant de près la photo que j'avais prise pour illustrer cet article, je me suis rendu compte qu'un nom apparaissait dans la partie supérieure du médaillon :

On peut ainsi lire "Poymnie". Il s'agit d'une des neuf muses (auxquelles j'ai déjà consacré deux articles, un à propos de la chambre des Muses de l'Hôtel Lambert et un autre à propos du 61/63, rue Réaumur). En retournant sur place, je me suis rendu compte que les médaillons situés au 1er étage représentaient l'ensemble des neuf muses : cinq sur la façade qui donne sur le 14, quai de la Mégisserie et quatre autre dans la partie en retour dans la rue Bertin-Poirée :


 et voici les neuf médaillons correspondant :

Voici en détail chacune de ces muses. En partant de la gauche, sur la façade du 14, quai de la Mégisserie on peut d'abord voir Erato, la muse de la poésie lyrique :

puis Polymnie, la muse de la rhétorique et de l'éloquence (avec les traits semble-t-il donc de Berthe Morisot) :


 puis Calliopé, la muse de la poésie :


 puis Clio, la muse de l'histoire :


 puis Thalie, la muse de la comédie :

dans la partie de la façade donnant rue Bertin-Poirée, on peut voir toujours de gauche à droite :

- Terpsichore, la muse de la muse de la danse : 

 

- puis Euterpe, la muse de la musique : 

- puis Uranie, la muse de l'astronomie :


 et enfin Melpomène, la déesse du chant et de la tragédie :


 Il est intéressant de noter que dans la partie droite de la façade donnant rue Bertin-Poirée, on trouve encore deux figures féminines dans des médaillons mais elles ne représentent pas de personnage particulier. Aucun nom n'est écrit au-dessus :

Il s'agit certainement d'une volonté d'équilibrer le décor de la façade.

On peut noter un dernier détail intéressant. La façade quai de la Mégisserie et rue Bertin-Poirée est rythmée par des pilastres qui vont du 2e au 3e étage avec des chapiteaux ioniques  :

et dans l'axe on peut voir des lions :

Ce décor apparaît sur toute la longueur du pâté de maisons, ce qui donne une grande harmonie à l'ensemble :

Cependant, les deux cariatides et les muses ne décorent que la partie droite de cet ensemble.

On peut pour finir se demander pourquoi Aimé Millet a représenté les neuf muses sur la façade de cet immeuble. Il est intéressant de rappeler que, quelques années plus tard, en 1868, c'est lui qui a conçu la monumentale statue d'Apollon élevant une lyre au-dessus de l'Opéra Garnier. Apollon, le dieu des arts auquel les neuf muses étaient associées.


 

vendredi 22 mai 2026

MMCMV : La nef de Paris dans Paris Centre : une version du début du XXe siècle sur l'école maternelle de la rue Saint-Germain l'Auxerrois

 

Voici un nouvel épisode de la série consacrée aux représentations de la nef de Paris dans Paris Centre. Il s'agit ici de celle que l'on peut voir sur l'école maternelle de la rue Saint-Germain-l'Auxerrois, sur l'angle entre cette rue et la rue des orfèvres (Paris 1er) :

Sous la nef, on peut voir apparaître la légion d'honneur ce qui fait que l'on peut être certain qu'elle date du début du XXe siècle. 


 

La ville de Paris a reçu cette récompense lors de l'Exposition universelle de 1900. Elle n'est pas postérieure à 1919 quand la ville a obtenu une seconde médaille (La Croix de Guerre).

Le blason ne comporte pas la devise de Paris mais on peut lire en dessous celle de la République :




 J'ai déjà consacré plusieurs articles aux nefs de Paris comportant une seule médaille et donc qui ont été mises en place entre 1900 et 1919 :

- La nef de l'école du 12, de la rue Dussoubs :

- la nef de l'école du 221, rue Saint-Denis :

 

- la nef de la Halle des Blancs-Manteaux-Pierre-Charles-Krieg :

- la nef de l'école du 11, rue Vivienne :

 


 

lundi 18 mai 2026

MMCMIV : Les façades de Paris Centre : 28, rue des Blancs Manteaux, la devanture d'une ancienne boulangerie dans un immeuble qui a plus de 200 ans.

 

Au 28, rue des Blancs Manteaux (Paris 4e), on peut voir un décor qui depuis des années m'a intrigué avec des gerbes de blé dorés et des flèches :


Il n'est pas nécessaire d'enquêter longtemps pour retrouver une photo par Atget prise vers 1910 qui permet de comprendre qu'on trouvait à cette adresse une boulangerie :

La façade de l'immeuble, par son style, permet de comprendre que l'ensemble de l'immeuble du 28, rue des Blancs Manteaux est ancien :

Le détail le plus intéressant apparaît dans les consoles qui soutiennent les rambardes de chaque étage :


Ce décor d'inspiration égyptienne laisse penser qu'il date de la fin du XVIIIe siècle ou du tout début du XIXe siècle avec des têtes de femme à collier :

Cela m'a conduit à vérifier sur le plan Cadastre Vasserot (vers 1820) et je pense y avoir trouvé l'immeuble qui correspond au 28, rue des Blancs Manteaux :


 Détail intéressant, dans l'annuaire de commerce Didot de 1857, la boulangerie du 28, rue des Blancs Manteaux est déjà mentionné :

Comme on le voit à cette époque, le boulanger s'appelait Luquet. Cela explique peut-être le chiffre que l'on voit dans la partie gauche du décor de la façade :


On peut observer qu'en 1910, entre le rez-de-chaussée et le 1er étage, sur la photographie d'Atget, on peut voir qu'il y avait un balcon courant tout le long de la façade qui a disparu depuis :